Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

217 articles avec ile eniger

La matière

Publié le par la freniere

Un texte de Ile Eniger mis en chanson par Robert Cuffy

C'est d'un cahier ouvert
sur le coin de la table
que je ne dirai rien.
Les jeux, les séductions,
les germes d'artifices,
j'y pense quelquefois

mais le rien quotidien
porte tant et encore
que mes pensées se taisent,
que mes mains se dénouent.
Se pousse l'illusion.
Le simple me rattrape.

L'éternuement d'un chat,
le sang d'un géranium,
une jacinthe pâle
accouchée de la nuit,
la mer à ma fenêtre.
Toute chose accoudée

à la table du jour.
La grâce de ce peu
décape l'inutile,
épingle des fous rires
sur la pince des lèvres.
Et nettoie les outils.

La soupe dans le bol,
le repos de la terre,
écrivent mieux que moi
une lettre d'amour.
L'hiver est un cadeau
quand les gestes s'épuisent.

La pointe du crayon
a troué mon papier,
la lumière s'engouffre
dans la moindre fissure.
Dans cette odeur dressée,
Reniflant la matière

et son bruit de sonnailles
C'est un temps de très près.
Paysanne penchée
sur la vigne des mots,
j'écoute la patience
dans les lignes du bois,

je touche le présent
et ce qui dit je t'aime.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Ma fidélité

Publié le par la freniere

Au cloître de l’hiver, le labour se souvient des gorges de l’été. La fractale du temps étrille ses passages. De grands morceaux de gel collent les yeux des champs pour un sommeil vivant. Labourée, sillonnée, remuée dans son corps, la terre se prépare aux membrures de pains à pousser dans ses flancs. De la graine aux racines, chaque poussée de sève est un accouchement. Rien tant que toute chose dira cette patience à être parcourue, la pierre malmenée, la prière du saule, l'argile retournée, le minerai brûlé, la poussière des chemins qui amortit le pas. Tout ce qui est prêté, que l'on ne rend jamais. Par le chas des savoirs tombent les hirondelles, mais reviennent en printemps. Terre, tes hanches larges, tes sabots mal gauchis, tes arbres déployés à la bouche des vents, tes saouleries d'abeilles, tes marelles de craies, l'aubier sous tes écorces, et tes récréations d'oiseaux ou de soleils, tiens, simplement le jour chaque jour reconduit, tout est porté par toi. Et moi que tu accueilles, qui n'ai rien à t'offrir que des mots de pauvresse, et ma fidélité dans la tire des heures.

 

Ile Eniger, Bleu-miel

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Le feu de mes mains

Publié le par la freniere


Le vent portait comme des fleurs, des fruits. L'indéfini parcours de pollens inconnus. Les oiseaux dans les graines, les tamias sur les chaises, le fleuve déroulé aux crosses des fougères, les longues routes longues qui ne mesurent rien, et les lilas ouverts comme huiles précieuses, je parle d'un pays qui m'a parlé de moi quand il parlait de lui. C'est comme une chaleur, des doigts sous ma chemise, la parole d'un loup, la verdeur confondue des sinoples profonds à la phosphorescence. C'est l'immense pays, le cri des ouaouarons dans le mouillé des herbes, des nuages en neige qui froncent leurs couleurs sur l'orage du soir, les bois-francs ramenés pour le froid à venir et la chaleur du feu qui ne s'éteindra pas. L'érosion ajoutée aux rondeurs des montagnes Appalache les terres d'une mémoire en plus. Quelques vieux cimetières dorment éparpillés comme de vieux sourires, aux côtelés violines que le ciel monte à cru, les jupes des cascades défont leurs hanches souples. C'est quelque part ailleurs, une présence juste, l'érable et la forêt qui enfantent le miel. Aujourd'hui au présent, l'agrume du soleil réchauffe les absences dans la tasse du jour. L'image est bien vivante au cheval des distances. L'usé des traces rouges a mêlé mon poignet au sang des mots à vivre. Et la force du bois s'élève pour jaillir dans le feu de mes mains.

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Le texte...

Publié le par la freniere

Le texte comme chair voudrait sans parenthèses conjuguer son présent. Dire le mot vivant, le sentir sur la langue, le tourner lentement. Je vis de ce moment, ce long enjambement, cette échappée du reste. Et ta voix sur la mienne. Comment dormir après. Je t'aime. Les mots tombent. Il me faudrait prêter des gestes à tous les gestes et ceux qui n'en sont pas. Pour dire. Et pour encore. Pour donner tous mes sens et que les mains écrivent ce qu'ils me sont vraiment. Et de longs doigts d'étoiles pour allumer le texte. Que la nuit prenne feu de ce qu'on est dedans. Craquent les allumettes pour éclairer le fil. Prisonnière des lignes, même pas verticale, je m'appuie sur la mer, la marmite salée où les écailles sombres, comme volets d'eau mauve, voilent les yeux de l'eau. Je rêve. Déjà loin, je veux dire plus près, je glisse sur la page jusques aux bras solides. Une sueur de soir en son ombre d'aisselle visite le cahier. "Aère un peu ton texte". Je lève lentement une robe de trop. Juste en dessous les mots ont bandé tous leurs muscles. Le ciel est un jardin. Et sa lumière bleue, haute comme une rive. Le texte comme chair voudrait sans parenthèses conjuguer son présent. Dire le mot vivant, le sentir sur la langue, le tourner lentement. Je vis de ce moment, ce long enjambement, cette échappée du reste. Et ta voix sur la mienne. Comment dormir après. Je t'aime. Les mots tombent. Il me faudrait prêter des gestes à tous les gestes et ceux qui n'en sont pas. Pour dire. Et pour encore. Pour donner tous mes sens et que les mains écrivent ce qu'ils me sont vraiment. Et de longs doigts d'étoiles pour allumer le texte. Que la nuit prenne feu de ce qu'on est dedans. Craquent les allumettes pour éclairer le fil. Prisonnière des lignes, même pas verticale, je m'appuie sur la mer, la marmite salée où les écailles sombres, comme volets d'eau mauve, voilent les yeux de l'eau. Je rêve. Déjà loin, je veux dire plus près, je glisse sur la page jusques aux bras solides. Une sueur de soir en son ombre d'aisselle visite le cahier. "Aère un peu ton texte". Je lève lentement une robe de trop. Juste en dessous les mots ont bandé tous leurs muscles. Le ciel est un jardin. Et sa lumière bleue, haute comme une rive.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Une pierre à sel

Publié le par la freniere

Toujours la terre recommence. L'orage s'en souvient qui met le ciel à sac. Une chaleur se prend dans les traînes d'été. Les couleurs en saccades font des éclats de vent. Il pleut. De feuilles et d'eau, il pleut. L'allée et le portail sont une même rouille. J'écoute l'air que j'aime, ici glisse là-bas sa petite robe rouge. Rouge de tous les rouges, de la boue à l'humus, de la terre à la brique. J'écris dans l'échancrure, les dernières sueurs, les mots sans retenue  se collent au papier. Certains taillent les arbres, d'autres font autre chose. Et moi, sans savoir rien, bien moins que le jasmin, ou l'ortie ou la main, j'écris pour être juste. Et la langue râpeuse des premières châtaignes est une pierre à sel. J'écoute ce vieil air qui fait ici là-bas. Les vignes ont déjà mis leurs breloques vineuses, déjà la veste d'ombre en un soleil rayé fait les jours raccourcis. Et les nuits cisaillées comme raisins d'octobre tombent un peu plus tôt. J'écoute ce vieil air.  Les mots sans retenue se collent au voyage. Font la page encombrée. Je suis de ce désordre. Des flammes de bougies quand les plombs ont sauté, des nervures de feuilles quand les doigts s'engourdissent, des sarments obstinés à la dernière fête. Et des creux de fortune pour les oiseaux d'hiver. Je suis de cette vie réchappée des décombres. Une phrase un peu lente sur la paille brûlée. Juste un air aujourd'hui, et ranimer le feu.

 

Ile Eniger, Terres de Vendanges

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Une omelette

Publié le par la freniere

Elle fait une omelette de flocons de neige.

J'entends déjà les incrédules, les pragmatiques de tous bords, les sentences grises qui disent qu'une omelette ne se fait, qu'avec des oeufs, des oeufs cassés ! Pas du tout ! Il suffit de tracer un chemin dans la mousse, de réchauffer à coeur et d'ajouter des joies. Les joies de tous les nids des arrière-saisons qui agitent fébriles leurs possibles printemps. Il conviendra aussi que le clocher libère les heures prisonnières et que la faim d'y croire frednne un vieux tempo, puis qu'une lune rousse émoustille de jaune un soleil rougissant pour avoir tous les ingrédients. Mais surtout, mais surtout, et c'est fondamental, il faut toucher la neige avec des yeux d'enfant, avec un coeur d'oiseau qui protège ses oeufs, et croire au Père Noel. Alors, peut-être, comme elle, loin des lois, des principes, vous pourrez quelquefois, dans un éclat de rire, jouer de l'impossible et, les flocons aidant, faire cette omelette et vous rouler dedans.

Ile Eniger  Le bleu des ronces,  Editions Chemins de Plume

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Le bleu des ronces

Publié le par eniger

Un gravier entre le pied et la semelle, on va dans son histoire en souliers du moment. On devrait aller nu. Mélangés à la route, ces visages, en arrière alourdissent l’espoir. Ces rêves déjà mordus et ces embarcadères, ces griffes de vieux lierres, ces bateaux échoués, ces choses déjà vécues, encombrent. Une pensée amère pelure ses oranges. La fureur des oiseaux, l’éclatement des graines n’y pourront rien changer. Ni la force du jour. J’avance dans le marbre, les mains en porte-à-faux, comme Camille. L’oraison maladroite, je cherche l’orichalque. De la première à la dernière porte, mes doigts auront tremblé. Les vieilles eaux qui roulent et fabriquent la neige savent tout des douleurs. Des buées, des ruisseaux, des torrents et rivières, fleuves, mers, océans, autres larmes et nuages, savent tout des douleurs. La jeune étoile rouge tombe sans le savoir en l’extrême du bleu, la suprême brûlure, juste avant l’explosion. Entre la déchirure et l’immobilité, mes jupes dans les ronces ne craignent plus grand-chose. Mais ces voix d’avant-hier que m’apporte le vent gardent des inflexions qui blessent mon poignet. Hier pèse si lourd qui appuie l’imparfait, aux nerfs, aux ligaments. Qui essaie ses crochets, ses clous de dernière heure. Les mots arrivent las sur la page virgine, étranges et boiteux. Je préfère le pur que je ne connais pas, la parole des pierres, le silence des herbes, la constance des terres. A la fouille des os, la première nervure défend son territoire, Des racines aux feuilles, pas de péage pour la sève, souffle l’arbre. La flaque parle encore de la pluie à venir. Et la dernière face est un soleil de plus. Je ne veux pas d’amour mais l’amour. Un jour, je serai grande. Des chemins de traverses et des enroncements, du rêche des broussailles, je le ramènerai, ce bleu.
 
 Ile Eniger - Le bleu des ronces - Editions Chemins de Plume

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Le bleu des ronces

Publié le par la freniere

Extrait du recueil "Le bleu des ronces" actuellement en souscription aux Ed. Chemins de Plume, parution fin avril 06.

Père, ne te montre pas nu, même devant la mort, cela ne te ressemble pas. Ton corps d'homme allongé demande un drap pour l'image de toi. J'ai peur de cette indifférence qui renie les principes qui mettaient ta distance. Père, ne te montre pas nu, tu me gènes à me mettre à ma place d'adulte quand tu ne m'as jamais considérée que comme enfant lointaine. Quoi ? devrions-nous soudain nous mieux comprendre ? Rien n'a changé que cette maladie. Et cette  peur. L’odeur de ta souffrance. Tu as pleuré hier, la maison, disais-tu. Que voulais-tu me dire ? Je sais que je le sais mais ne veux pas savoir. La maison, as-tu dit sur ce lit d'hôpital qui t'abat comme un arbre. Et la peur transpirait dont tu ne parlais pas. Que tu ne cachais plus. Que tu ne voulais pas. Tu parlais d’autre chose. Tu parlais d’autre chose. Père, ne te montre pas nu, je ne suis pas capable d'affronter le désastre.

 Ile Eniger

 

 

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Une rumeur

Publié le par la freniere


Le paysage s'est arrêté. Une rumeur revient, toujours la même, la soif des fontaines sur un pays sans eau. Si je bouge, je tombe. Nur rebord. Le loup amoureux, le chaperon, le beurre et la grand-mère sont au fond du panier, recouverts de quotidien. Je marche à l'avant du déchir. Le jour glisse et quand j'essuie mes yeux, c'est du bleu que j'arrache. Une couleuvre change de pierrier, un oiseau se fracasse contre la vitre. Elle copiait le ciel. Le sang ne bat plus à la tempe des doigts, la buée d'un bain chaud n'efface pas l'escalier qui longe le néant. Des coquelicots meurent à peine regardés. L'amour n'était qu'une enfance qui jouait à la marchande. Derrière moi, la mort d'une femme.

Ile Eniger   L'Inconfiance


sérigraphie: Claire Cuenot

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

Elle dit son nom

Publié le par la freniere

Elle dit son nom plusieurs fois, comme on embrasse l’ange, sans le voir.
Flexible, elle épouse l’obscurité, repousse les limites, glisse sur les
absences, visite les silences, déclenche des orages. Elle dit son nom
plusieurs fois et l’image de lui courbe la ligne de l’attente. Secret peuplé
d’échos solubles qui rend l’homme présent, un tutoiement avide parcourt et
fragmente ses reins. Elle est un univers échevelé de fruits et de saveurs où
se lance l’instant. Des yeux d’adolescente. Un parfum de noisette. C’est une
rive d’eau et de pivoines en crue.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

Partager cet article

Repost 0

<< < 10 20 21 22 > >>