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1007 articles avec glanures

Quand la critique te fait pleurer

Publié le par la freniere

Son amoureuse de scripteuse Christiane Tremblay vient de me relayer une note de lecture de Jean Gagné. Vous ne le connaissez sans doute pas parce que c’est un type plus occupé à piocher sur ses créations que sur l’idée de devoir les faire connaître : il a trop de pudeur. Quand je le fréquentais régulièrement, il tournait des films, faisait des collages hallucinants, fouillait les rejets de Montréal pour en soutirer ce qu’il appelait des “chimères” et rapaillait des livres, des disques, des objets, en plus de m’accueillir gratoche, lui qui n’avait pas le sou et qui recevait épisodiquement dans sa belle caverne d’Ali Baba les Patrice Desbiens, Denis Vanier, Pierrot le Fou Léger et autres Alain-Arthur Painchaud de ce monde.

Ces noms ne vous disent rien, probablement. Les Véro, les Céline, les Ricardo, les Pierre-Karl obstruent désormais l’espace public et racrapotent l’horizon. Même les écrivains qui pognent me semblent parfois exhaler un parfum de médiocrité satisfaite - peut-on et faut-il vraiment écrire aussi mal que Patrick Sénécal ? me demandé-je épisodiquement.

Jean Gagné (avec son frangin Serge) a capté, pour mémoire, la Semaine de la contre-culture organisée à Montréal en... (1974 ? 1975 ?) - je ne sais plus trop. Il y avait là William S. Burroughs, Josée Yvon, Patrick Straram, Ann Waldman, Jean Gauguet-Larouche, Allen Ginsberg : du monde irrécupérable qu’il me rassurait d’entendre à l’époque, alors que je me sentais prostré dans ce monde auquel je ne faisais que me buter. Et ça dure tellement qu’aujourd’hui encore, je m’étonne d’entendre mon front heurter les portillons des roitelets qui se désolent de devoir protéger leurs acquis avec l’onctueuse suffisance de qui s’est fait consentir une certaine forme de “pouvoir” (fuck you all). Mais je m’égare. Jean et Serge Gagné filmèrent cet événement (au moins aussi mémorable - car plus continental - que la “Nuit de la poésie 1970” de Labrecque) en plus de “canner” des documentaires sur Miron et Langevin, en marge de films de fiction qui passèrent sous le radar en raison, j’imagine, de leur caractère trop pété. J’ajouterai simplement que Jean a été partie intégrante du collectif Conventum, auquel ont été liés (de près ou de loin) René Lussier, André Duchesne, Daniel Heikalo et consorts.

Ça fait que... Quand un Jean Gagné me “shoote” une affaire de même, je suis plus “freezé” que si ça provenait des collaborateurs de Marie-Louise Arseneault (sérieux). Alors allons-y pour le commentaire sur “La vie rêvée” :

Affalé sur le sofa, Freud, sorte d’archipel géant où l’on divague à la une. Heureusement qu’à l’entrée, on nous a épargné l’épluchoir du lexique médical. L’écrivailleur et son lecteur captif nous offre de choisir entre “Le joueur” de Dostoïevsky et “Le joueur d’échecs” de Stephan Zweig pendant que le gratteur de mots à la position horizontale regarde en contre-plongée se dédoubler les vagues du stucco pour un plaidoyer hors champ de la force aviaire qui était restée jusqu’à maintenant invisible aux pauvres mortels d’ici ou d’ailleurs.

Mais de cette lecture on ressort comme un bon étudiant qui a troqué le doigt saignant pour le coeur au complet et c’est bien de ça qu’il est question au fil de l’envolée.

Quelle tempête, grands dieux, quelle tempête dans la tête de scaphandre que d’autres préféreraient à tête de chou, mais reconnaissons dans ce grand cru Landry notre frère de sous-terrain.

Dans ce livre grandiose, ce n’est pas la dinde qui manque. Pas facile d’en cerner le territoire, mais notre homme y arrive. Latte par latte, son plan se dessine d’un monde à améliorer. C’est aussi un road-movie qui dort en chacun de nous, comme la légende d’un Connolly [peintre extraordinaire, illustrateur du “Je” de Vanier et de livres d’art de Péloquin], lui aussi chauffeur de taxi. Même dans les basses Appalaches, on en a eu des échos. N’est [pas] Dean Moriarty qui veut [Kerouac] entre ruelles des Laurentides et autoroute, direction Sherbrooke.

Sans avoir à sortir totalement de nos repères d’enfant, on y voit la vie et la mort se donner la main du début à la fin et une grande musique intime est à la source de ce livre. Il faut tenter de l’entendre. Oui, louches intrigues à Sherbrooke et un peu partout sur le vaste horizon du narrateur. Un lecteur est condamné à la lecture et celui qui écrit à l’écriture. Comme le soleil obligé de percer les nuages pour fuir la nuit qui tenaille.

François Landry est-il un écorché vif ou un vif d’égorgement ? Je dirai que c’est les deux en même temps, mais devant un refuge sous un escalier au teint blafard. Père et mère font de l’ombre sur les gestes au présent qui s’anime devant le fabuliste. Entre le Mont-Sauvage et l’autoroute menant au crayon, il orchestre le tout du moment où il faut tout dire. Parfois entre les lignes. C’est là sa spécialité. Lui qui n’aime pas les grosses pointures (Proust), en voilà une à son pied de Zorba de chez nous. Et ça brasse dans le coin grec de l’avenue du Parc mais ici, la forêt [est] proposée comme un havre.

En lisant cette “Vie rêvée”, on ne peut que revivre le baiser peint par Edvard Munch ou revoir aussi la photo décrépite du quai de la Rivière-Ouelle faite jadis par l’auteur de l’opus ici en tentative d’appropriation. Dire ce narval à bout de souffle n’a pas de frontière. Donnez-moi l’espace d’un repos et je vous livre une guerre à mort. Mais aussi vous repartez avec les clés qu’il vous manquait. Pour son troisième roman, notre ami n’a pas lésiné sur la peur de ne pas y parvenir. Il a su toucher l’au-delà et, pourquoi pas, redéfinir la littérature qui nous est donnée, de fond en comble. L’auteur arrêtera sa vindicte lorsque vous esquisserez un timide sourire, narquois ou médusé, [devant] la lame de fond qui voit et écoute monter la légende des gens du fleuve. Bravo à cet écrivain qui jaillit.”

Merci, Johnny.

François Landry

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We insist! Max Roach's freedom now suite

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À l'affût d'un complot

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En mémoire de mon loup

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Une poétesse répond à Rambo

Publié le par la freniere

Salut Bernard,

Je viens de regarder attentivement ton entrevue à Tout le monde en parle. Aussi attentivement que j’ai pu regarder tes passages à la Commission Charbonneau. Tu le sais, ça fait longtemps que je m’intéresse à ton travail, à la façon dont tu prends parole pour les travailleurs de la Côte-Nord.

Avant d’aller plus loin, je tiens à te parler des femmes de chez nous. De celles qui aiment jaser de « linge pis de leurs patentes ». Je les connais bien, elles sont mes tantes, mes cousines, ma mère… Et elles tiennent la maison debout. As-tu oublié comment ça marche une famille, sur la Côte-Nord, quand l’homme fait du 40 / 10 ? Honnêtement… Tu le sais comme moi que c’est la femme qui administre. Que c’est elle qui se retrouve avec la charge d’organisation quotidienne que demande une famille. C’est elle qui reste, c’est elle qui éduque, c’est elle qui calcule pis qui poste ben souvent les chèques pour payer les « tarmes », c’est elle qui sait ce qui est bon pour ses enfants, c’est elle qui voit à ce qu’ils manquent de rien chaque jour, c’est elle qui surveille, s’inquiète pis qui mets ses culottes ben souvent. En plus de laver celles des autres. Si tu veux jaser de linge, ça va être à ce niveau-là.

Je comprends que c’était une joke. Mes mononcs en disent des pires plusieurs fois par jour, l’affaire c’est que mes mononcs ne se présentent pas comme député de Duplessis aux prochaines élections. Tu le sais comme moi : tu vas passer, Bernard. On le sait tout le monde que tu vas être élu. Alors je me permets, à titre de citoyenne originaire de la Côte-Nord, de t’exposer mon point de vue qui, je l’espère, sera considéré plus sérieusement qu’un conseil sur des marques de brassières.

Tu as dit, ce soir, vouloir aider la relève de chez nous. Je ne sais pas si ça a été coupé au montage, mais je n’ai pas pu déceler la façon dont tu prévoyais aider cette relève. Je n’ai pas de recette miracle à t’exposer, seulement quelques observations.

Tu trouves-tu ça normal, Bernard, que les hommes de chez-nous travaillent sur la construction de père en fils depuis des générations ? Ça paraît ben, dit de même, ça fait noble… Mais tu penses pas que ça peut être la source du problème ?

Mettons… Parlons de nos enfants. De ceux qui restent et qui resteront peut-être encore à Sept-Îles, Godbout, Rivière-au-tonnerre, Port-Cartier, Havre-Saint-Pierre, mais aussi Baie-Comeau, Betsiamites, Ragueneau, Longue-Rive, Forestville… dans vingt ans. On investit comment dans leur avenir, Bernard ? En envoyant papa faire ses heures pour son chômage c’t’année ? Ça met du pain sur la table une couple de mois, je peux pas te contredire là-dessus, mais à long terme, ça change quoi ? Quand l’école compte trente élèves pis qu’on s’intéresse à rien de plus que ce qui passe à TV ou de c’est quoi la meilleure marque de froque de ski-doo ? Quand on n’a pas de programme culturel pour nos jeunes, quand y’ont jamais vu un noir de leur vie pis qu’y chient dans leurs shorts juste à penser au métro de Montréal… Quand on a un paysage magnifique qui se meurt parce qu’on n’a pas appris que c’était important d’y faire attention ou qu’on refuse simplement d’en faire un attrait touristique parce qu’on a peur des étrangers. Ceux qui immigrent mais aussi les autres : les snobs de la ville qui ont aucune idée de comment ça se passe pour vrai icitte.

Qu’est-ce que ça change, à long terme, que Papa travaille au printemps ? Rien, Bernard. Rien. Les p’tits Kevin, Billy, Derek pis Jordan ils vont faire comme leur père dans vingt ans, parce que c’est ce qu’on leur aura toujours montré : faire son temps en espérant de pas se faire day-offer trop de bonne heure, pour être bon pour avoir son chômage.

Et si la solution était dans l’ouverture, dans la culture, dans la connaissance ? Et si c’était pour nos écoles qu’il fallait que tu gueules fort à l’assemblée nationale ? Si on éduquait nos flots, sacrament ! Ils feraient peut-être mieux que nous autres, plus tard ? Ils auraient peut-être des nouvelles idées, développeraient peut-être des compagnies ? Ils verraient peut-être que ceux d’ailleurs viennent pas les voler, mais que ce sont peut-être des gens avec qui ils pourront éventuellement échanger et même, faire affaire ?

Moi aussi j’t’année de me faire fourrer par en arrière, Bernard. Quand on sait que la Romaine sera jamais rentable, mais qu’on a convaincu ma région qu’elle était nécessaire pour créer des emplois, ses emplois; les seuls emplois qu’on occupe de père en fils, depuis des générations… Je me dis qu’il serait temps que « les miens » se prennent en mains pour faire partie de la solution.

 

Érika Soucy

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Cassandre Prévost

Publié le par la freniere

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Lettre à Michel Chartrand

Publié le par la freniere

Lettre à Michel Chartrand

Mon cher Michel, en février 1971, de prison, tu m’écrivais une très belle lettre. Je te réponds aujourd’hui en guise de cadeau pour tes 100 ans.

Tout l’automne, j’ai passé mes journées avec toi, belle façon de vivre mon deuil, de laisser émerger la sérénité à travers la tristesse. Les Innus disent qu’un être ne meurt jamais, qu’il vit dans le coeur et la pensée des autres. Grâce à mon petit livre hommage (À bas les tueurs d’oiseaux ! Michel Chartrand — Témoignages et réflexions sur son parcours militant, Éditions Trois-Pistoles) fait avec la complicité de ton vieux pote Jean Gladu, alias Leonardo, des centaines de personnes ont vibré à tes pensées, au rappel de tes actions, à l’évocation de tes valeurs, à ton espoir. Bonheur, beauté, dignité, démocratie, solidarité, socialisme…

Depuis que tu as quitté cette terre, il y a six ans, il s’en est passé des choses. Mobilisation sans précédent de la population pour soutenir le mouvement des étudiants qui, à partir d’une revendication simple, a réussi à canaliser les énergies contre les politiques néolibérales, dites d’austérité. Mais, toi, tu aurais compris qu’il s’agissait de bien plus que des mesures d’austérité budgétaire : le projet de nos gouvernements est de détruire les acquis sociaux arrachés par les mouvements syndical et populaire, de liquider ce qu’il reste de l’État « providence ». Comme tu l’avais constaté en 1968, cette fois encore, les jeunes ont réussi à mobiliser les moins jeunes et les personnes âgées. Tous marchaient ensemble dans les rues. Le 22 avril 2012, nous étions 250 000 à célébrer nos luttes, nos espoirs et notre Terre, formant un gigantesque arbre dans le parc Jeanne-Mance, à Montréal.

 

Indignation

En 1995, tu te disais profondément honteux que toi et les Québécois blancs ayez mis autant de temps à prendre conscience que ta ville, Montréal, était en territoire mohawk, que nous étions encore ignorants et insensibles à ce que vivaient nos soeurs et nos frères des nations et communautés amérindiennes dont nous occupions les terres. Idle No More, Wapikoni mobile, Présence autochtone et mille et une actions témoignent aujourd’hui de la détermination des Premiers Peuples d’être enfin respectés et de faire reconnaître leurs droits. On apprend enfin à les connaître et on commence à les respecter.

Toi qui as toujours vilipendé les guerres impérialistes et les coups d’État qui établissent des dictatures politiques (ou économiques) ; là où les peuples menacent le système d’exploitation et d’oppression, tu serais profondément meurtri par le carnage au Moyen-Orient organisé et entretenu par les grandes puissances qui alimentent les mouvements islamistes et xénophobes tous azimuts.

Mais tu aurais été heureux d’apprendre qu’une large coalition d’une gauche démocratique qui veut prendre les choses en main et convertir l’indignation en changement politique, Podemos, participe à la direction de plusieurs grandes villes espagnoles ; ce n’est qu’une partie du pouvoir, certes, mais cela permet d’améliorer sérieusement la vie des gens au quotidien, de faire de l’éducation politique et que tous, ensemble, grugent le pouvoir et expérimentent de nouvelles formes de démocratie.

Même le peuple chilien, dont tu as tant admiré l’imagination et le courage, se lève et des dizaines de milliers de jeunes ont déferlé comme les vagues du Pacifique à Santiago. Tu avais bien raison, vieux sage, il faut garder confiance dans la jeunesse et dans sa capacité de révolte.

 

Terre-Mère

Plus encore qu’hier, il nous faut prendre conscience qu’on ne peut plus vivre sans penser aux conséquences de nos actes, qu’on doit se mobiliser et convaincre que seules les luttes pourront limiter la barbarie : destruction de l’écosystème, des villes et villages, pillage légal et illégal des ressources, assassinats, génocides…

La Terre-Mère est à un point de non-retour. On l’a détruite et on continue, entre autres par l’exploitation minière et des énergies fossiles. Air, sol, eau, tout est en danger. Seules des mobilisations massives, et à l’échelle de la planète, pourront stopper l’inévitable, car le futur est maintenant.

Tu as fait ce que tu devais faire ; ta fille Hélène ajouterait que tu n’as fait que ton devoir. À nous de poursuivre. Nous, que tu surnommais souvent les « glorified slaves »mus par le désir de consommer davantage, de faire carrière, de se replier sur soi…

Tu disais qu’il y avait des coups de pied au cul qui se perdaient, nous en aurions bien besoin pour nous secouer un peu plus. Non seulement il faut faire plus, mais aussi autrement. Dans des médias alternatifs et dans Le Devoir, des voix se lèvent, argumentent et disent qu’il faut reconstruire le système de l’éducation, que c’est par l’instruction que les jeunes se socialiseront et découvriront la solidarité ; qu’il n’y a pas de santé publique sans prendre en considération les facteurs sociaux qui affectent la santé ; que 15 $ l’heure est une question de dignité ; qu’on ne construira jamais un pays sans les peuples et nations autochtones. Tu vois, on continue et tu nous inspires encore.

Tu as toujours prétendu que tu n’avais pas de leçons à nous donner, mais il demeure que plus on te connaît, plus ton exemple nous aide à avancer vers plus d’humanité et de démocratie.

Je te salue, vieux frère et mon cher petit papa.

Suzanne Chartrand

 

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La petite bibliothèque ambulante

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La jetée de Chris Marker

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Les moutons

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Les moutons

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