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217 articles avec ile eniger

Si j'osais

Publié le par la freniere

Si j'osais me glisser aux forêts de tes bras, aux orées de tes yeux, aux brousses de tes gestes, tu apprivoiserais ma petite robe rouge. Du profond de ta voix renaîtrait ton inquiète. Tu lui ferais de jour cette nuit écarlate à flamber l'arc en elle d'un ciel qui s'abandonne.  Tu la ferais lumière pour couvrir les distances, cette eau de strates de volcans sur l’écorce d’été. Les journées incertaines chausseraient l’horizon, ratures de cahier joignant des ailes aux mots, la sève élancerait ses longues veines d'arbre, et le cri d’un oiseau sur la paille de juin ranimerait l'espoir dans la moindre brindille. Si j’osais mes audaces, tu saurais l’infini.  Et là, dans le rectangle de ta porte qui s'ouvre, le monde se verrait à l'aulne de ta chambre, volets tirés sur l'heure, l'impossible rompu, cette faim à la bouche pour rassasier l'amour. Ce serait si j'osais, le feu des hautes herbes quand les soleils embrasent avant de tomber nus sur les reins de la terre. Ce serait le début et ce serait encore. Ce serait une vague,  et ce serait la mer où dessiner une île dans la largeur du jour.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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La journée s'ouvre

Publié le par la freniere


1)
Un abrégé de doutes stationne en gare de triage. Dans le tamis des heures,
des grains de rien rêvent de cathédrales. Des particules s’impatientent qui
refont un corps neuf à chaque jour tendu. De verdeur et d’ardeur,
l'intention de vibrer dans l¹immobilité retrousse encore et les manches du
ciel et la langue frottée à la force des sens. Il faudra plus qu’un dé à
coudre de tendresse pour rebâtir l’espoir, pour ourler l’ordinaire. Il
faudra la lumière qui tombe drue sur la terre à lever. Le son qui donne au
blanc, au vide, au trop porté, au trop sué, au trop rincé, l’ampleur du
tonnerre de vie. Il faudra cette phrase plus belle qu¹un passage, gravide
sous ma main, qui s'approche à l’appel. Il faudra cette écharde juste à côté
du pain, rappelant le danger. Et il faudra l’amour, sans concession, qui
pardonne du peu. Cette puissance et le risque du trop, je l’attends, je sens
déjà sa contracture, mes mains nouées comme un faisceau.


2)
La journée s’ouvre. De ton chemin à mon chemin, une langue qui touche
arrange de vieux mots. Elle trouble la phrase, la pousse, la réveille,
glisse dans ses racines une alliance neuve. Aux tournures anciennes,
l’instinct nouveau des lettres donne un air dévêtu, un sang de jeune
branche. Le rêve, ce petit animal qui revient de la nuit, impudique le sens,
figure sa tenue. La pensée du matin qui se croyait matin se voit matin
intime.  Au miroir des paroles, gardes-moi, gardes-moi, dit le geste du
jour. Et l’innocence crue du premier sens à prendre écrit la page à naître
d’une paume douce. Une trace brûlante impatiente les feuilles.  La musique
des terres redresse les fontaines dans chaque mot à vivre. Je porte de ce
vivre une robe mitée où filent les années, mais je sais l’air et l’eau qui
font l’inachevé du pain. Toujours c'est le moment de vivre ou de mourir.

Ile Eniger

vient de publier Le Bleu des Ronces aux Éditions Chemins de Plume.

http://editionscheminsdeplume.over-blog.com/

Publié dans Ile Eniger

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C'est

Publié le par eniger

Si difficile soir. Sans toi. L'espace tremble de ce non recevoir, de ce temps au futur, de ce passé présent. Lorsque l'étoffe cache, quand se tait tout envol de la main à la main, quand les voix ne sont plus que la brise montante où dorment les oiseaux, je convoque l'orage du rêve à épouser, sa force tellurique. Il va falloir franchir les paliers les plus hauts, dégager les concepts et les rendre vivants. Il va falloir le sel pour relever la mer. Jusqu'au bout des jetées il faudra s'avancer pour choisir le voyage. Va la neige recouvre mais la terre fermente, il faudra la toucher comme on touche une femme, démonter le soleil jusqu'au soleil debout pour boire ses vertiges. Démontrer l'absolu à l'aplomb du moment. Il faudra des éponges pour essuyer la mer jusqu'à plus une larme. Que l'écope dégage tout geste superflu, tout geste à l'imparfait. Alors je pourrai voir de mes rives humides venir le bateau fleuve des choses essentielles. Et le voyant dresser droit devant son chemin, je saurai qu'il m'accoste et pourrai dire : c'est.

 

 

Ile Eniger, Bleu-miel

Publié dans Ile Eniger

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Mon souffle

Publié le par eniger


Le vent portait comme des fleurs, des fruits. L'indéfini parcours de pollens inconnus. Les oiseaux dans les graines, les tamias sur les chaises, le fleuve déroulé aux crosses des fougères, les longues routes longues qui ne mesurent rien, et les lilas ouverts comme huiles précieuses, je parle d'un pays qui m'a parlé de moi quand il parlait de lui. C'est comme une chaleur, des doigts sous ma chemise, la parole d'un loup, la verdeur confondue des sinoples profonds à la phosphorescence. C'est l'immense  pays, le cri des ouaouarons dans le mouillé des herbes, des nuages en neige qui froncent leurs couleurs sur l'orage du soir, les bois-francs ramenés pour le froid à venir et la chaleur du feu qui ne s'éteindra pas. L'érosion ajoutée aux rondeurs des montagnes Appalache les terres d'une mémoire en plus. Quelques vieux cimetières dorment éparpillés comme de vieux sourires, aux côtelés violines que le ciel monte à cru, les jupes des cascades défont leurs hanches souples. C'est quelque part ailleurs, une présence juste, l'érable et la forêt qui enfantent le miel. Aujourd'hui au présent, l'agrume du soleil réchauffe les absences dans la tasse du jour. L'image est bien vivante au cheval des distances. L'usé des traces rouges a mêlé mon poignet au sang des mots à vivre. Et la force du bois s'élève pour jaillir dans le feu de mes mains.

Ile Eniger

 

 

 

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Le bleu des ronces

Publié le par la freniere


Sais-tu ce que je veux ? Que tu cueilles des fleurs, toutes, mais surtout les lilas. Que tu saches faire cela, cueillir toutes les fleurs. Que tu m'inondes de fleurs et de toi.

Ile Eniger  Le bleu des ronces
http://terresdevendanges.over-blog.com/

Publié dans Ile Eniger

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Sur le fil de la mer

Publié le par la freniere

Sur le fil de la mer, au carreau de l'amour, ma nuit  porte vers toi 
le silex et le feu. Il fait ce clair de noir qui appelle ta main pour 
assurer ma route et rassurer le cap. L'obscur prépare le matin comme 
on déplie la nappe sur la fête du jour. Les bougies au plafond 
désignent le passage et le chemin de ronde veille sur l'horizon. Il 
faut à mes épaules la cape de ton bras pour traverser le froid des 
silences à vaincre. Ta voix pour passerelle sur le vide des villes 
pour braver l'impossible. Et ton souffle à ma bouche pour animer le 
chant et ranimer les mots. L'innocente passion a mis sa robe rouge. 
Un alphabet de gestes allume le papier. Une soif de rivière décape 
le caillou pour lécher sa douceur. D'autres verront l'image, la 
lumière de loin, mais moi je veux le tout, le vivre en son noyau, en 
sentir l'excellence. Et je marche vers toi, ces mots de pleine lune 
allongés sous mes doigts. Échappés du mystère, ils dénudent mes 
lèvres pour t’en offrir le fruit. Ils écrivent mon nom par les lettres 
du tien.
 
Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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À quoi pense l'enfant ?

Publié le par la freniere


À quoi pense l’enfant quand il est à l’école ? Au hérisson, à la grenouille des jardins, aux sentiers de collines sous ses jambes de chèvre, aux baisers de sa mère, aux pains au chocolat. Et la voix de son père quelque fois en écho. Il pense que demain il sera capitaine, et fabrique en cachette des voiles en papier. Il ouvre des fenêtres aux pages des cahiers où passent des couleurs, la figue sucre mauve des chapardes d’été, l’orange des argiles pour les statues d’une heure, l’ivoire poli doux des cailloux de rivière, et ce bleu de ces yeux qui font battre son cœur comme il ne savait pas. Ils pensent que les arbres qui ne courent jamais et vivent si longtemps sont de drôles de personne. Que la voix du silence c’est le chant des oiseaux, la pupille du chat. Et les yeux fatigués du jour se sentent heureux de ne pas s’être ouverts pour rien.

 Ile Eniger    Le bleu des ronces
 
Pour commander :
http://editionscheminsdeplume.over-blog.com/

Publié dans Ile Eniger

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