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L'OR, LÀ

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La bibliothèque infinie

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La bibliothèque infinie de Bob Koelewijn

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Québec solidaire

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photo: Jacques Desmarais

NOUS AVONS UN DÉPUTÉ !

Amir élu, Françoise battue


«Bonsoir Québec! Bonsoir Mercier! Bonsoir Gouin! Bonsoir et merci à tous ceux qui ont rendu ceci possible! Merci pour cette raison d'espérer un autre Québec!»

Amir Khadir était lancé.

Ses premiers mots de député.

Une économie au service des gens!

Un système de santé gratuit.

Un Québec où les jeunes n'auront pas à s'endetter pour étudier. Une pause. Et puis il demande à la foule la permission de sortir de son texte, juste 30 secondes, dit-il, juste le temps de réciter la chanson de Claude Dubois Comme des millions de gens...

Du Amir tout craché. Du grand Amir? Il est toujours comme ça. Ils vont en avoir plein les bras à Québec. Ils ne se doutent pas à quel point. Ils ne se doutent combien ce type est tenace. Intelligent. Ils ne se doutent pas de ce qu'un homme tout seul comme celui-là peut faire.

Qu'est-ce que tu vas faire à Québec, Amir?

Cette question! Il sera le bras politique de la gauche. Il sera la voix de tous ceux qui n'en ont pas. Y compris des verts. Y compris de ceux qui ne croient plus.

Et de remercier Françoise David et toutes ces femmes qui les premières ont évoqué (au lendemain de la Marche des roses en 2000) la nécessité d'une alternative, d'autre chose.

Et même de remercier Daniel Turp, le candidat péquiste dans Mercier, qu'il venait de battre, «Daniel, mon ami, qui partage bien des idées de Québec solidaire».

Battu par 1123 voix en 2007 par Daniel Turp, justement, Amir Khadir n'a cessé de «travailler» son comté depuis sa défaite, menant une campagne très intense en terrain connu puisque c'est la troisième fois qu'il se présente dans Mercier, où il avait déjà été candidat en 2003 sous les couleurs de l'Union des forces progressistes (UFP).

C'était la surprise la plus attendue de cette élection, la plus espérée aussi à gauche mais pas seulement à gauche. M. Khadir a reçu l'appui de l'ancien ministre péquiste Robert Perreault ; de Claude Béland, l'ex-président du mouvement Desjardins; même la militante écologiste Laure Waridel serait intervenue auprès du candidat vert dans Mercier en lui demandant, en début de campagne, de faire un geste «écologiste» en se recyclant lui-même (ou à peu près).

M. Khadir a-t-il bénéficié du vote stratégique des libéraux qui ont voulu faire battre Turp? Rien d'impossible dans Mercier, qui a déjà été assez fantasque pour préférer l'éditeur-poète Gérald Godin au premier ministre Robert Bourassa et, alors que les péquistes le pensaient acquis, pour élire une libérale inorthodoxe (Nathalie Rochefort), avant de revenir au PQ avec Daniel Turp.

Et maintenant Amir Khadir, de loin, l'élu le plus à gauche qu'on aura dans cette partie-ci de l'hémisphère nord... depuis Gérald Godin dans Mercier justement.

Arrivé au pays à l'âge de 10 ans avec des parents francophiles qui fuyaient le schah, à 15 ans il rencontre René Lévesque et devient souverainiste. Il voulait devenir physicien et... poète; il est poète et spécialiste en microbiologie-infectiologie à Pierre-Le Gardeur, où il est d'ailleurs de service ce matin et pour la prochaine semaine. Pour rendre à ses collègues, notamment les docteurs Maziade et Murray, un peu de la couverture qu'ils ont assurée pour lui permettre de mener sa campagne.

Quitter la médecine ne sera pas un deuil si facile ; M. Khadir pense, espère pouvoir pratiquer encore une journée par 15 jours pour garder «la main».

Les nouvelles étaient moins réjouissantes pour l'autre tête de Québec solidaire, Françoise David, défaite dans Gouin par le péquiste Nicolas Girard. Défaite crève-coeur pour cette femme de coeur, justement, qui a mené une campagne très intense dans une circonscription foncièrement péquiste. «Ce n'est pas un candidat que j'ai à battre, c'est un parti», confiait-elle, dans les derniers jours de sa campagne.

Amir Khadir député, il est à prévoir que Mme David prendra seule la présidence de Québec solidaire qui, à 4%, a fait légèrement mieux qu'en 2007.

Pierre Foglia      La Presse

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Un chanoine qui ne dit pas de conneries

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Assemblée générale des Nations Unies


Le 31 octobre dernier, le chanoine François Houtart a été invité à présenter ses vues sur la crise financière en cours à l'assemblée générale de l'ONU. Les dirigeants du monde capitaliste l'écouteront-ils ? Voici en tout cas le texte de son discours.


Le monde a besoin d'alternatives et pas seulement de régulations. Il ne suffit pas de réaménager un système, il s'agit de le transformer. C'est un devoir moral et pour le comprendre, adopter le point de vue des victimes permet à la fois de faire un constat et d'exprimer une conviction ; le
constat que l'ensemble des crises, financière, alimentaire, énergétique, hydrique, climatique, sociale, relèvent d'une cause commune, et la conviction que nous pouvons transformer le cours de l'histoire.


Le constat


Quand 850 millions d'êtres humains vivent sous la barre de la pauvreté et que leur nombre augmente, quand chaque vingt quatre heure, des dizaines de milliers de gens meurent de faim, quand disparaissent jour après jour des ethnies, des modes de vie, des cultures, mettant en péril le patrimoine de l'humanité, quand le climat se détériore et que l'on se demande s'il vaut encore la peine de vivre à la Nouvelle Orléans, au Sahel, dans les Iles du Pacifique, en Asie centrale ou en bordure des océans, on ne peut se contenter seulement de parler de crise financière.


Déjà les conséquences sociales de cette dernière sont ressenties bien au delà des frontières de sa propre origine : chômage, cherté de la vie, exclusion des plus pauvres, vulnérabilité des classes moyennes et allongement dans le temps de la liste des victimes. Soyons clairs, il ne s'agit pas seulement d'un accident de parcours ou d'abus commis par quelques acteurs économiques qu'il faudra sanctionner, nous sommes confrontés à une logique qui parcourt toute l'histoire économique des deux derniers siècles. De crises en régulations, de dérégulations en crises, le déroulement des faits répond toujours à la pression des taux de profit : en hausse on dérégule, en baisse on régule, mais toujours en faveur de l'accumulation du capital, elle-même définie comme le moteur de la croissance. Ce que l'on vit aujourd'hui n'est donc pas nouveau. Ce n'est pas la première crise du système financier et certains disent que ce ne sera pas la dernière.


Cependant, la bulle financière créée au cours des dernières décennies, grâce, entre autres, au développement des nouvelles technologies de l'information et des communications, a surdimensionné toutes les données du problème. L'économie est devenue de plus en plus virtuelle et les différences de revenus ont explosé. Pour accélérer les taux de profits, une architecture complexe de produits dérivés fut mise en place et la spéculation s'est installée comme un mode opératoire du système économique. Cependant, ce qui est nouveau, c'est la convergence de logique entre les dérèglements que connaît aujourd'hui la situation mondiale.

La crise alimentaire en est un exemple. L'augmentation des prix ne fut pas d'abord le fruit d'une moindre production, mais bien le résultat combiné de la diminution des stocks, de manouvres spéculatives et de l'extension de la production d'agrocarburants. La vie des personnes humaines a donc été soumise à la prise de bénéfices. Les chiffres de la bourse de Chicago en sont l'illustration.


La crise énergétique, quant à elle, va bien au delà de l'explosion conjoncturelle des prix du pétrole. Elle marque la fin du cycle de l'énergie fossile à bon marché (pétrole et gaz) dont le maintien à un prix inférieur provoqua une utilisation inconsidérée de l'énergie, favorable à un mode de croissance accéléré, qui permit une rapide accumulation du capital à court et moyen terme. La surexploitation des ressources naturelles et la libéralisation des échanges, surtout depuis les années 1970, multiplia le transport des marchandises et encouragea les moyens de déplacement individuels, sans considération des conséquences climatiques et sociales.


L'utilisation de dérivés du pétrole comme fertilisants et pesticides se généralisa dans une agriculture productiviste. Le mode de vie des classes sociales supérieures et moyennes se construisit sur le gaspillage énergétique. Dans ce domaine aussi, la valeur d'échange prit le pas sur la valeur d'usage.


Aujourd'hui, cette crise risquant de nuire gravement à l'accumulation du capital, on découvre l'urgence de trouver des solutions. Elles doivent cependant, dans une telle perspective, respecter la logique de base : maintenir le niveau des taux de profit, sans prendre en compte les externalités, c'est à dire ce qui n'entre pas dans le calcul comptable du capital et dont le coût doit être supporté par les collectivités ou les individus. C'est le cas des agrocarburants et de leurs conséquences écologiques : destruction par la monoculture, de la biodiversité, des sols et des eaux souterraines, et sociales : expulsion de millions de petits paysans qui vont peupler les bidonvilles et aggraver la pression migratoire.


La crise climatique, dont l'opinion publique mondiale n'a pas encore pris conscience de toute la gravité, est, selon les experts du GIEC (Groupeinternational des experts du climat) le résultat de l'activité humaine. Nicolas Stern, ancien collaborateur de la Banque mondiale, n'hésite pas à dire que "les changements climatiques sont le plus grand échec de l'histoire de l'économie de marché." En effet, ici comme précédemment, la logique du capital ne connaît pas les "externalités", sauf quand elles commencent à réduire les taux de profit.


L'ère néolibérale qui fit croître ces derniers, coïncide également avec une accélération des émissions de gaz à effet de serre et du réchauffement climatique. L'accroissement de l'utilisation des matières premières et celui des transports, tout comme la dérégulation des mesures de protection de la nature, augmentèrent les dévastations climatiques et diminuèrent les capacités de régénération de la nature. Si rien n'est fait dans un proche avenir, de 20 % à 30% de toutes les espèces vivantes pourraient disparaître d'ici un quart de siècle. Le niveau et l'acidité des mers augmentera dangereusement et l'on pourrait compter entre 150 et 200 millions de réfugiés climatiques dès la moitié du 21° siècle.


C'est dans ce contexte que se situe la crise sociale. Développer spectaculairement 20 % de la population mondiale, capable de consommer des biens et des services à haute valeur ajoutée, est plus intéressant pour l'accumulation privée à court et moyen terme, que répondre aux besoins de base de ceux qui n'ont qu'un pouvoir d'achat réduit ou nul. En effet, incapables de produire de la valeur ajoutée et n'ayant qu'une faible capacité de consommation, ils ne sont plus qu'une foule inutile, tout au plus susceptible d'être l'objet de politiques assistentielles. Le phénomène s'est accentué avec la prédominance du capital financier. Une fois de plus la logique de l'accumulation a prévalu sur les besoins des êtres humains.


Tout cet ensemble de dysfonctionnements débouche sur une véritable crise de civilisation caractérisée par le risque d'un épuisement de la planète et d' une extinction du vivant, ce qui signifie une véritable crise de sens. Alors, des régulations ? Oui, si elles constituent les étapes d'une transformation radicale et permettent une sortie de crise qui ne soit pas la guerre, non, si elles ne font que prolonger une logique destructrice de la vie. Une humanité qui renonce à la raison et délaisse l'éthique, perd le droit à l'existence.


Une conviction


Certes, le langage apocalyptique n'est pas porteur d'action. Par contre, un constat de la réalité peut conduire à réagir. La recherche et la mise en ouvre d'alternatives sont possibles, mais pas sans conditions. Elles supposent d'abord une vision à long terme, l'utopie nécessaire ; ensuite des mesures concrètes échelonnées dans le temps et enfin des acteurs sociaux porteurs des projets, au sein d'un combat dont la dureté sera proportionnelle au refus du changement.


La vision de long terme peut s'articuler autour de quelques axes majeurs. Enpremier lieu, un usage renouvelable et rationnel des ressources naturelles, ce qui suppose une autre philosophie du rapport à la nature : non plus l'exploitation sans limite d'une matière, en l'occurrence objet de profit, mais le respect de ce qui forme la source de la vie. Les sociétés du socialisme dit réel, n'avaient guère innové dans ce domaine.


Ensuite, privilégier la valeur d'usage sur la valeur d'échange, ce qui signifie une autre définition de l'économie :non plus la production d'une valeur ajoutée, source d'accumulation privée, mais l'activité qui assure les bases de la vie, matérielle, culturelle et spirituelle de tous les êtres humains à travers le monde. Les conséquences logiques en sont considérables. A partir de ce moment, le marché sert de régulateur entre l'offre et la demande au lieu d'accroître le taux de profit d'une minorité. Le gaspillage des matières premières et de l'énergie, la destruction de la biodiversité et de l'atmosphère, sont combattus, par une prise en compte des "externalités" écologiques et sociales. Les priorités dans la production de biens et de services changent de logique.


Un troisième axe est constitué par une généralisation de la démocratie, pas seulement appliquée au secteur politique, par une démocratie participative, mais aussi au sein du système économique, dans toutes les institutions et entre les hommes et les femmes. Une conception participative de l'Etat en découle nécessairement, de même qu'une revendication des droits humains dans toutes leurs dimensions, individuelles et collectives. La subjectivité retrouve une place.


Enfin, le principe de la multiculturalité vient compléter les trois autres. Il s'agit de permettre à tous les savoirs, même traditionnels, de participer à la construction des alternatives, à toutes les philosophies et les cultures, en brisant le monopole de l'occidentalisation, à toutes les forces morales et spirituelles capables de promouvoir l'éthique nécessaire. Parmi les religions, la sagesse de l'hindouisme dans le rapport à la nature, la compassion du bouddhisme dans les relations humaines, la quête permanente de l'utopie du judaïsme, la soif de justice dans le courant prophétique de l'islam, les forces émancipatrices d'une théologie de la libération dans le
christianisme, le respect des sources de la vie dans le concept de la terre-mère des peuples autochtones de l'Amérique latine, le sens de la solidarité exprimé dans les religions de l'Afrique, sont des apports potentiels importants, dans le cadre évidemment d'une tolérance mutuelle garantie par l'impartialité de la société politique.


Utopies que tout cela ! Mais le monde a besoin d'utopies, à condition qu'elles se traduisent dans la pratique. Chacun des principes évoqués est susceptible d'applications concrètes, qui ont déjà fait l'objet de propositions de la part de nombreux mouvements sociaux et d'organisations politiques. Le nouveau rapport à la nature signifie, entre autres, la récupération par les Etats de la souveraineté sur les ressources naturelles et leur non appropriation privée ; l'arrêt des monocultures et la remise en valeur de l'agriculture paysanne, la ratification, l'approfondissement des mesures de Kyoto et de Bali sur le climat.


Privilégier la valeur d'usage entraine la non-marchandisation des éléments indispensables à la vie : les semences, l'eau, la santé, l'éducation ; le rétablissement des services publics ; l'abolition des paradis fiscaux ; la suppression du secret bancaire ; l'annulation des dettes odieuses des Etats du Sud ; l'établissement d'alliances régionales, sur base non de compétitivité, mais de complémentarité et de solidarité ; la création de monnaies régionales, l'établissement de multipolarités et bien d'autres mesures encore. La crise financière constitue l'occasion unique de mettre ces mesures en application.


Démocratiser les sociétés passe par l'organisation de la participation locale, y compris dans la gestion de matières économiques et va jusqu'à la réforme des Nations unies. La multiculturalité s'exprime par l'abolition des brevets sur le savoir, par la libération de la science de l'emprise des
pouvoirs économiques, par la suppression des monopoles de l'information, par l'établissement de la liberté religieuse.


Mais qui sera porteur de ce projet ? Il est vrai que le génie du capitalisme est de transformer ses propres contradictions en opportunités. How global warming can make you wealthy ?, (Comment le réchauffement terrestre peut vous enrichir ?) lisait-on dans une publicité de US Today du début 2007. Le capitalisme pourra-t-il aller jusqu'à renoncer à ses propres principes ?


Évidemment non. Seul un nouveau rapport de pouvoir y parviendra, ce qui n'exclut pas le ralliement de certains acteurs économiques contemporains. Mais une chose est claire : le nouvel acteur historique porteur des projets alternatifs est aujourd'hui pluriel. Ce sont les ouvriers, les paysans sans terre, les peuples indigènes, les femmes premières victimes des privatisations, les pauvres des villes, les militants écologistes, les migrants, les intellectuels liés aux mouvements sociaux. Leur conscience d'acteur collectif commence à émerger. La convergence de leurs organisations en est seulement à ses débuts et manque encore souvent de relais politiques.


Certains Etats, notamment en Amérique latine, ont déjà créé des conditions pour que les alternatives voient le jour. La durée et l'intensité des luttes de ces acteurs sociaux dépendront de la rigidité du système en place et de l'intransigeance de ses protagonistes.


Offrez-leur donc au sein de l'Organisation des Nations unies un espace pour qu'ils puissent s'exprimer et présenter leurs alternatives. Ce sera votre contribution au renversement du cours de l'histoire, indispensable pour que le genre humain retrouve un espace de vie et puisse ainsi reconstruire l'espérance.


Chanoine François Houtart

 



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Des universitaires appuient Québec Solidaire

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Pascale Dufour, Michel Freitag, Gilles Gagné, Georges Leroux, Jacques Lévesque, Sylvie Paquerot, Yvon Rivard, Lucie Robert ont signés le texte suivant rédigé par Jacques Pelletier et Jean-Marc Piotte.


Depuis trois décennies, le Québec vit en régime politique d'alternance. Malgré leurs divergences, notamment sur le plan constitutionnel, le parti libéral et le parti québécois mettent en application à peu près la même politique sur le plan économique, social et culturel, la différence entre eux étant affaire de nuances et de degrés.


C'est particulièrement le cas au cours de la présente élection, ce que la nouvelle « chef « du parti québécois a d'ailleurs reconnu récemment. Qu'il s'agisse du rôle de l'État dans l'économie, de la réorganisation du système de santé, de la réforme scolaire, du statut de la culture, les deux formations proposent le même programme et tiennent le même discours, inspirés par l'idéologie dominante du néo-libéralisme à laquelle elles s'abreuvent l'une et l'autre.


Il n'en a pas toujours été ainsi. Durant les années 1970, le parti québécois en émergence incarnait des idées nouvelles : l'indépendance et la social-démocratie face à un parti libéral fédéraliste et partisan du marché. Les citoyens se voyaient proposer un véritable choix, entre deux politiques opposées, représentant des conceptions substantiellement différentes de la vie collective et du bien commun. Ils se retrouvaient face à une authentique alternative, impliquant non seulement un changement d'équipe dirigeante mais un choix entre deux orientations politiques.


Nous n'en sommes plus là aujourd'hui. Le parti québécois, tout en gardant formellement la souveraineté au cœur de son programme, n'en fait toutefois pas un enjeu central de la campagne électorale, pas plus qu'il ne s'engage dans la promotion de la visée social-démocrate qui l'inspirait naguère. Il entend d'ailleurs repenser celle-ci, apparemment, car cela demeure flou, pour la moderniser et la rendre « efficace », pour en faire en somme une variante davantage « sociale » d'une politique foncièrement de droite. Bref, on ne voit plus en quoi cette formation se distingue vraiment de son adversaire libéral et pourquoi il faudrait l'appuyer sinon en vertu de sa compétence présumée supérieure pour accomplir un programme fondamentalement semblable. Dans cette optique, c'est la gouvernance qui apparaît comme le véritable - mais très limité - enjeu d'une campagne dans laquelle la politique est évacuée.


Pourtant, éclipsé dans la joute électorale monopolisée par les vieux partis, le politique retrouve sa place et sa portée dans le cadre de l'alternative proposée par les tiers partis, et plus particulièrement par Québec solidaire. Le programme et la plate-forme politiques de cette formation représentent en effet un choix radicalement différent qui pourrait entraîner la société québécoise dans une transformation en profondeur, sur des bases entièrement nouvelles.


Québec solidaire est le seul parti à prendre sérieusement en compte la crise actuelle de notre société, à en signaler la profondeur, au-delà de sa dimension proprement économique, et à proposer des solutions radicales et inédites pour en sortir. Et cela en questionnant les valeurs qui servent de fondements au désordre établi et aux priorités qu'elles impliquent : primauté du marché, de la concurrence, de l'individualisme, du chacun pour soi, au détriment de la vie sociale et de l'accomplissement personnel dans le cadre du bien commun et du progrès par et pour tous et toutes.


Québec solidaire privilégie la justice sociale et la lutte contre la pauvreté, l'égalité entre les femmes et les hommes, l'inclusion sociale des marginaux et des exclus, le respect de l'environnement et la démocratisation effective du système politique. Il reconnaît le rôle essentiel de l'État comme régulateur de l'économie et de la redistribution sociale des richesses. Et il estime avec raison que cette régulation nécessaire doit s'étendre à l'échelle internationale dans le cadre d'un pacte nouveau entre peuples libres, délivrés de la domination impérialiste. Ajoutons que cette formation est aussi la seule, au cours de la présente campagne, à promouvoir la souveraineté populaire par une démarche démocratique et inclusive, à cent lieux des frilosités et des fantasmes identitaires.


En somme, dans la conjoncture actuelle, Québec solidaire apparaît comme la seule organisation politique capable de proposer une rupture avec le système d'alternance qui condamne la politique québécoise à un face-à-face débilitant depuis trente ans et qui la voue à l'immobilisme et parfois à la régression pure et simple.


Travaillant aujourd'hui à un avenir fondé sur la liberté politique, l'égalité et la solidarité sociales, le respect de la nature et de l'environnement, Québec solidaire incarne un possible déblocage et un dépassement de l'impasse actuelle. Il mérite donc pleinement l'appui de tous ceux et de toutes celles qui aspirent, comme nous, à une transformation radicale et en profondeur de cette société, allant bien au-delà des changements cosmétiques offerts par les formations politiques traditionnelles.


Jacques Pelletier enseigne en études littéraires à l'UQAM, Jean-Marc Piotte est professeur émérite de sciences politiques à l'UQAM, Miche Freitag est professeur émérite de sociologie à l'UQAM, Gilles Gagné enseigne en sociologie à l'Université Laval, Georges Leroux est professeur émérite de philosophie à l'UQAM,, Jacques Lévesque est professeur de sciences politiques à l'UQAM, Sylvie Paquerot est professeur de sciences politiques à l'Université d'Ottawa, Yvon Rivard est professeur associé à l'Université McGill et écrivain, Lucie Robert enseigne en études littéraires à l'UQAM.




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Gares

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Pour connaître une ville, a dit le philosophe*, il faut voir sa gare.


La houle des voyageurs ondulant sur les quais, particules de vies troquées au hasard, brouhaha inaudible des voix intérieures, chaussures contre souliers, épaule contre épaule, haleine exhalée, souffle inspiré, matière humaine malaxée, maelstrom terrifiant. La gare, Minotaure cruel engloutissant l'humain, digestion du chaos. L'organisation rectiligne des voies, la géométrie parfaite des câbles se croisant, tressant un faisceau d'amarres prêtes à être larguées. Et les quais, tentacules gigantesques lancés vers des ailleurs invisibles.


La voix de la gare dans le haut-parleur nasillard, incompréhensible, son mâché, mastiqué et vomi, venu d'en haut, on ne sait d'où. Le ding-dong énergique imposant l'attention, les informations, et les retards.


L'horloge, soleil de la constellation, œil ouvert comme un reproche, épiant, veillant à la bonne marche des épisodes, d'une précision guerrière.


Les trains, bêtes domptées, rentrés au bercail, le nez dans le licol, leur carapace de métal grinçant de toutes ses dents.


Les courants d'air glacés, serpents de verre s'enroulant autour des cous fragiles, les oiseaux nichant sous les toits vitrés, entre deux poutres de métal, piaillant leur monde parallèle, les vendeurs de journaux aux doigts gris, les contrôleurs dans la suffisance légitimée de leur képi, les sandwichs au goût de cellophane, les bruits amplifiés d'une armée en marche. Les valises pleines d'espoir, les pas nonchalants, ceux pressés, la valse des retrouvailles, le tango des adieux.


L'excitation du voyage, la promesse de l'aventure, les voisins de wagon, les cris des enfants. Et le départ.


Dans certaines gares, les trains ne s'arrêtent pas. Ils déboulent dans un souffle bruyant, charriant l'haleine du diable, font trembler le quai, et la voix dans le haut-parleur, sur un ton péremptoire, exige qu'on s'en éloigne. Et on reste là, figé, fasciné par la puissance, une explosion brutale et fugace comme un coup de poing en pleine figure.

On frissonne partagé entre frayeur et tentation.


Les gares ! Sont des livres ouverts d'une surprenante variété, dont les auteurs aux talents divers livrent leurs histoires impudiques ... Les gares ! Sur les plates-formes, des vies égarées traînent des solitudes extrêmes. Des cailloux d'illusions semés le long des voies entretiennent l'espoir de retrouver le chemin.


Seule sur le quai, ma valise bourrée de silence, j'attends un train comme un destin qui me serait affecté (qui ne viendrai pas). J'ai pris un aller simple : pourquoi être compliqué si l'on ne sait pas où l'on va. Je regarde les rails, ces flèches de métal décochées par le hasard. Je ne connais pas ma destination, à quoi bon, les billets de train mènent tous au même lieu : aux environs de nulle part. Je remonte mon col, les départs sont toujours frileux ; partir c'est se dépouiller de ses vanités, de ses angoisses, de ses égarements, on va se perdre pour se rencontrer.


®Michèle Menesclou


*Pierre Sanzot

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Richesse de la pauvreté

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"Et me voici devant une question paradoxale : chiffonnier du Caire, d'où vient ton bien-être ? Nanti d'Europe, d'où vient ton mal-être ? Pour moi, c'est tout un drame. En Europe et dans les pays riches, on n'arrive pas à jouir de la vie, alors que chez les plus pauvres, on est épanoui, et chaque minute apporte la simple joie d'exister.
Je me trouve devant un abîme, un trou, profond, dont je ne vois pas la fin. Tout homme sur Terre court après le bonheur, mais où donc le bonheur se trouve-t-il ? La pauvreté serait-elle une richesse, et la richesse serait-elle destructrice ? Serait-ce la pauvreté qui fait le bonheur ? Impossible ! Ce n'est pas rationnel, ça ne tient pas.
De plus, cette question me revient comme un boomerang : serais-je par hasard la "bonne soeur" qui prône la pauvreté sur terre pour se dégager des biens éphémères et gagner le bonheur éternel ? ...Ou, pis encore, aurais-je fait de la pauvreté le "fonds de commerce" de ma vie, comme si elle servait à justifier mon existence ?
Bien sûr que non ! La pauvreté est un scandale contre lequel j'ai toujours et partout combattu sur la planète."

Soeur Emmanuelle,              "Richesse de la pauvreté"

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Carnets d'atelier (extraits)

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Le papier, papier marouflé, trituré, déchiré, recomposé. Le papier, matériau. Le travail du papier, sa mise en lambeaux, son marouflage, son lissage avec les paumes, les doigts, la construction de ses accidents. Ainsi j'investis le tableau à venir, je prépare le terrain, je fonde.
Est-ce que le papier est une peau ? La peau duvetée de l'oisillon, la peau sableuse du rhinocéros, la peau humaine, grise, rose, jaune, rouge, noire, ocre, ambrée, autant de teintes qu'il y a de sols, la peau qui respire, respire, voilà le mot, respirer, respirer !
La peau est poreuse, j'inscris une peau, je tends une peau sur un cadre, afin que cette peau puisse être résonance. Du chant silencieux du monde je suis le bâton et le chant, le chant et le tambour, tableau-peau, tambour-chant. Chant du monde dans le creux de la création.
On tend les toiles, comme on tendait des filets sur une rivière, comme on posait des collet à lièvres. Peindre, c'est une activité prédatrice au sens noble. Ne se laisse prendre que la proie qui y consent après qu'on l'en eut priée.


Dans ma rencontre avec l'autre, peu importent la connaissance, l'empathie, l'amitié ou l'amour qu'il me porte, il existera toujours un territoire qui lui sera inaccessible, et c'est justement celui où j'entends en moi la résonance de sa présence dans ma vie. Ce territoire, où se dessine l'ombre portée de notre rencontre. Là, lieu sacré de l'intime, l'autre qu'il est, me pénètre et me vivifie dans le secret de ma terre, dans le mystère de ma boue. Ainsi toi que j'aime, je te bois comme la terre boit son eau.
Paradoxe qui finalement n'est pas loin du mystère de la fécondation. À l'instant où l'un se perd comme un, c'est là, à ce moment précis, quand l'autre l'accueille et fait sienne cette part de vie et de mystère offerte, qui à son tour dans et par l'accueil accepte que l'autre prenne vie en lui sans jamais savoir de quelle vie cette vie sera faite.
Comment cela se peut-il ? Je crois qu'il n'y a que trois chemins, celui de la charité, celui de l'amour et celui de l'œuvre d'art, chacun des trois participant des autres.


Michel Madore             Carnets d'atelier, Éditions Mémoire Vivante, Paris, 2003


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Du sang dans nos portables

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Congo : comment nous alimentons la guerre la plus sanglante d'Afrique

Des Congolais jettent des pierres aux Casques bleus qui patrouillent sur la
route à Kibati, à 25 km au nord de Goma.

La guerre la plus meurtrière depuis l'invasion de l'Europe par Adolf Hitler
recommence - et il est pratiquement certain que vous portez dans votre
poche, un débris ensanglanté de ce massacre. A la vue de l'holocauste au
Congo avec ses 5,4 millions de morts, le même vieux cliché sur l'Afrique
ressort : c'est un "conflit tribal" "au coeur des ténèbres". Il n'en est
rien. Une enquête des Nations Unies a constaté que cette guerre était menée
par des «armées de business» pour s'emparer des mét aux qui permettent à
notre société du 21ème siècle de faire bling bling. La guerre au Congo est
une guerre qui vous concerne.

Chaque jour, je pense aux gens que j'ai rencontrés dans les zones de guerre
de l'est du Congo lorsque j'y faisais des reportages. Les services
hospitaliers étaient remplis de femmes qui avaient subi des viols collectifs
par les milices et qui avaient blessées par balle au vagin. Les bataillons
d'enfants soldats âgés de 13 ans, drogués, hagards, qu'on a obligés à tuer
les membres de leurs propres familles pour les empêcher de s'enfuir et de
retourner chez eux. Mais curieusement, alors que je regarde la guerre qui
recommence sur CNN, je me prends à penser à une femme que j'ai rencontrée et
qui, selon les critères congolais, n'avait pas trop souffert.

Un jour que, revenant d'une mine de diamants, je rentrais à Goma, ma voiture
a crevé. Pendant que j'attendais qu'elle soit réparée, je me tenais au bord
de la route et je regardais les longues colonnes de femmes qui titubent sur
chaque route de l'est du Congo, transportant tous leurs biens sur leur dos,
cet amas d'affaires les handicapant terriblement. J'arrêtai une femme de 27
ans qui s'appelait Marie-Jeanne Bisimwa et qui avait quatre petits enfants
accrochés à elle. Elle me raconta qu'elle avait de la chance. Oui, son
village avait été brûlé. Oui, elle avait perdu son mari quelque part dans le
chaos. Oui, sa sour avait été violée et était devenue folle. Mais elle-même
et ses enfants étaient en vie.

Je l'ai emmenée dans ma voiture, et ce n'est qu'après quelques heures de
discussion sur les routes défoncées que j'ai remarqué que quelque chose ne
tournait pas rond avec les enfants de Marie-Jeanne. Ils étaient affaissés,
le regard fixe. Ils ne regardaient pas autour d'eux, ne parlaient pas, ne
souriaient pas. "Je n'ai même pas pu les nourrir," m'a-t-elle dit, "à cause
de la guerre."

Leurs cerveaux ne se s'étaient pas développés et ne se développeront jamais
plus. "Est-ce qu'ils vont aller mieux ?", m'a-t-elle demandé. Je l'ai
déposée dans un village à la périphérie de Goma et ses enfants l'ont suivie
en trébuchant, inexpressifs.

Il y a deux histoires sur l'origine de cette guerre : l'histoire officielle
et la véritable histoire. L'histoire officielle est qu'après le génocide au
Rwanda, les Hutus, auteurs des massacres, traversèrent la frontière et
fuirent au Congo. Le gouvernement rwandais les aurait poursuivis. Mais ceci
est un mensonge. Comment le savons-nous ? Le gouvernement rwandais n'est pas
allé à la poursuite des Hutus génocidaires, en tout cas, pas dans un premier
temps. Il est allé là où se trouvent les ressources naturelles du Congo et
a commencé à les piller. Ils ont même dit à leurs troupes de travailler avec
les Hutus qu'elles rencontreraient. Le Congo est le pays le plus riche au
monde en or, en diamants, en coltane*, en cassitérite et autres minerais.
Tout le monde en voulait une part, c'est pourquoi six autres pays ont envahi
le Congo.

Ces ressources n'ont pas été volées pour être utilisées en Afrique. Elles
ont été raflées afin de nous être vendues. Plus nous en achetons, plus
l'envahisseur pille et massacre. L'augmentation du nombre des téléphones
portables a créé une hausse des morts car le coltane qu'ils contiennent se
trouve essentiellement au Congo. Les Nations Unies ont cité les sociétés
internationales qui seraient, selon elles, impliquées dans ce pillage :
Anglo-America, Standard Chartered Bank, De Beers et une centaine d'autres
(toutes ces sociétés ont démenti ces accusations). Mais au lieu d'arrêter
ces entreprises, nos gouvernements ont demandé aux Nations Unies d'arrêter
de les critiquer.

Il y a eu des périodes où les combats ont faibli. En 2003, un accord de paix
a finalement pu être négocié par les Nations Unies et les armées étrangères
se sont retirées. Beaucoup ont continué à travailler à travers des milices
amies mais le carnage a quelque peu diminué. Jusqu'à maintenant. Comme pour
la première guerre, il y a l'histoire publique officielle et la vérité. Un
chef de milice congolaise, nommé Laurent Nkunda, soutenu par le Rwanda, a
déclaré qu'il devait protéger la population tutsi locale des mêmes
génocidaires hutus qui étaient restés cachés dans les jungles de l'est du
Congo depuis 1994. C'est pourquoi il s'empare aujourd'hui des bases
militaires congolaises et il est en train de marcher sur Goma.

C'est un mensonge. François Grignon, directeur pour l'Afrique du groupe de
réflexion International Crisis Group m'a dit la vérité : «Nkunda est financé
par les entrepreneurs rwandais qui, ainsi, peuvent garder le contrôle des
mines du Nord-Kivu. C'est le coeur absolu du conflit. En fait, ce à quoi
nous assistons, c'est un combat des bénéficiaires de l'économie de guerre
illégale pour conserver leur droit d'exploitation.»

En ce moment, les businessmen rwandais font une fortune avec les mines dont
ils se sont emparés illégalement durant la guerre. Le prix mondial du
coltane s'effondre, alors maintenant ils se concentrent avidement sur la
cassitérite, qui est utilisée pour faire des boîtes de conserve et d'autres
produits de consommation courante. Quand la guerre a commencé à faiblir, ils
ont vu qu'ils perdaient leur contrôle face au gouvernement congolais élu,
c'est pourquoi ils ont réamorcé la guerre de façon sanglante.

Mais le débat sur le Congo en Occident (quand il y en a un) se concentre sur
notre incapacité à fournir un pansement, sans même évoquer le fait que nous
sommes ceux qui avons provoqué la blessure. C'est vrai que les 17 000
Casques bleus présents dans le pays échouent, de manière catastrophique, à
protéger la population civile, et ont un besoin urgent d'être renforcée.
Mais il faut surtout cesser d'alimenter la guerre, tout d'abord en arrêtant
d'acheter des ressources naturelles ensanglantées. Si Nkunda a assez d'armes
à feu et de grenades pour combattre l'armée congolaise et les Nations Unies
c'est uniquement parce que nous lui achetons son butin. Nous devons
poursuivre en justice les entreprises qui achètent ces ressources, pour
complicité de crimes contre l'humanité, et introduire une taxe mondiale sur
le coltane pour financer une force de paix conséquente. Pour en arriver là,
nous avons besoin de construire un système international qui accorde plus de
valeur à la vie de Noirs qu'au profit.

Quelque part là-bas, perdus au milieu du grand pillage international des
ressources du Congo, se trouvent Marie-Jeanne et ses enfants, qui errent à
nouveau, claudiquant, le long de la route, portant tout ce qu'ils possèdent
sur leurs dos. Ils n'utiliseront sans doute jamais de téléphone portable
plein de coltane, ni de boîte de haricots en cassitérite fondue, ni ne
porteront de colliers en or, mais il se pourrait qu'ils meurent pour un de
ces produits que nous consommons.

* Le coltan (version abrégée de « Colombite-Tantalite »)
est un minerai métallique, que l'on trouve principalement dans l'est
de la République démocratique du Congo. Une fois raffiné, le coltan produit
du tantale métallique, qui peut stocker des charges électriques élevées et
est par conséquent employé dans les condensateurs qui entrent dans la
composition des téléphones mobiles et des Playstations, entre autres.

Johann Hari

Traduction : Isabelle Rousselot et Fausto Giudice


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L'échec de l'art

Publié le par la freniere


L'échec de l'art comme interrogation subversive de notre société était flagrant : la cote des artistes hier renégats montait à toute allure et les échanges allaient grand train.
La société marchande était capable d'acheter jusqu'aux plus fulgurantes trouées faites à son décor et d'en faire des trous positifs : un bon placement.
Nous découvrions avec stupeur que le Vrai est un moment du Faux et que tout était négociable.
L'insatiable instinct de bête de mort du pouvoir marchand s'appropriait jusqu'au désir de sa propre destruction et en faisait commerce en le sacralisant.
Le NON de l'artiste devenait la caution de ce qu'il niait, à plus ou moins long terme; question de digestion...
L'art n'était plus ce poison efficace dont nous avions rêvé, mais une liberté provisoire exemplaire.

La chaise artistique devenue objet d'art nous n'avions plus rien où poser notre cul.

Il nous restait nos corps. Nos corps sans nom, sans signature. L'histoire de la révolte devenait anonyme. Dans un monde où un jeu de miroirs très subtil nous renvoyait toujours à des images sans corps, il nous fallait tenter de vivre.
Ce fut d'abord refuser de survivre comme on nous l'ordonnait.
Cet ordre là, merci.
Un bonheur illusoire, véritable trompe-l'œil où nos forces vitales seraient vouées à l'épuisement du désir par la consommation.
Cynisme ultime du pouvoir des marchands de vouloir faire de nous des cadavres heureux monnayables à merci.

Il nous restait nos corps et cette seule évidence : la vie de tous les jours serait l'art clandestin de la révolte et le désir sa poésie...

Emmanuelle K.

La mariée mise à nu

 



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