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222 articles avec ile eniger

Elle répondit

Publié le par la freniere

Grand-Ma, pourquoi tu dis que l'argent n'est rien ?
Elle répondit,
Demande-toi ce qui est juste, demande-toi où est la vie.
Sans les végétaux qui t'équilibrent, tu ne peux vivre
Sans le minéral qui te porte, tu ne peux vivre
Sans l'eau qui te renouvelle, tu ne peux vivre
Sans l'air qui te régénère, tu ne peux vivre
Sans la graine qui te nourrit, tu ne peux vivre
Sans le germe dans une ovule, tu ne peux vivre
Sans l'animal tu ne saurais le plus haut partage
Sans le soleil tu t'éteindrais,
Sans le sommeil, tu t'épuiserais
Sans l'espoir tu stagnerais
Sans la beauté tu déprimerais
Sans le souffle, tu mourrais
Sans l'amour tu renoncerais
Sans l'argent ??? rien. Ce papier de pouvoir brûle sans réchauffer. Tu l'enlèves, tout reste. Et dans ce tout est ta demeure.
Grand-Ma, qu'est ce qui est important ?
Tes mains, petit, qui ne doivent ni lier, ni asservir.
Ton esprit d'homme libre d'être un homme libre.
Ton cœur qui bat comme le tambour du chaman.

Ile Eniger, Terres de vendanges

Publié dans Ile Eniger

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Je t'écris

Publié le par la freniere

De loin, je te parle. Où est-ce toi ? Par tous les jours, le ciel entre sur ma terrasse. C'est un mot simple. De couleur simple. Un ciel bleu. Sans effets. Sans style. Sans vocation. Je t'écris de ce ciel qui ne le saura pas. D'une tasse de thé, blanc, ou vert, aux fleurs de cerisiers. Du miel, ce résidu d'abeilles dans ma tasse. D'une orchidée violette dont les yeux me traversent. De la force des quartz. Les mains pleines de mots,  j'écris : terrier, silence, une poignée de sable. L'œil de la fenêtre me fait l'échappée belle. Des montagnes à la mer, la neige troue sa robe où s'agite le vent. Une mésange huppée, drôle d'oiseau frisé, mange les graines de l'hiver. La saison comme une chatte, surveille ses petits. Touchée comme une femme, la terre fermentée fait ses premières fleurs. Le cycle recommence. Les dents de la pendule, sans abréaction, couvrent la voix des arbres, mais je suis sourde à leur logique. Je t'écris de l'étoile rouge, l'impulsive.

Ile Eniger, Terres de vendanges

Publié dans Ile Eniger

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Dans l'oreille

Publié le par la freniere

J'ai toujours su qu'il battait ailleurs. Mon cœur bat dans l'oreille. Dans les gris pour un bleu. Les fourneaux de l'été. Les doigts du violoneux qui tirent sur la corde. Les pluies de mon poignet. Le miel pour l'ours. Le cœur bien à sa place c'était le pain des autres. L'orange à la bonne saison. Moi, jai toujours eu faim. De l'orage qui met le ciel par terre. Du solide de l'arbre engrangé dans ses veines. Du Chasselas, gonflé de transparence. Du Gros-vert, dont on a oublié jusqu'au nom. J'ai faim d'un bois de barque simple. Une plume me suffit pour refaire l'oiseau. J'écris enguenillée, le présent sur mon dos. Comme on prie, comme on crie. Et quand les mots me lâchent je me tiens au silence. J'écris comme septembre laisse tomber ses jupes sans un soleil de plus. Comme novembre pourrit ses chrysanthèmes. Chaque geste en moins augmente le vécu. Je veux le plus du moins, le plus loin que l'amour. La récolte n'est jamais trop abonde. Les murs sans ouvertures peuvent garder leurs suints, je suis des évasions comme de ces rias entre les bras des terres. Des mots à mélanger à une autre salive, comme des mots qui taisent. La terre haute est la plus nue. Les fleurs sauvages sont petites. J'entends chaque caillou, il bat dans mon plus juste. Et l'aiguille du gel comme celles des horloges n'y pourront rien changer. Mon cœur bat dans l'oreille.

Ile Eniger, Terres de vendanges

Publié dans Ile Eniger

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Une joie

Publié le par la freniere

Il a plu toute la nuit. Le ciel a lavé le matin. La toux grasse des suies a quitté les façades. Le brouillard plie ses draps. Tu trouves le jour neuf. La mer, sans prendre les mesures, arpente le même périmètre. Sous l'épine du froid, la terre serre ses os. Les fleurs d'hiver guérissent ses foulures. Entre la feuille et l'arbre, une très vieille entente, je reviendrai. L'heure s'achemine d'un rien : la corde où se pend le soleil chaque soir, une rocaille chaude, l'alerte d'une voix, un thé vert aux fleurs de cerisiers. L'insolite du simple, cette bruyère de landes au milieu de ta ville. Par une lune grise des chevaux sont amoureux des licornes ; croire, ce n'est pas savoir. Les doigts du gel hésitent en leurs étranglements. Tu te dis que rien d'essentiel ne s'achète. Le vieux sexe des sols prépare ses naissances. Tu te dis que le paysage marche haut, c'est-à-dire au plus proche, en maison silencieuse. Et ouverte. Tu éprouves une joie d'ouvrière, d'extrême jouissance, quand tu comprends que tout est là, et que tu peux tout faire.

Ile Eniger, Terres de vendanges

http://terresdevendanges.over-blog.com/

Publié dans Ile Eniger

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Le désir ou l'italique du jour

Publié le par la freniere


C’est une force
une vigueur
Le fragile au bord, tout au bord. L’épousée

retroussée qui enjambe le vide et enlace
                        le rêve
 
C’est l’animale plénitude
plus vaste que la peur et la raison mauvaises

Un sursaut, un orage, et l’inlassable horloge

qui ne veut plus manger le temps sans
                        le goût du baiser
 

C’est un regard avide sur
un sourire nu, des mains qui reconnaissent

                        la texture des phrases

 
C’est vieux comme l’instant
et neuf comme l’espoir
Et de sens reconstruit
                        c’est une soif d’aimer
 

Ile Eniger
 
Le désir ou l’italique du jour
Livre d’art avec Michel Boucaut

Éditions LE LIBRE FEUILLE
 

Publié dans Ile Eniger

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La matière

Publié le par la freniere

Un texte de Ile Eniger mis en chanson par Robert Cuffy

C'est d'un cahier ouvert
sur le coin de la table
que je ne dirai rien.
Les jeux, les séductions,
les germes d'artifices,
j'y pense quelquefois

mais le rien quotidien
porte tant et encore
que mes pensées se taisent,
que mes mains se dénouent.
Se pousse l'illusion.
Le simple me rattrape.

L'éternuement d'un chat,
le sang d'un géranium,
une jacinthe pâle
accouchée de la nuit,
la mer à ma fenêtre.
Toute chose accoudée

à la table du jour.
La grâce de ce peu
décape l'inutile,
épingle des fous rires
sur la pince des lèvres.
Et nettoie les outils.

La soupe dans le bol,
le repos de la terre,
écrivent mieux que moi
une lettre d'amour.
L'hiver est un cadeau
quand les gestes s'épuisent.

La pointe du crayon
a troué mon papier,
la lumière s'engouffre
dans la moindre fissure.
Dans cette odeur dressée,
Reniflant la matière

et son bruit de sonnailles
C'est un temps de très près.
Paysanne penchée
sur la vigne des mots,
j'écoute la patience
dans les lignes du bois,

je touche le présent
et ce qui dit je t'aime.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Ma fidélité

Publié le par la freniere

Au cloître de l’hiver, le labour se souvient des gorges de l’été. La fractale du temps étrille ses passages. De grands morceaux de gel collent les yeux des champs pour un sommeil vivant. Labourée, sillonnée, remuée dans son corps, la terre se prépare aux membrures de pains à pousser dans ses flancs. De la graine aux racines, chaque poussée de sève est un accouchement. Rien tant que toute chose dira cette patience à être parcourue, la pierre malmenée, la prière du saule, l'argile retournée, le minerai brûlé, la poussière des chemins qui amortit le pas. Tout ce qui est prêté, que l'on ne rend jamais. Par le chas des savoirs tombent les hirondelles, mais reviennent en printemps. Terre, tes hanches larges, tes sabots mal gauchis, tes arbres déployés à la bouche des vents, tes saouleries d'abeilles, tes marelles de craies, l'aubier sous tes écorces, et tes récréations d'oiseaux ou de soleils, tiens, simplement le jour chaque jour reconduit, tout est porté par toi. Et moi que tu accueilles, qui n'ai rien à t'offrir que des mots de pauvresse, et ma fidélité dans la tire des heures.

 

Ile Eniger, Bleu-miel

Publié dans Ile Eniger

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Le feu de mes mains

Publié le par la freniere


Le vent portait comme des fleurs, des fruits. L'indéfini parcours de pollens inconnus. Les oiseaux dans les graines, les tamias sur les chaises, le fleuve déroulé aux crosses des fougères, les longues routes longues qui ne mesurent rien, et les lilas ouverts comme huiles précieuses, je parle d'un pays qui m'a parlé de moi quand il parlait de lui. C'est comme une chaleur, des doigts sous ma chemise, la parole d'un loup, la verdeur confondue des sinoples profonds à la phosphorescence. C'est l'immense pays, le cri des ouaouarons dans le mouillé des herbes, des nuages en neige qui froncent leurs couleurs sur l'orage du soir, les bois-francs ramenés pour le froid à venir et la chaleur du feu qui ne s'éteindra pas. L'érosion ajoutée aux rondeurs des montagnes Appalache les terres d'une mémoire en plus. Quelques vieux cimetières dorment éparpillés comme de vieux sourires, aux côtelés violines que le ciel monte à cru, les jupes des cascades défont leurs hanches souples. C'est quelque part ailleurs, une présence juste, l'érable et la forêt qui enfantent le miel. Aujourd'hui au présent, l'agrume du soleil réchauffe les absences dans la tasse du jour. L'image est bien vivante au cheval des distances. L'usé des traces rouges a mêlé mon poignet au sang des mots à vivre. Et la force du bois s'élève pour jaillir dans le feu de mes mains.

Ile Eniger

 

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Le texte...

Publié le par la freniere

Le texte comme chair voudrait sans parenthèses conjuguer son présent. Dire le mot vivant, le sentir sur la langue, le tourner lentement. Je vis de ce moment, ce long enjambement, cette échappée du reste. Et ta voix sur la mienne. Comment dormir après. Je t'aime. Les mots tombent. Il me faudrait prêter des gestes à tous les gestes et ceux qui n'en sont pas. Pour dire. Et pour encore. Pour donner tous mes sens et que les mains écrivent ce qu'ils me sont vraiment. Et de longs doigts d'étoiles pour allumer le texte. Que la nuit prenne feu de ce qu'on est dedans. Craquent les allumettes pour éclairer le fil. Prisonnière des lignes, même pas verticale, je m'appuie sur la mer, la marmite salée où les écailles sombres, comme volets d'eau mauve, voilent les yeux de l'eau. Je rêve. Déjà loin, je veux dire plus près, je glisse sur la page jusques aux bras solides. Une sueur de soir en son ombre d'aisselle visite le cahier. "Aère un peu ton texte". Je lève lentement une robe de trop. Juste en dessous les mots ont bandé tous leurs muscles. Le ciel est un jardin. Et sa lumière bleue, haute comme une rive. Le texte comme chair voudrait sans parenthèses conjuguer son présent. Dire le mot vivant, le sentir sur la langue, le tourner lentement. Je vis de ce moment, ce long enjambement, cette échappée du reste. Et ta voix sur la mienne. Comment dormir après. Je t'aime. Les mots tombent. Il me faudrait prêter des gestes à tous les gestes et ceux qui n'en sont pas. Pour dire. Et pour encore. Pour donner tous mes sens et que les mains écrivent ce qu'ils me sont vraiment. Et de longs doigts d'étoiles pour allumer le texte. Que la nuit prenne feu de ce qu'on est dedans. Craquent les allumettes pour éclairer le fil. Prisonnière des lignes, même pas verticale, je m'appuie sur la mer, la marmite salée où les écailles sombres, comme volets d'eau mauve, voilent les yeux de l'eau. Je rêve. Déjà loin, je veux dire plus près, je glisse sur la page jusques aux bras solides. Une sueur de soir en son ombre d'aisselle visite le cahier. "Aère un peu ton texte". Je lève lentement une robe de trop. Juste en dessous les mots ont bandé tous leurs muscles. Le ciel est un jardin. Et sa lumière bleue, haute comme une rive.

Ile Eniger

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Une pierre à sel

Publié le par la freniere

Toujours la terre recommence. L'orage s'en souvient qui met le ciel à sac. Une chaleur se prend dans les traînes d'été. Les couleurs en saccades font des éclats de vent. Il pleut. De feuilles et d'eau, il pleut. L'allée et le portail sont une même rouille. J'écoute l'air que j'aime, ici glisse là-bas sa petite robe rouge. Rouge de tous les rouges, de la boue à l'humus, de la terre à la brique. J'écris dans l'échancrure, les dernières sueurs, les mots sans retenue  se collent au papier. Certains taillent les arbres, d'autres font autre chose. Et moi, sans savoir rien, bien moins que le jasmin, ou l'ortie ou la main, j'écris pour être juste. Et la langue râpeuse des premières châtaignes est une pierre à sel. J'écoute ce vieil air qui fait ici là-bas. Les vignes ont déjà mis leurs breloques vineuses, déjà la veste d'ombre en un soleil rayé fait les jours raccourcis. Et les nuits cisaillées comme raisins d'octobre tombent un peu plus tôt. J'écoute ce vieil air.  Les mots sans retenue se collent au voyage. Font la page encombrée. Je suis de ce désordre. Des flammes de bougies quand les plombs ont sauté, des nervures de feuilles quand les doigts s'engourdissent, des sarments obstinés à la dernière fête. Et des creux de fortune pour les oiseaux d'hiver. Je suis de cette vie réchappée des décombres. Une phrase un peu lente sur la paille brûlée. Juste un air aujourd'hui, et ranimer le feu.

 

Ile Eniger, Terres de Vendanges

Publié dans Ile Eniger

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