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1007 articles avec glanures

Une montagne

Publié le par la freniere

Une montagne

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Apprendre à compter sur nos droits

Publié le par la freniere

«Nous ne sommes pas des comptables»

Saint-Denys Garneau

 

Nous ne sommes pas des comptables, nous comptons autrement, nous croyons que ce qui ne se compte pas est ce qui compte le plus.

 

Nous croyons qu’il vaut mieux investir dans l’éducation que dans les jeux, dans une génération d’élèves plutôt que dans une équipe de hockey professionnel, dans la formation générale d’êtres humains responsables d’eux-mêmes et de la communauté plutôt que dans la formation d’une main-d’œuvre soumise aux caprices du marché, car la seule dette que nous ne pourrons rembourser est un déficit de pensée et de conscience.

 

Nous croyons que l’école, du primaire à l’université, n’appartient ni à l’État, ni à l’industrie, ni aux administrateurs, ni aux parents, que c’est avant tout un lieu d’échanges entre professeurs et élèves, les professeurs enseignant aux élèves ce qu’ils ont appris des siècles précédents, les élèves obligeant les professeurs à se tourner vers l’avenir, et non un laboratoire où les professeurs feraient de la recherche en oubliant d’enseigner, ou un atelier où les élèves acquerraient des compétences en oubliant d’apprendre.

 

Appartenir à la terre

 

Nous croyons qu’on ne peut liquider le passé sans en payer le prix, que l’avenir et ce pays, que l’avenir de ce pays, passent par la reconnaissance des cultures autochtone et paysanne dont nous sommes issus et que nous avons voulu éliminer, car elles détiennent les secrets de notre survie, à savoir que la terre ne nous appartient pas mais que nous appartenons à la terre, que nul ne peut se sauver seul, le tout n’étant jamais la somme des parties mais la relation vivante et harmonieuse entre celles-ci.

 

Nous croyons qu’une ressource qui n’est pas exploitée n’est pas perdue, qu’une rivière qui n’est pas détournée d’elle-même coulera plus librement dans notre regard, qu’un sol qui n’est pas miné nous portera plus sûrement, qu’une forêt qui n’est pas pillée nous fournira plus longtemps en bois et en rêves.

 

Nous croyons que le travail productif, quantifiable, monnayable sera de plus en plus rare, qu’il faudra donc reconnaître et développer toute autre forme de travail qui consiste à créer de la vie et à en prendre soin.

 

Nous croyons que tous les laissés-pour-compte, tous ceux et celles que les lois du marché, l’histoire des peuples ou l’héritage familial ont relégués dans la marge, ont droit au respect et à des conditions de vie qui leur permettent de contribuer à l’œuvre commune, ne serait-ce qu’en prenant soin d’eux-mêmes et de leurs semblables.

 

Nous croyons que la santé est un bien public, que dans une société malade nul ne peut se croire à l’abri de l’isolement qui, tôt ou tard, affecte le corps et l’esprit.

 

Nous croyons que la culture de consommation et du profit est l’asservissement (volontaire) du plus grand nombre au profit d’une minorité, le plus sûr chemin vers l’appauvrissement matériel et spirituel, et qu’il faut apprendre à compter autrement: moins de biens et plus de contraintes égalent plus de liberté.

 

Nous croyons que si l’argent est le nerf de la guerre, l’autorité morale est le sang de la démocratie, que seuls des citoyens moraux pourront se donner des dirigeants moraux, c’est-à-dire des êtres qui placent le bien commun, le souci des autres au-dessus de leurs propres intérêts; nous croyons que dès qu’un parti politique fait de l’économie son cheval de bataille, il y a de fortes chances que ce parti ait déjà remplacé l’autorité morale par l’argent, ait confondu la guerre et la démocratie.

 

Nous croyons que le Québec peut devenir un pays juste, différent et solidaire s’il résiste aux slogans, aux mots creux derrière lesquels se cachent tous les comptables qui prétendent nous sortir de la crise économique et sociale qu’ils ont créée et qui les sert bien; nous croyons que chaque fois que nous entendons les mots «excellence», «compétitivité» «croissance continue», «état de droit», «mondialisation», «équilibre budgétaire», «majorité silencieuse», il faut se boucher les oreilles ou, mieux, se demander: qui parle ainsi et pour qui? Qui nous invite à sabrer les programmes sociaux, à travailler plus, à fournir notre «juste part»? Pour qui travaillent tous ceux qui affirment que l’État doit se soumettre aux cotes de crédit, aux lois du marché, à la rationalisation de la production?

 

Cultiver sa différence

 

Nous croyons que la chance du Québec, qu’on accuse toujours d’être endetté ou en retard sur ceci ou sur cela pour mieux le vendre en lui imposant des politiques économiques et culturelles de rattrapage (cours intensifs d’anglais au primaire, cours d’entrepreneuriat au secondaire, forages aveugles ici et là, ports pétroliers, etc.), c’est d’assumer et de cultiver sa différence; nous croyons, comme l’écrivait Pierre Vadeboncoeur, «que si ce peuple vient à réussir, il restera d’abord un témoin de l’inassimilation et persistera à ne pas faire les choses comme les autres, à les faire plus mal ou mieux que d’autres», que «l’avenir lui apparaît encore, singulière et naïve originalité, originalité féconde, comme le champ des possibles».

 

Nous croyons que le Québec peut exister et croître s’il continue de défendre la langue française et de se nourrir des autres cultures, s’il fait de son territoire, de sa langue et de son héritage une terre d’accueil pour tous les gens, y compris les gens simples et humiliés, épris de liberté et de justice; nous croyons que le Québec peut devenir un pays pour tous ceux et celles qui n’ont plus de pays ou qui étouffent dans le leur, pour ceux et celles qui croient qu’un monde nouveau est possible, ici, entre gens de bonne volonté.

 

Nous ne sommes pas des comptables, nous comptons autrement. Nous sommes riches de ce que nous partageons et de ce qui nous manque, nous croyons à une éducation qui institue le libre-échange du temps et de la parole, du temps qui devient parole lorsqu’il n’est plus de l’argent, de la parole qui devient du temps lorsqu’elle se met à écouter.


Yvon Rivard

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L'âme des mots

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Sculpture: Jaume Plensa

Sculpture: Jaume Plensa

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Sculptures

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Venise 2016

Venise 2016

Sculptures de Bruno Catalano

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Cent poètes contemporains

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Les suggestions de Marc Pistro et Ramon Ruiz

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La majorité c'est vous

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photo: René Maltête

photo: René Maltête

Ce que peut dire une photo

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Bob Dylan, prix Nobel 2016

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Où est Dylan ? Encore une fois, c'est l'incertitude : le prix Nobel de littérature 2016 n'a pas manifesté la moindre émotion depuis l'annonce de son élection. Il faut dire qu'un prix n'est jamais qu'un prix ; qu'il appartient à la douce contingence des hommes. 

Mais sûr, Dylan Nobel ça en fait râler plus d'un. "Pas de la littérature", s'étrangle le choeur réactionnaire de la petite papauté culturelle parisienne. 

Pourtant du mot "littérature" personne ne connaît l'origine. Voilà bien un objet que seuls les idiots s'ingénient à enfermer dans une définition. 

Bob Dylan est sur la liste des "nobélisables" depuis 1996. Son oeuvre de troubadour, immense, funambulesque, est prodigieusement vaste. Il fut adoubé en son temps par Allen Ginsberg en personne comme le digne descendant de la tribu Beat.

Mais certains prétendront sans doute que Ginsberg n'appartient pas non plus à la littérature. Moi je me dis simplement que tant qu'elle peut encore nous surprendre, la littérature, c'est qu'elle est bien vivante. 

Thanks for all, Bob.   

 

Gérard Larnac

 

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Au coeur de l'automne

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Au coeur de l'automne

L'automne au Québec

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Le piège de la culture des normes

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Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir

La fermeture de la Médiathèque Gaëtan Dostie, le riche musée de la poésie et de l’imprimé de la rue de La Montagne, est maintenant chose faite, depuis le 1er octobre. Les étapes ayant mené à ce triste dénouement ont connu un assez large écho médiatique et ont fait l’objet d’articles étoffés dans Le Devoir. La réalité n’en est pas moins consternante : un immeuble patrimonial en plein centre-ville, abritant une collection d’objets et de documents culturels d’une valeur inestimable, se trouve maintenant barricadé.

 

Menaçait-il de s’effondrer ? Ses nombreux visiteurs au fil des années en sont-ils ressortis affectés, contaminés, intoxiqués ? Pas à ce que je sache, moi qui fréquente la Médiathèque depuis des années. Il y aurait, selon un rapport non publié par la CSDM (pourquoi donc ?), un problème d’« humidité » au sous-sol. Rien ne peut mieux résumer la situation qu’une remarque savoureuse du spécialiste en patrimoine Gérald McNichols Tétreault : avec les critères de la Commission scolaire de Montréal, propriétaire de l’immeuble, il faudrait fermer sur-le-champ la ville entière de Venise ! Il y a des limites, à la fin, à compromettre sa santé pour visiter le Palais des doges ou la Scuola San Rocco, quand les bas-fonds distillent des tonnes de miasmes malsains…

 

On a trop peu souligné, il me semble, l’ironie qu’il y a à voir un organisme comme la CSDM, dont la mission fondamentale est la pédagogie et donc, peut-on supposer, la transmission d’un certain héritage historique et culturel, faire preuve d’une telle intransigeance normative à l’égard d’un lieu dont le potentiel pédagogique est pourtant évident.

 

La suggestion récente de présenter dans les écoles la collection de Gaëtan Dostie sous la forme d’une exposition itinérante est-elle réalisable sur le plan pratique ? On peut sérieusement en douter et au mieux, ce ne serait qu’une solution bien partielle. Durant ses années d’activité, la Médiathèque avait plutôt prévu que des visites guidées pourraient être offertes à des groupes d’élèves de la CSDM, mais dans ce cas, c’est la question du transport qui aurait fait obstacle, la Commission scolaire invoquant le manque de budget. En sommes-nous vraiment là ? Quand la transmission de la culture trébuche sur des champignons fantomatiques et sur une pénurie d’autobus, on se dit qu’il y a un réel problème…

 

Rigidité bureaucratique

 

Au-delà des budgets, n’y a-t-il pas là un mal fort répandu au Québec : la culture des normes, la rigidité bureaucratique ? On ferme ou démolit les écoles pour cause de moisissures ? Il faudrait donc appliquer des règles identiques à un musée où il y a eu quelques infiltrations d’eau dans le sous-sol. Les normes ! Il semble qu’elles soient devenues un prétexte tellement commode pour ne rien oser, ne rien inventer, quand ce n’est pas une arme pour protéger des privilèges (chez les médecins notamment). Mais la Médiathèque était et est toujours, même barricadée, un espace hors-norme. Je songe à des élèves du secondaire qui y passeraient un après-midi et qui, loin de leur milieu habituel, pourraient y apprendre quelque chose de l’École littéraire de Montréal, du mouvement automatiste, des poètes de l’Hexagone, y voir des affiches, des gravures, des photos, des poèmes calligraphiés leur montrant qu’il y a eu une ère de l’imprimé, riche et foisonnante, avant l’ère du numérique, et que des artistes, des créateurs ont fait en sorte que leur ville et leur pays soient des réalités vivantes.

 

J’imagine leur regard étonné devant la très longue vitrine (plus de dix mètres !) où s’étale, déplié, l’Abécédaire de Roland Giguère, un livre tout à fait hors-norme, lui aussi. Voilà la pure joie de créer, même à partir de cette chose très conventionnelle et rigide qu’est l’alphabet, et ainsi va la lettre « L » : « Lettre libre comme légende / et liberté suit / comme court le lierre / en terre pauvre » : a-t-on le droit de priver des jeunes de 15 ans d’une telle leçon de fécondité, d’une telle démonstration des pouvoirs ludiques et signifiants de l’imagination ? A-t-on le droit surtout de leur apprendre que les critères de conformité et les restrictions budgétaires sont la mesure de toutes choses ? Par-delà l’enjeu extrêmement douteux de la salubrité des lieux, la survie de la Médiathèque Gaëtan-Dostie concerne, comme celle d’autres lieux culturels précaires et sous-financés, la place que nous accordons ou non à la transmission de la mémoire et à une pédagogie de l’imagination et de la création. Bref, sommes-nous encore capables de maintenir des lieux où entendre un Roland Giguère et où le faire entendre aux plus jeunes ? Je refuse catégoriquement de répondre non.

 

Pierre Nepveu     Le Devoir

 

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Réponse d'un poète vieillissant à un fossoyeur de poésie

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Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir

Je suis découragé parfois du peu d’attention des médias à l’égard de la poésie. Je le suis davantage encore lorsque je tombe sur des articles qui dressent des bilans sur la poésie actuelle dans des revues consacrées à la littérature. C’est qu’en général on ne fait des bilans que pour souligner un état critique, une disparition ou une mort annoncée… Le numéro 155 de la revue Lettres québécoises (automne 2014) nous en donne un exemple éloquent. Dans ce numéro, Jean-François Caron, en voulant proposer un bilan de la poésie québécoise actuelle, place dos à dos les jeunes poètes et leurs aînés. S’il est en partie vrai, comme l’écrit l’auteur de l’article, qu’au Québec, «les initiatives les plus intéressantes à surgir dans le milieu de la poésie sont souvent l’oeuvre de la jeunesse», il ne faut pour autant pas perdre de vue que toute bonne initiative ne trouve son air d’aller et sa pertinence même que dans la persévérance, la maturité et le passage du temps — ce qu’on nomme aussi le «vieillissement».


Malgré le goût propre à la jeunesse de ruer dans les brancards, il serait naïf de croire que la poésie, même lorsqu’elle est portée par l’institution, se veut conformiste quand elle est pratiquée par des poètes moins jeunes, ou carrément plus vieux. Il n’est que de lire Patrice Desbiens, Paul Chamberland ou Marcel Labine pour s’en convaincre. En vieillissant, les poètes deviennent peut-être moins vindicatifs, mais la tranquillité dont ils font preuve alors est-elle un signe de conformisme dans un monde où seul compte ce qui est clinquant, tapageur, voire provocateur? Dans une société tournée vers le spectacle, dans une société de l’image, du clip, du vite fait et du vite consommé, n’est-ce pas plutôt la jeune poésie — celle des slameurs notamment — qui flirte davantage avec le conformisme social, quand ce n’est pas avec un conformisme radical?


Inspirants, mais maladroits


Chaque fois que, comme poète vieillissant puisqu’ayant franchi la cinquantaine et publié quelques recueils de poèmes, je me trouve avec de jeunes poètes dans des récitals, je suis la plupart du temps charmé par l’énergie et la fougue de ces jeunes. Je les trouve inspirants. Je suis pourtant conscient de leurs maladresses, souvent provoquées par le manque de connaissances littéraires. En discutant avec eux de l’importance de lire beaucoup de poésie, je m’attriste lorsque certains me disent craindre enfreindre leur liberté créatrice s’ils se mettent à cultiver leurs connaissances littéraires…


Quand je les regarde de plus près, c’est-à-dire quand j’accompagne de jeunes poètes dans leur travail d’écriture, je découvre avec eux à quel point il importe de repousser les limites (vite atteintes) de leur écriture. C’est que, comme tout écrivain, ces jeunes poètes, pour en venir à l’écriture, imitent d’abord ce qu’ils pensent être de la poésie: ils se rangent derrière une norme, une norme qui n’appartient qu’à ceux qui n’ont pas de culture. Pour ces jeunes, la poésie est ce qu’ils ont entendu ou ce qu’ils entendent. Parfait, mais alors il faut savoir comment pousser cette chose qu’ils disent entendre. Cela ne peut se faire sans acquérir un peu de culture littéraire!


Une dette

Tout poète a une dette envers les autres poètes. C’est inévitable. Ce que les jeunes poètes doivent apprendre, c’est — de nos jours — comment s’éloigner du conformisme mercantile de la culture populaire et de l’inculture médiatique. C’est pourquoi d’ailleurs, au contraire de ce que déclarent Zéa Beaulieu-April et Carl Bessette lorsqu’interviewés par Jean-François Caron, il est souhaitable que l’État subventionne et encourage les initiatives de diffusion de la poésie: pour libérer la poésie le plus possible de la tentation de se prostituer sur les boulevards ou sur les scènes. Il ne faut pas oublier que ces subventions sont le fruit de lents combats contre l’appauvrissement culturel menés dans les années 50 et 60.


La poète et éditrice Kim Doré a bien raison de répondre à Jean-François Caron que,«non, le conte et le slam ne sont pas de la poésie». J’ajouterais que, si l’on souhaite faire un bilan de la poésie actuelle, il ne faut pas se contenter d’observer ce qui se passe et s’écrit au plus près de la rue. Je ne souhaite surtout pas qu’on rejette cette voie de la poésie, mais je refuse qu’on en fasse une sorte de modèle de ce que la poésie devient. Ce serait alors un signal annonçant que la poésie est en train d’entrer dans les rangs de «la divine comédie» économique.


Si la poésie actuelle «semble rejeter la confrontation» avec la société, comme le suggère encore Jean-François Caron dans sa conclusion, c’est ou parce que celui-ci ne connaît pas bien la poésie actuelle ou parce que celle à laquelle il s’intéresse a vendu son âme pour des petites étoiles d’applaudissements. Tant mieux si «ce[n’est]pas pour[lui] déplaire». Moi, ça me répugne qu’on la perçoive ainsi.


Claude Paradis, poète et enseignant Le Devoir

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