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222 articles avec ile eniger

La Fête des Mères

Publié le par la freniere

Aujourd'hui, c'est la Fête des Mères. C'est écrit sur le calendrier. Le téléphone a sonné. Nos rires complices, elle la grande enfant, moi la vieille mère. La joie d'ici et maintenant, donnée, reçue. Un présent à manger comme moineaux au cerisier. Cette grâce. Aujourd'hui, c'est la Fête des Mères. C'est écrit sur le calendrier. La vie s'étire. Ma mère est loin. Elle ne regarde plus les canards sur la Sorgue ni les fleurs au jardin. Elle ne chante plus. Ma mère est en ailleurs, muet comme ses mains. Au village d'ici, le clocher sonne 6h de ce soir. Et c'est celui d'enfance que j'entends d'une fenêtre aux volets verts ouverte sur la place. J'y ajoute la robe claire de ma mère, ses heures gaies, sa table mise quand midi réclamait, sa maison pimpante, fredonnante, toute une volée d'oiseaux becquetant des fruits, une petite fille courant dans les graviers un cadeau à la main, une femme qui rit en lui disant merci. J'y ajoute l'insouciance. Ce que je n'ai pas su, pas vu, pas dit. Et puis, je ferme la fenêtre. Se ferment le temps et les images. Le clocher ici a fini de sonner, il en reste un écho dans l'air ensoleillé. Et cette clé au cœur.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Fraternité

Publié le par la freniere

Des gens marchent sans savoir où ils vont, sans savoir d'où ils viennent. Sans savoir. Leur pugnacité ouvre parfois les poings en mains, les yeux en regards, les avoirs en partages. Ils déboutent les esclavages, cherchent l'autre façon de vivre. Surtout laisser l'explication, l'analyse, aimer suffira. Il peut s'agir de retrouvailles autres, une respiration calme dans l'agitation des étouffements organisés. Quelque chose de déroutant, d'accompagnant. Etrange sensation d'un bout à bout de volontés modifiant l'Histoire. Fraternité : Lien existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine – Dictionnaire Le Petit Robert. On participe ou pas. La juste place ne cherche ni ne prend. Elle est, dans l'absolument vivant.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Vivre l'instant

Publié le par la freniere

"LA FEMME EN VOL " roman de Ile Eniger

 

Ou vivre l'instant

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Notre époque est celle de l'explosion mondiale des échanges commerciaux, celle de l'imposition des normes, de la disparition progressive des différences qui sont les véritables richesses de la planète, celles de l'élimination des artisans, de la petite boutique, de l'exploitation familiale agricole. C'est le sacre de la finance aveugle et carnivore, jamais rassasiée. Pour survivre dans ce monde, il faut être rentable et revêtir la livrée de l'acceptation : se taire et servir. Réduit au silence, "l'homme produit" "l'homme objet", "l'homme jetable" est condamné à une existence entre les quatre murs invisibles de l’Avoir. Ceux qu’on nomme grands (Boris Vian) fixent les objectifs, décident des cours, affament les uns et enrichissent les autres. L’homme n’existe presque plus, il est esclave, pion, marionnette, dans une société manipulée par les champions de l’image qui ordonnent, dirigent et surtout, virtualisent le quotidien. L’illusion et le mensonge sont au pouvoir comme la noblesse et le clergé autour du roi avant la révolution française de 1789. Sur sept milliards d’individus, combien contestent ouvertement cette forme cruelle d’existence ? La race humaine, dans sa grande majorité, cède à la facilité et au conformisme qui commence avec la crèche et s’achève avec la mort. Tout est prévu au millimètre, il suffit de renoncer à ses rêves, à ses aspirations, à tout ce qui bouge au fond de soi, à tout ce qui rend vivant, et signer le pacte avec Méphisto comme on signe un crédit avec le banquier.

 

Ne déprimons pas face à ce terrible constat, car je vous rassure, il existe des êtres dont on se garde bien de parler, des êtres qui refusent la chaîne, la niche et la soupe, pour vivre la liberté, leur liberté.

 

"LA FEMME EN VOL" est un bel exemple de résistance. Avec ce roman, paru aux Editions Parole dans la collection 'main de femme', Ile ENIGER ouvre toute grande la maison d’une vie, celle de son héroïne. Cette jeune femme amoureuse d’un artiste, prend à bras le corps son existence, n’hésitant pas à mettre en déroute les habitudes, les conventions, à s’affranchir des autoroutes à péages et de tous les gadgets qui sont autant de boulets au cou de l’homme battu et content.

 

Fane la vagabonde incarne le refus des emplois du temps imposés. La jeune femme ne cède jamais au désir confortable et suicidaire d’être une 'petite victime' satisfaite d’une destinée insipide et sans relief, c’est à dire sans bonheur.

 

Evidemment, dessiner son propre chemin et décider du rythme de sa marche comporte les mêmes dangers que la chèvre de Monsieur Seguin échappée de l’enclos. Mais être libre, ne fut-ce que quelques heures et agir selon son cœur semble un désir parfaitement légitime et le monde renouerait avec la joie s’il pouvait, pardon 's’il osait', agir comme cette "femme en vol".

 

Fane a grandi dans un espace où les seules limites étaient l’infini du ciel et la courbure de la terre qui n’atteint jamais le fil de l’horizon. Quand on a, depuis son plus jeune âge, chevauché pieds nus le chapelet des jours, il est bien difficile et douloureux d’enfiler des chaussures lacées.

 

Sans ces êtres qui refusent le troupeau, l’histoire de l’humanité ne serait qu’un long fleuve monotone, sans intérêt. Une descente morne et aseptisée dans la couche du renoncement. Qu’une Fane apparaisse et tout se métamorphose. Bien entendu, elle est critiquée, combattue, mais elle tient bon. Elle ne souhaite qu’une chose, une seule : vivre sa vie, la vivre pleinement, comme on croque à pleine bouche, à pleines dents, un fruit juteux caressé par la lumière à son zénith.

 

Elle veut disposer du premier au dernier jour de son existence pour aimer totalement, aimer jusque dans la gueule de la mort. Elle aimera, non comme un défi, mais bien comme une femme libre, libre réellement. Cette attitude que la plupart qualifierait de 'pittoresque' est loin d’être sans danger. Notre héroïne le sait, et elle affronte chaque épreuve avec cette fierté, parfois cet entêtement, qui forge les âmes avec l’acier glacial et bleuté de la solitude.

 

Qu’importe, Fane sent son cœur battre malgré le regard méprisant de toutes celles et ceux qui aimeraient agir comme elle. Oui, mais pour agir de la sorte, il faut une dose inépuisable de courage. Il faut du courage pour vivre ce que murmure sa petite voix intérieure. Il faut du courage pour remonter le courant absurde et mortifère qui entraîne tous les peuples de la terre jusqu’à la chute. Il faut du courage pour écrire et se mettre à nu devant la foule anonyme des lecteurs.

 

Ce roman raconte l’histoire de ce courage silencieux et tenace, de cette bataille quotidienne sourde, invisible, inconnue, avec des mots qui chantent et dansent comme le ruisseau au milieu des cailloux. Ces mots sont une nourriture, celle de l’espérance. Cette prose, souvent poétique, nous permet d’entrer dans l’intimité de l’héroïne qui se révèle tour à tour, sensible, surprenante et particulièrement attachante.

Ile Eniger rejoint, par cette œuvre, les voix de George Sand et de Colette, qui furent, chacune à leur époque, toujours au diapason de leurs idéaux.

 

Comme moi, vous aimerez la fraîcheur de cette aventure devenue si rare chez nos contemporains. Cet ouvrage est l’exemple d’une vie ordinaire qui, au fil des chapitres, change de visage pour devenir, peu à peu, une destinée hors du commun, loin des ornières de l’hypocrisie où l’argent et le pouvoir sont les deux mirages criminels qui régissent nos sociétés modernes !

 

Comme moi, vous succomberez au charme de cette jeune héroïne, Fane la rebelle.

 

Vous l’aimerez pour ses attitudes, ses prises de positions, ses colères, mais également pour sa douceur, ses doutes et sa fragilité.

 

Vous l’aimerez parce qu’elle est totalement humaine, pure, généreuse et vraie.

 

Vous aimerez Fane, celle qui ne renonce pas, et votre regard sur la vie en sera changé à jamais : vous aurez découvert "LA FEMME EN VOL " d’Ile ENIGER.

 

Victor Varjac

Publié dans Ile Eniger

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Sauf, peut-être

Publié le par la freniere

Elle vacille quelquefois sur ses chevilles, un rien de frémissement qui frôle une lassitude inavouée et des questions en équilibre. Puis elle reprend son pas qui doit savoir où il va. Elle dit que la vie donne à tous mais que certains prennent plus que leur part, ça la rend triste. Elle voudrait faire de la soupe et du pain pour les ventres, tous. Et aussi pour les cœurs, tous. Elle ne croit pas aux groupes, aux collectivités, elle dit qu'ils mangent trop souvent les identités. Elle croit aux individus un à un, au regard à poser sur chacun, au sentiment à développer pour chacun, sans se renier. Parfois, quand la couverture se déchire, elle sait les grelots du froid, les crocs de la peur, les tremblements du vide. On ne peut tenir dans ses mains les quatre coins du monde sans ressentir ses vibrations. Elle n'a plus grand chose à dire, à part ce cri si haut perché que personne n'entend sauf peut-être les oiseaux, les chats, les arbres, et tout ce qui n'a pas parole d'homme. Quand aux moments paisibles elle s'arrête devant la porte ouverte de la nature, elle pense que la mort pourrait la cueillir ainsi, tranquillement confiante, un livre ou un cahier ouvert sur ses genoux.

 

Ile Eniger - Le monastère de l'instant (à paraître)

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Une qui ose

Publié le par la freniere

C'est toujours une grande tristesse pour moi de constater l'engouement pour les réseaux dits 'sociaux' qui font le plein de prétendus 'amis'. Il faut vraiment que la planète soit malade pour vivre ainsi sous perfusion d'ersatz ! Même certains, en apparence bien plantés dans les baskets de leur vie, semblent adeptes de ces liens inexistants comme s'ils avaient peur de louper quelque chose s'ils n'y participaient pas ! – alors que la seule chose, essentielle celle-là qu'ils loupent ou mettent sous boisseau, c'est le rendez-vous responsable avec eux-mêmes ! Basculer dans une frénésie relationnelle virtuelle, ses néants colorisés , ses encore et encore, ses courses aux amitiés rassurantes orchestrées, voisines de celles de la consommation, du fric et de toutes ces choses inutiles, est un paradis artificiel, une secte mentale, où pataugent ensemble des baleines consentantes échouées. Ainsi entouré de pseudo copains, sur une toile d'araignée bien organisée, peuvent s'oublier tranquillement et à plusieurs, les possibilités d'actions réelles près de chez soi et en soi ! C'est ainsi qu'on voit des gens s'agiter ensemble sur maints réseaux, débattre de ceci ou de cela, et se désintéresser complètement de la solitude, des difficultés, des douleurs, de leurs voisins directs. Mélasse d'un cinéma dangereux, l'amitié virtuelle vire à la drogue chez des gens assujettis à une inexistence qui n'a d'égal que le désintérêt d'autrui dans sa proximité. A quand le monde définitivement en boîte, en images, en pastilles, le cœur, l'âme et les émotions parfaitement décérébrés ? La respiration sous respirateur est en route, l'obésité des faux amis tue l'intérêt réel pour autrui au profit d'un mensonge magistralement distillé par écran interposé qui, sous couvert d'humanité, développe une société d'irresponsables malléables.

 

Ile Eniger

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Un prix pour une Ortie blanche de Ile Eniger

Publié le par la freniere

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Et tout

Publié le par la freniere

Un moineau passe en sautillant, une jacinthe bleue s'en va dans une odeur surette, le ciel copie le printemps et s'y prend mal. Il y a dans l'air un air triste, tellement triste que le mot triste ne le contient pas. Il y a dans l'air l'éclatante neige du cerisier, tellement éclatante que l'amour y abonde dans la poussée des terres, la poussière des pollens, l'abeille, et moi, et tout. J'habite maladroitement cet écartement du vivre, son abîme de racines, ses explosions de feuilles, sa présence incertaine et pérenne. Je ne dis rien qui ne soit déjà dit, je dis ce que je vois, ce que je sens, ce que j'habite. Navigatrice obstinée de la lumière, je ne serai jamais passagère de jours habillés en réponses que le noir dissout. Je suis au variable du vivant, au battement du cardiaque, comme on est de la source au delta, sans certitudes, sans garanties. Par delà les distances, présente en chaque atome pour partager le souffle, je dis qu'aimer est dans la pierre, le sable, l'herbe, l'arbre, l'eau, l'air, et moi, et tout. Je dis que de mémoires anciennes remerciées en traversées sans cesse renouvelées, je, fractal, universel, est un pain reconnu, partagé. Et, sous la carcasse des mots, mon âme, profondément reconnaissante à la joie en travail.

 

Ile Eniger

 

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L'intransitive

Publié le par la freniere

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Fille de collines, boumiane, chèvre dans les cailloux. C'est une pas jeune pas vieille. Une rétive, l'ourlet défait aux mûriers et aux rêves. L'adventive racine sur le haut du mur qui surprend toujours, quoi encore la sauvage qui parle aux arbres, brûle son ombre à midi, neige et fleurit dans le même geste ! Cette vigne au tournant des sols secs, cette brindille de chemin, l'étincelle sur la meule, je l'aperçois parfois. Je tends les mots. Le temps qu'elle me voit déjà elle s'éloigne. C'est l'intransitive. L'inconvenante aux terribles rigueurs. L'incroyante aux totales ferveurs. Le brûlot d'aubépines. Elle marche sans savoir. Elle fatigue et va. Scrute le soleil, connaît l'étoile. Elle dit qu'aimer est la seule raison.

 

Ile Eniger

 

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Sacré

Publié le par la freniere

Hôpital - cardiologie

 

Barre folle et grand-voile nouée au centre des écueils, le navire s'affole. De gifles en goulées d'air, c'est le creux d'affliction. Noirs les craquements, noir l'abandon. Tout ciel éteint, tout ciel absent, le carrefour des vents déchaîne ses désordres. La denture des vagues ouvre sa gueule avide. Si hautes les vagues, si furieusement indifférentes. Dans ce fracas, les mots, les croyances, les tracés, un jour élaborés, s'éteignent. De la clameur des éléments, s'élève un mur mouvant qu'aucune lueur ne rassure. Abysses hissés jusqu'à la déraison des peurs, l'instant est une éternité sans fond. Seul dans le chaos de l'interne tempête, le cœur combat. Autour de la tourmente, des gens viennent et vont. Parfois quelqu'un tire une chaise et donne un sourire silencieux. Apaisement momentané. Ici, dans l'océan meurtri du service de cardiologie, trop de soignants ressemblent à leurs machines de contrôle, trop de visites n'en sont pas. Et le bateau, sans bruit, sans boussole, affronte les secousses. Pourtant, dans le chaos des froideurs, apparaît le miracle : l'enfant. Rayonnante, sans fausse note, sans calculs, sans arrangements. Sa présence aimante aura raison de la dévastation. Son visage tendu transporte la lumière. C'est le moment sacré, paumes ouvertes, calmant les eaux jusqu'à la douce pluie. Et tout redevient possible de l'espoir et du printemps.

 

Ile Eniger

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Coup de frein

Publié le par la freniere

Hôpital de Monaco, soins intensifs cardiologie

 

Dehors, pleut le soleil de mars. Le chuintage des pneus au mouillé de l'asphalte rappelle le monde. Ici, coup de frein dans le paysage, dérapage sur route rapide, tout bleu du ciel emporté, la vie s'immobilise. Inextricable lenteur étroite. Figé, plus rien ne court, ne foisonne. Un patchwork sert d'horizon. Les yeux, les pensées, touchent l'inconnu. Une étrange disponibilité forcée impose ses règles. Au centre de l'instant, quelque chose observe, pas une compréhension, un mécanisme. La joie d'aller s'est absentée, brutalement gommée. Faire attend, sentir est animal. Les acquits, étrécis, chutent vertigineux dans l'occulte. S'il y a un Soi à joindre, il n'est pas ici. Cet espace mesuré touche à l'inconfort et n'a plus rien à joindre. Temps de petite page, murs verts de gris, va et vient sibyllins, brume sourde recyclée, tout expérimente le vide, la part brisée. L'angoisse passe la porte quand elle veut. Plus  de repères, plus d'anciennes croyances, plus rien ne ressemble. Le sens, le chemin, ces choses d'hier favorable sont dissoutes. Des formes grises, douceâtres, changeantes, s'avancent vers la parenthèse clouée au néant. Des terreurs animent et paraphent les journées. Tout  change d'état, de destination. La mort, la maladie, l'abandon, rôdent, appliqués et blasés. Menotté, le cœur bat sous surveillance, tracé de dentelle verte dans la sismique implacable des plastiques. Ici questionne peu, la chaleur est froide, le jour circule à peine dans l'opacité des hautes vitres, le compte-gouttes des heures perfuse une lumière qui s'épuise. Cellule monacale, chaque lit de chaque chambre est parcelle de vie réduite aux objets. On mesure l'amplitude des déserts. A peine vue, jamais nommée, la solitude tremble sous les conventions. Au milieu des peurs et des interrogations, on entend un battement d'aile triste. Tout pouvait basculer et vous le ne saviez pas.

 

Ile Eniger  Le monastère de l'instant  (à paraître)

 

Publié dans Ile Eniger

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