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222 articles avec ile eniger

La marque

Publié le par eniger

La torpeur du dimanche inclut naturellement le trouble de l’attente. Sevrée du lait des distractions, je ne suis que cela, concentration d’attente. J’imagine la neige, et dedans un tapis, un feu de cheminée, le vin qui tremble chaud et des bougies partout. Des lieux communs de poésie gentille proposent leurs réseaux, synapses rassurantes. Mais la chose à écrire s’y refuse tout net. Les mots sont des sépulcres qu’il ne convient d’ouvrir que par inclination créatrice, native. Flamberge meurtrière qui pilonne le tiède et relève les os. Quelque chose me dit de ne pas me résoudre à leur porter des fleurs. De saisi instinctif comme la rebouteuse choisit la juste plante, j’entends les mots cogner dans le bois de la langue. La parole est un trou, un bruit, une carrière ou s’agite le dire. Le désir l’affranchit du cloître des morales, la tendresse l’innocente, l’émotion la redresse, l’identité l’éloigne des unions confortables. Et l’amour ? l’inclassable, qui hésite toujours entre la folle avoine et la mort du vieux rêve, l’envisage en son antre avec des yeux rougis et des doigts fatigués. La torpeur du dimanche se trouble d’une attente. Mais je l’entends qui crie, la marque du vivant. Et c’est la voix du loup qui appelle la lune.
 
Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Ce serait la Toscane

Publié le par eniger

Ce serait la Toscane. Odeur des corps si proches en leurs hésitations.
Bouches altérées, contre mourant, contre grisaille, contre jours bouillis.
Nous aurions des outrances d’oiseaux aux premières cerises. Sans mot
d’excuse, comme avril en sueur aux aisselles des champs. Fièvres blanches,
paroles d’arbres, la route irait vers le plaisir. Ce serait la Toscane un
jour de contrebande. Sans errances mais le chemin plus grand que nous. La
pensée chasserait une vieille abstinence et nous serions fragiles, et forts,
là où le pré marie ses eaux. Aux racines d’en haut, viendraient tendues,
ventres serrés, des noces singulières. Ce serait la Toscane. Ecris-le au
présent.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Le mot

Publié le par la freniere

Le mot, ouvert, juteux comme une entrée, une grenade qui appelle la bouche. Cartouche dans l’obscur, écharpe pourpre des premières, pâte à forger, battant de porte, clavier des secondes, évasion programmée. Le mot, limon d’attente. Sourcier, sorcier, prêt à offrir, prêt à payer, qui tonne sa poussée vers l’espace à franchir. Le mot plus grand que lui et qui propose encore. Le mot séduit, saisi, délivré de l'encan. Le mot né pour renaître plus haut que les croyances, délivré de tout sens et de reconnaissance. Le mot pour allumer, brûler, flamber, rougir. Qu’on voie le feu de loin et que l’on dise alors, c’est la femme sauvage qui incendie la vie.

Ile Eniger

 

 

Publié dans Ile Eniger

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L'araignée

Publié le par la freniere

Elle rôde, elle est forte. En fond de cale et noir de cave, elle attend son moment. Au millimètre près, elle mesure les distances, évalue les états, paramètre les chances. Tapie pour calculer l'élan, elle circonstancie les manières d'agir. Sa marche douce recouvre tous les emportements, elle ne donne à voir qu'une raison passive, emmitouflée d'indifférence. Les images passées, les moments fantasmés, ne sont pas lettre morte, ellle attend son moment. Son vouloir est poison qui ranime l'espoir. Cette proie qu'elle veut, elle la veut encore. C'est la femme des nuits dans le bout des jardins, l'ombre mêlée aux ombres de la rive d'attente. L'inquiétude du soir aux marécages des séductions. Les alouettes mortes aux miroirs des refus qui prévoient le phoénix. Elle a fait de son temps un atout essentiel.  Silence pointé de quelque miel, elle abrite sa froideur, patience d'araignée. C'est une experte ! décidée à reprendre, son repli fait stratège dans un coin d'abandon.

Ile Eniger - Une clé sous la pierre

Publié dans Ile Eniger

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Sur la route

Publié le par la freniere

Je t'attends sur la route, des rêves en fond de poche, des bracelets de
mots, des brindilles de rires, une trace de miel à chaque fleur petite.  Tu
tousses et dans ta voix j'entends des phrases miennes. Une lumière bleue à
mes lèvres défaites comme un doigt de vin chaud. Tes traversées d'images
reconstruisent le ciel. Ton bureau dans les arbres apprivoise l'oiseau. Tu
inventes des ponts pour décalage horaire. Quand de quelques jonquilles tu
refais le soleil, je sais le bois coupé et le feu à venir.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Si j'osais

Publié le par la freniere

Si j'osais me glisser aux forêts de tes bras, aux orées de tes yeux, aux brousses de tes gestes, tu apprivoiserais ma petite robe rouge. Du profond de ta voix renaîtrait ton inquiète. Tu lui ferais de jour cette nuit écarlate à flamber l'arc en elle d'un ciel qui s'abandonne.  Tu la ferais lumière pour couvrir les distances, cette eau de strates de volcans sur l’écorce d’été. Les journées incertaines chausseraient l’horizon, ratures de cahier joignant des ailes aux mots, la sève élancerait ses longues veines d'arbre, et le cri d’un oiseau sur la paille de juin ranimerait l'espoir dans la moindre brindille. Si j’osais mes audaces, tu saurais l’infini.  Et là, dans le rectangle de ta porte qui s'ouvre, le monde se verrait à l'aulne de ta chambre, volets tirés sur l'heure, l'impossible rompu, cette faim à la bouche pour rassasier l'amour. Ce serait si j'osais, le feu des hautes herbes quand les soleils embrasent avant de tomber nus sur les reins de la terre. Ce serait le début et ce serait encore. Ce serait une vague,  et ce serait la mer où dessiner une île dans la largeur du jour.

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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La journée s'ouvre

Publié le par la freniere


1)
Un abrégé de doutes stationne en gare de triage. Dans le tamis des heures,
des grains de rien rêvent de cathédrales. Des particules s’impatientent qui
refont un corps neuf à chaque jour tendu. De verdeur et d’ardeur,
l'intention de vibrer dans l¹immobilité retrousse encore et les manches du
ciel et la langue frottée à la force des sens. Il faudra plus qu’un dé à
coudre de tendresse pour rebâtir l’espoir, pour ourler l’ordinaire. Il
faudra la lumière qui tombe drue sur la terre à lever. Le son qui donne au
blanc, au vide, au trop porté, au trop sué, au trop rincé, l’ampleur du
tonnerre de vie. Il faudra cette phrase plus belle qu¹un passage, gravide
sous ma main, qui s'approche à l’appel. Il faudra cette écharde juste à côté
du pain, rappelant le danger. Et il faudra l’amour, sans concession, qui
pardonne du peu. Cette puissance et le risque du trop, je l’attends, je sens
déjà sa contracture, mes mains nouées comme un faisceau.


2)
La journée s’ouvre. De ton chemin à mon chemin, une langue qui touche
arrange de vieux mots. Elle trouble la phrase, la pousse, la réveille,
glisse dans ses racines une alliance neuve. Aux tournures anciennes,
l’instinct nouveau des lettres donne un air dévêtu, un sang de jeune
branche. Le rêve, ce petit animal qui revient de la nuit, impudique le sens,
figure sa tenue. La pensée du matin qui se croyait matin se voit matin
intime.  Au miroir des paroles, gardes-moi, gardes-moi, dit le geste du
jour. Et l’innocence crue du premier sens à prendre écrit la page à naître
d’une paume douce. Une trace brûlante impatiente les feuilles.  La musique
des terres redresse les fontaines dans chaque mot à vivre. Je porte de ce
vivre une robe mitée où filent les années, mais je sais l’air et l’eau qui
font l’inachevé du pain. Toujours c'est le moment de vivre ou de mourir.

Ile Eniger

vient de publier Le Bleu des Ronces aux Éditions Chemins de Plume.

http://editionscheminsdeplume.over-blog.com/

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C'est

Publié le par eniger

Si difficile soir. Sans toi. L'espace tremble de ce non recevoir, de ce temps au futur, de ce passé présent. Lorsque l'étoffe cache, quand se tait tout envol de la main à la main, quand les voix ne sont plus que la brise montante où dorment les oiseaux, je convoque l'orage du rêve à épouser, sa force tellurique. Il va falloir franchir les paliers les plus hauts, dégager les concepts et les rendre vivants. Il va falloir le sel pour relever la mer. Jusqu'au bout des jetées il faudra s'avancer pour choisir le voyage. Va la neige recouvre mais la terre fermente, il faudra la toucher comme on touche une femme, démonter le soleil jusqu'au soleil debout pour boire ses vertiges. Démontrer l'absolu à l'aplomb du moment. Il faudra des éponges pour essuyer la mer jusqu'à plus une larme. Que l'écope dégage tout geste superflu, tout geste à l'imparfait. Alors je pourrai voir de mes rives humides venir le bateau fleuve des choses essentielles. Et le voyant dresser droit devant son chemin, je saurai qu'il m'accoste et pourrai dire : c'est.

 

 

Ile Eniger, Bleu-miel

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Mon souffle

Publié le par eniger


Le vent portait comme des fleurs, des fruits. L'indéfini parcours de pollens inconnus. Les oiseaux dans les graines, les tamias sur les chaises, le fleuve déroulé aux crosses des fougères, les longues routes longues qui ne mesurent rien, et les lilas ouverts comme huiles précieuses, je parle d'un pays qui m'a parlé de moi quand il parlait de lui. C'est comme une chaleur, des doigts sous ma chemise, la parole d'un loup, la verdeur confondue des sinoples profonds à la phosphorescence. C'est l'immense  pays, le cri des ouaouarons dans le mouillé des herbes, des nuages en neige qui froncent leurs couleurs sur l'orage du soir, les bois-francs ramenés pour le froid à venir et la chaleur du feu qui ne s'éteindra pas. L'érosion ajoutée aux rondeurs des montagnes Appalache les terres d'une mémoire en plus. Quelques vieux cimetières dorment éparpillés comme de vieux sourires, aux côtelés violines que le ciel monte à cru, les jupes des cascades défont leurs hanches souples. C'est quelque part ailleurs, une présence juste, l'érable et la forêt qui enfantent le miel. Aujourd'hui au présent, l'agrume du soleil réchauffe les absences dans la tasse du jour. L'image est bien vivante au cheval des distances. L'usé des traces rouges a mêlé mon poignet au sang des mots à vivre. Et la force du bois s'élève pour jaillir dans le feu de mes mains.

Ile Eniger

 

 

 

Publié dans Ile Eniger

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Le bleu des ronces

Publié le par la freniere


Sais-tu ce que je veux ? Que tu cueilles des fleurs, toutes, mais surtout les lilas. Que tu saches faire cela, cueillir toutes les fleurs. Que tu m'inondes de fleurs et de toi.

Ile Eniger  Le bleu des ronces
http://terresdevendanges.over-blog.com/

Publié dans Ile Eniger

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