Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

247 articles avec ile eniger

Aujourd'hui

Publié le par la freniere

Aujourd'hui, il ne sait plus le jour ni l'heure, ni qui il est ni qui je suis. Il ne sait que moment par moment, qui lui échappent. Sa vie s'efface au désert de mémoire. Seuls ses tableaux concentrent sa lumière. Aujourd'hui je suis seule. Qu'on ne me dise pas tout ce que l'on me dit. Aucune parole ne peut m'atteindre. Je suis là où il est même s'il ne sait plus. Chaque pas, chaque geste sont les pierres d'un chemin perdu. Aujourd'hui, il n'y a ni fleurs ni rires ni robe claire ni sa main dans ma main ni ma main dans la sienne, il y cette année de plus et lui en cet ailleurs où il ne m'attend plus. Il y a la douleur, profonde comme un lac asséché.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Vivant

Publié le par la freniere

Les rêves ne sont pas sur-humains, ils ne voyagent parfois qu'à hauteur d'homme. Un vélo tombe, les pieds dans ses rayons, sa chaîne saute ; une route dérape l'indifférence autour ; un pont bancal s'élance sur l'abîme ; une pierre d'achoppement pleure sa pierre d'angle ; des affiches mentent, vendent leurs viandes sur étals ; des promesses se maquillent aux chromes de mensonges. Quelque part un ami s'en va sans bruit. Lassitude lassitude, douleurs. On pourrait croire que les murs sont trop hauts, que l'univers trahit. On pourrait croire que le jour se ferme. Mais les bras de nuit enlacent des étoiles, une piste d'envol imagine un bonheur autre. Ce qui ne finit pas. Ce qui ne vieillit pas. L'hiver toujours porte un printemps. Et le soleil, chaque soir mort, remonte chaque matin, éblouissant. Vivant.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Ce temps

Publié le par la freniere

C'est une terre brûlée de larmes sèches, une croûte de mots altérés, le toujours désert qui revient quand l'oasis s'estompe. C'est l'amour dupé par les miroirs aux alouettes, les réseaux malsains, les rires sans saveurs, les gestes médiocres. C'est la chaussette seule sur un fil, le torrent mort dont la dernière salive tache le sol, la bête blessée sous les coups qu'elle ne comprend pas, la terreur de la vie devant la cruauté. C'est le bonheur qui perd sa voix et l'horizon sa route, une férocité indifférente qui cloue l'innocence sur la porte de l'espoir. Et c'est ce temps désespéré de solitude déchirante devant le mur trop haut.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Ce voyage

Publié le par la freniere

L'essentiel, sans conteste, est un chant d'oiseau au réveil, un arbre protecteur, des herbes respirantes, l'air et l'eau sur la terre nourricière, ce foisonnement dans la fonction du vivre. Ainsi, la vie attend, rejoint, précède et accompagne. On ne devient pas pour quelqu'un, ni pour soi, on est, on grandit. Ainsi se mêlent les sèves et les aubiers, baptisés un matin par la première fleur qui parle du fruit. L'essentiel, sans conteste, est ce passage, inscrit de la graine à l'humus, ce voyage improbable, fécond, dans la lumière du vivant.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Gwendoline et Oscar

Publié le par la freniere

Gwendoline et Oscar

Extraits de : Correspondance à quatre pattes

 

Oscar : ../.. Je savais que tu déménageais, je lis les courriers que ta z’humaine envoie à la mienne, mais ça, tu n’es pas obligée de raconter…

Ma hantise était que tu ne te plaises pas dans ton nouveau territoire. Les z’humains s’y entendent bien pour nous contrarier en matière de changement et je reste persuadé que ton Paminou et ta Maminou sont comme la Boulotte et Grand Manitou, des empêcheurs de tourner en rond dans nos paniers, juste avant la sieste.

Te voilà à l’abri pour l’hiver qui vient : plus de pattes mouillées, plus d’éternuements, plus d’odeurs d’herbes et de feuilles arrosées par la pluie et… les autres chats. ../..

 

Gwendoline : ../.. un jeu nouveau m'a occupée tout le reste du temps. Je m'explique : Maminou m'a ramené des courses une petite souris verte en peluche. Paminou dit que c'est un castor mais, un castor vert, ça n'existe pas, ça n'existe pas, comme l'écrit si bien le poète Robert Desnos. Figure-toi que cette souris-castor crie dès qu'on la touche, et moi j'adore la faire crier ! Attention, je ne lui fais pas mal, tu sais que je suis une pacifiste amie des souris, et aussi des castors, mais la voir s'agiter et couiner au moindre coup de patte, ça me met en joie. Ainsi, nous avons joué ensemble jusqu'à ce que la maline aille se cacher sous la bonnetière du salon, j'ai eu beau attendre, elle n'a jamais daigné bouger de là ! Je verrai bien demain si elle sera toujours aussi déterminée à rester planquée quand Maminou passera l'aspirateur ! ../..

Ile Eniger & Corinne Josseaux-Battavoine - Auteurs

Calligraphies : CJB

Gwendoline et Oscar, correspondance à quatre pattes - (roman-Jeunesse)

Diffuser notre correspondance est le plus gros complot que nos z'humaines auront tramé contre nous. Nous vous laissons juges, et, rappelez-vous, l'important dans la vie, qu'elle soit de chat ou de z'humain, c'est d'aimer et de partager les pages écrites avec le coeur.

Gwendoline, jolie petite chatte Persane, et Oscar, vieux chat charmeur baroudeur, s'écrivent depuis les ordinateurs de leurs "z'humaines", une correspondance charmante, tendre et savoureuse !

ISBN : 978-2-84954-177-7 - Prix : 12 Euros

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

En silence habité

Publié le par la freniere

Tu m'as donné deux fois la vie, un matin de septembre quand sonnait la sirène du marché sur la place du village, puis, quand lisant mon premier poème tu m'as dit : "Continue ma fille…". Maintenant ma mère est ailleurs, en silence habité. Elle a depuis longtemps fermé son nom, sa voix, comme on ferme une page et la porte derrière soi. Elle a laissé quelques images, pierres blanches qui veillent et allument la route : du pain émietté pour nourrir les oiseaux, les battements de l'âme sous ses paupières closes, sa passion des mots, de la musique, des fleurs, et son amour du jardinier. Elle a laissé bien plus, que je découvre encore lorsque les heures se taisent. Absente légère, je ne sais où elle est, mais je sais qu'elle y est. Entre deux plumes d'ange et les eaux vertes de la Sorgue, assise sous le grand platane qu'ils ont coupé parce qu'il était trop vieux, je l'entends encore me dire "Continue ma fille"…

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Hors tout

Publié le par la freniere

Je veux une averse d'étoiles sur les villes sales, des arbres qui dansent dans les pas fatigués des passants, le tournesol d'une robe jaune sur la grisaille des tristesses, le souffle pur d'une terre haute, l'eau glacée d"un torrent éclatant de rire, des étincelles de nuit faisant battre le cœur des mots pour nettoyer celui des hommes, un petit matin clair, irrévérencieux, insolent, confiant, où des fées en espadrilles font le ménage du jour. Les fées n'existent pas mais leurs gestes perdurent. Et quand j'écris : "Je t'aime hors approbation, hors cadre, hors limite, hors tout", ce sont elles qui me disent de ne pas avoir peur.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Rugir

Publié le par la freniere

Le ciel renouvelle ses eaux, s'arrête pour mieux les compter, et recommence. Le ciel est en travaux pratiques. Debout au seuil du vide, c'est à toi que je parle, que je ne connais pas, que j'espère du fond de la caverne. Je te cherche, je te crie, je t'appelle. Nettoie les avoirs, les pillages, les hideurs. Arrête les agitations, les verbiages, les illusoires rassemblements, les réseaux de basses-cours, les discours menteurs, les sentences insensées, les égoïsmes barbares, les suffisances mortelles. Libère la respiration primale, la parole nue, la silencieuse, la pudique, l'exemplaire qui sonne clair comme un bol tibétain. Lave la vie aux hautes sources, conduits à l'indivisible. Et si je ne te sais, si je ne sais t'entendre, laisse rugir ton silence, l'écho sacré.


Ile Eniger

 

Parfois le train des douleurs percute le quai paisible où l'on croyait le temps arrêté
Parfois un conducteur irascible le convoyeur des enfers enfonce le fer et le feu dans la vie
Parfois le certain des fleurs et l'odeur des matins tranquilles bascule
et mon impuissance est un couteau amer dans l'épaisseur du jour

 

Jean-Michel Sananès  à propos de "Rugir"

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

Rouge seul

Publié le par la freniere

Il faut du soleil et de la nuit pour toucher l'écriture, je n'ai plus ni l'un ni l'autre. Perdues les étoiles magistrales, les fleurs effrontées d'amandiers, l'envoûtante odeur des lilas, la laine des neiges et celle du bonheur. La lumière est ailleurs, muette. Le passage n'a plus de sens. Le ciel et la terre m'ont abandonnée. Tout m'a abandonnée. Je marche sur des braises, mon pas est rouge seul. Tarie comme un désert, j'invoque l'absolu en langue sèche d'hérétique. Pourquoi ces fers à mes chevilles, mes mains, ma vie ? Par sursauts, j'avance, par habitude, par volonté, par insolence. Où, quand, ai-je démérité ?

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

L'attisée

Publié le par la freniere

Des mains de l'hiver lèvent les graines. Tout pousse sans bruit, pas de tapage pour la merveille. Ne seraient les verts aux doigts des arbres noirs, rien ne ferait printemps et sa saison première, son temps de prima vera, de petites effrontées haussant leurs joues empourprées hors des terres. Au point vernal, une insolence colore et défait l'austère matrice. Si une hirondelle ne fait pas le printemps, elle signe au ciel et aux sèves, l'attisée des délivrances. Un brin d'espoir en équilibre sur le fil, les heures d'équinoxe aboutent la planète. Cela valait bien un accueil, un sourire, un remerciement, quelques mots, rien de bien poétique, en tout cas bien moins qu'un chant d'oiseau et ce jour après jour d'herbe réconfortée et d'eaux de menthe fraîche.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>