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217 articles avec ile eniger

Un prix pour une Ortie blanche de Ile Eniger

Publié le par la freniere

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Publié dans Ile Eniger

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Et tout

Publié le par la freniere

Un moineau passe en sautillant, une jacinthe bleue s'en va dans une odeur surette, le ciel copie le printemps et s'y prend mal. Il y a dans l'air un air triste, tellement triste que le mot triste ne le contient pas. Il y a dans l'air l'éclatante neige du cerisier, tellement éclatante que l'amour y abonde dans la poussée des terres, la poussière des pollens, l'abeille, et moi, et tout. J'habite maladroitement cet écartement du vivre, son abîme de racines, ses explosions de feuilles, sa présence incertaine et pérenne. Je ne dis rien qui ne soit déjà dit, je dis ce que je vois, ce que je sens, ce que j'habite. Navigatrice obstinée de la lumière, je ne serai jamais passagère de jours habillés en réponses que le noir dissout. Je suis au variable du vivant, au battement du cardiaque, comme on est de la source au delta, sans certitudes, sans garanties. Par delà les distances, présente en chaque atome pour partager le souffle, je dis qu'aimer est dans la pierre, le sable, l'herbe, l'arbre, l'eau, l'air, et moi, et tout. Je dis que de mémoires anciennes remerciées en traversées sans cesse renouvelées, je, fractal, universel, est un pain reconnu, partagé. Et, sous la carcasse des mots, mon âme, profondément reconnaissante à la joie en travail.

 

Ile Eniger

 

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L'intransitive

Publié le par la freniere

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Fille de collines, boumiane, chèvre dans les cailloux. C'est une pas jeune pas vieille. Une rétive, l'ourlet défait aux mûriers et aux rêves. L'adventive racine sur le haut du mur qui surprend toujours, quoi encore la sauvage qui parle aux arbres, brûle son ombre à midi, neige et fleurit dans le même geste ! Cette vigne au tournant des sols secs, cette brindille de chemin, l'étincelle sur la meule, je l'aperçois parfois. Je tends les mots. Le temps qu'elle me voit déjà elle s'éloigne. C'est l'intransitive. L'inconvenante aux terribles rigueurs. L'incroyante aux totales ferveurs. Le brûlot d'aubépines. Elle marche sans savoir. Elle fatigue et va. Scrute le soleil, connaît l'étoile. Elle dit qu'aimer est la seule raison.

 

Ile Eniger

 

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Sacré

Publié le par la freniere

Hôpital - cardiologie

 

Barre folle et grand-voile nouée au centre des écueils, le navire s'affole. De gifles en goulées d'air, c'est le creux d'affliction. Noirs les craquements, noir l'abandon. Tout ciel éteint, tout ciel absent, le carrefour des vents déchaîne ses désordres. La denture des vagues ouvre sa gueule avide. Si hautes les vagues, si furieusement indifférentes. Dans ce fracas, les mots, les croyances, les tracés, un jour élaborés, s'éteignent. De la clameur des éléments, s'élève un mur mouvant qu'aucune lueur ne rassure. Abysses hissés jusqu'à la déraison des peurs, l'instant est une éternité sans fond. Seul dans le chaos de l'interne tempête, le cœur combat. Autour de la tourmente, des gens viennent et vont. Parfois quelqu'un tire une chaise et donne un sourire silencieux. Apaisement momentané. Ici, dans l'océan meurtri du service de cardiologie, trop de soignants ressemblent à leurs machines de contrôle, trop de visites n'en sont pas. Et le bateau, sans bruit, sans boussole, affronte les secousses. Pourtant, dans le chaos des froideurs, apparaît le miracle : l'enfant. Rayonnante, sans fausse note, sans calculs, sans arrangements. Sa présence aimante aura raison de la dévastation. Son visage tendu transporte la lumière. C'est le moment sacré, paumes ouvertes, calmant les eaux jusqu'à la douce pluie. Et tout redevient possible de l'espoir et du printemps.

 

Ile Eniger

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Coup de frein

Publié le par la freniere

Hôpital de Monaco, soins intensifs cardiologie

 

Dehors, pleut le soleil de mars. Le chuintage des pneus au mouillé de l'asphalte rappelle le monde. Ici, coup de frein dans le paysage, dérapage sur route rapide, tout bleu du ciel emporté, la vie s'immobilise. Inextricable lenteur étroite. Figé, plus rien ne court, ne foisonne. Un patchwork sert d'horizon. Les yeux, les pensées, touchent l'inconnu. Une étrange disponibilité forcée impose ses règles. Au centre de l'instant, quelque chose observe, pas une compréhension, un mécanisme. La joie d'aller s'est absentée, brutalement gommée. Faire attend, sentir est animal. Les acquits, étrécis, chutent vertigineux dans l'occulte. S'il y a un Soi à joindre, il n'est pas ici. Cet espace mesuré touche à l'inconfort et n'a plus rien à joindre. Temps de petite page, murs verts de gris, va et vient sibyllins, brume sourde recyclée, tout expérimente le vide, la part brisée. L'angoisse passe la porte quand elle veut. Plus  de repères, plus d'anciennes croyances, plus rien ne ressemble. Le sens, le chemin, ces choses d'hier favorable sont dissoutes. Des formes grises, douceâtres, changeantes, s'avancent vers la parenthèse clouée au néant. Des terreurs animent et paraphent les journées. Tout  change d'état, de destination. La mort, la maladie, l'abandon, rôdent, appliqués et blasés. Menotté, le cœur bat sous surveillance, tracé de dentelle verte dans la sismique implacable des plastiques. Ici questionne peu, la chaleur est froide, le jour circule à peine dans l'opacité des hautes vitres, le compte-gouttes des heures perfuse une lumière qui s'épuise. Cellule monacale, chaque lit de chaque chambre est parcelle de vie réduite aux objets. On mesure l'amplitude des déserts. A peine vue, jamais nommée, la solitude tremble sous les conventions. Au milieu des peurs et des interrogations, on entend un battement d'aile triste. Tout pouvait basculer et vous le ne saviez pas.

 

Ile Eniger  Le monastère de l'instant  (à paraître)

 

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Minuscules

Publié le par la freniere

Mains nues, je gravis la muraille des mots. Un rictus de tension épuise mon effort. Le ciel secoue ses édredons. Il neige léger et silencieux comme pattes de chat. Un linge mouillé recouvre la dureté des sols. Du blanc pour laver la noirceur. Quelque chose en moi cherche encore quelque sens. Le réconfort d'une harmonie. La justesse d'un état. Je ne trouve qu'un souffle coincé entre les pierres. Une plume arrachée à l'ange. Il reste peu des confiances, un bâton pour le pas, un cahier fermé, quelques mots de ma mère, la droiture d'un grand-père. Des trésors de pauvre chemin. Des choses de petite croyance. Des gestes invisibles. Lanternes minuscules. Le froid menace. Solitaire plus que jamais, fétu d'étincelle maigre, j'écris d'inutile lassitude, de repères gaspillés. La joie enfouie sait, mais ne projette plus. Au sursaut de l'hiver, combien d'oiseaux sont morts sans voir l'accomplissement de la fleur d'amandier ?

 

Ile Eniger

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La plus haute expression

Publié le par la freniere

 

La strie jaune d'un glaïeul prolonge, dans un vase bleu, sa lumineuse transparence. Dans la pièce, on ne voit que l'image pure, qui dit la merveille. Son harmonie détachée du temps le porte pourtant dans son entièreté. Puissance sereine, pérenne même dans son prochain pourrissement, l'éphémère beauté rassemble la vie dans une magistrale définition. Bouleversante, la plus haute expression de l'être tient ici, en équilibre, sans haut ni bas, dans un vase bleu.

 

Ile Eniger - Le raisin des ours

 

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Aucun

Publié le par la freniere

Traversée par le cri, sa clameur s'arrête à ma bouche. Rien ne sera dit ou entendu. Rien d'autre que ce vent de paille dans la fournaise du dedans. Craquement, flocon, souffle, ces choses de peu donnent la mesure de la démesure. Dans la faille, ma brisure, je ne bouge pas, les mains tenues aux rebords. Je n'irai pas ouvrir la cage au merle, pourtant j'avais promis. Humble et lasse, la pensée effraie quand elle s'affaisse. Le spectacle ne commencera pas par les mots rouges, ni aucun autre mot. La scène est vide.


Ile Eniger - La maison dans les airs - (à paraître)



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Le cycle

Publié le par la freniere

Ici, il pourrait neiger, ou pas loin. Les oiseaux inquiets cherchent leur nourriture. Ils claquent du bec aux fenêtres. Ils survivent. Sur les branches noires, de peu et de plumes, ils ne se méfient même plus des chats. Ils résistent. La mauvaiseté du temps infléchit les endurances, martèle à petits coups d'ongles rouges jusqu'à la plaie. Le givre blanchit les crevasses des terres. Le ciel et les fontaines figent leurs veines d'eau. Le vif du froid entaille la peau du jour, mordant jusqu'à la moëlle. C'est une traversée imperceptible. On dirait l'agonie. Tout est de petit souffle dans la lumière basse. Mais la blessure n'aura raison de rien. Dans sa permanence, le mouvement d'aller ne se lasse pas de cogner à la vitre sale du monde. Nous partons dès que nous arrivons, les saisons effacent et reconduisent, et le cycle reprend.

 

Ile Eniger - Quelque chose veille - (à paraître)

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Rectitude

Publié le par la freniere

Dire est un travail, une application. Les phrases restent en deçà. Les mots fatigués traversent des turbulences,  ils éclatent parfois comme des coques vides. La faim me prend d'autres fruits, autres issues, autres lieux. Le moindre frémissement d'air, l'appel du plus haut, la pérennité d'éphémères saisons, agitent mes bouts d'ailes. Un éblouissement confiant recueille chaque pensée, chaque mot, garde les plus fiables. Je choisis ce qui remonte à la source, accompagne au delta. Justesse à épouser, ma rectitude, librement consentie, guide mon poignet, mon épaule, mon écriture, mon souffle. Exactitude native, je tiraille de la machinerie humaine à l'éloquente présence. Déterminée par une intégrité dont je sais l'immanence sans connaître la forme, je vais aux mots comme à la vie, dans la lueur d'une lampe instinctive.

 

Ile Eniger - La maison dans les airs (à paraître)

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