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222 articles avec ile eniger

Oraison

Publié le par la freniere

Le ciel noue ses nattes et les effiloche. Il faudrait que la pluie tombe drue, qu'elle casse la voûte brûlante. Des rus fissurés ont bu toutes leurs eaux. Les portes des cabanes gémissent quand on les pousse. Les alpages jaunissent aux épaules des terres. Rameutant ses sonnailles, étourdi de chaleur, midi cogne l'airain et son ombre se cache. Un chemin monte lent, essoufflé et cagneux. Le pied bute. L'éblouissement sidère. Pas d'air. Dans les grésillements d'insectes, le souffle est celui des rochers, immobile et brûlant. Au zénith, une lame blanche découpe le brasier du jour qui tombe et courbe l'herbe. Oraison incandescente. Les heures calcinées vibrent dans les aigus. Les bêtes et les hommes chaument, transpirants. Dans la fournaise ardente, l'estive porte la soif des arbres et des bêtes sur son dos. Décharné, le ciel étrille ses nuages. Ne pleuvra qu'un orage sec et déchiré d'éclairs.

 

Ile Eniger

 

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Tu te dis

Publié le par la freniere

Probablement nos vies ont un sens jusque dans les erreurs, les acceptations, les écueils. Je crois cependant que c’est terriblement difficile. Veillir (c’est à dire grandir), c’est toucher à l’acuité d’un réel occulté par diverses illusions dont on s’aperçoit qu’elles sont illusions seulement après les avoir traversées. Reste alors un vivant décapé, inconfortable, qui oblige à ne plus vivre d’ersatz mais de la seule réalité. Une goutte d'hiver est tombée sur un jour de chien seul. Tu vois l'éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu entends la chamade dans les battement du sang. Tu sais le gris des villes découpant la beauté. Tu es l'enfant de rentrée des classes, assis sur son cartable, à une encablure de l'école. Tu te dis qu'il va falloir, quand même, faire de la joie avec tout ça. Un sacré défi. 

 

 Ile Eniger

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Réflexion

Publié le par la freniere

Les grandes voix de Yves Bonnefoy et Élie Wiesel nous ont quittés en cette fin de semaine. Je suis toujours très étonnée de constater que les médias, qui se mobilisent avec une ferveur proche de la dévotion maladive autour d'un Euro de football ou autres jeux du cirque, ne soient pas capables d'articuler trois mots ou trois lignes cohérentes et légitimes pour accompagner ceux qui de leur vivant ont œuvré pour que la vie soit plus humaine et habitable pour tous !

 

Ile Eniger

 

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Vive-eau

Publié le par la freniere

Une eau native m'a trimballée d'îles en rochers, de vessies en lanternes, de larges en rades, de tout en rien et son contraire. Escales aléatoires, j'ai jeté l'encre et le papier. Brins, fétus, têtus, billets sans cesse froissés, mouillés, dilués, engloutis. Rêves et mains décapés jusqu'à l'os, j'ai écrit tous les vents sans en perdre le cap, brisé tous les silences pour n'en garder qu'un seul épaulant bien la lame pour mieux lui résister. Marée de vive-eau, une houle de fond emporte le bateau, les ports, les ponts, les terres et les cahiers. Dans la course improbable, une câle de mots convoite le soleil. Il n'y a pas de lieu, seulement un état, l'étarque d'une voile qui court sans cesse après son horizon.

 

Ile Eniger

 

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Fête des mères

Publié le par la freniere

Tu allais donner à manger aux canards sous le pont de la Sorgue. Tu leur parlais. Tu leur disais ta solitude. Moi j'étais ailleurs, jeunesse occupée par un si plein des choses vaines. Ces choses abandonnées plus tard comme des mues. Tu vois, j'ai le cœur nostalgique. J'agite le feu des mots pour créer des oiseaux, pour crépiter une musique, pour rameuter cette nature que tu aimais tant. Je vais aux mots pour que ne meure l'essentiel dessous les maladresses. Ma Mère, où es-tu maintenant dans cet ailleurs dont tout j'ignore ? Ne sommes-nous qu'un anniversaire sur un calendrier de mai, Fête des Mères ? Le temps joue à qui perd gagne, irrattrapable. Aucune courte-échelle sur le haut du mur ne peut joindre le temps où tu m'écrivais : "Tu resteras toujours ma petite fille". J'ai un vieil âge maintenant et rien ne peut plus cuire et partager le pain qu'ensemble nous aurions pu donner aux canards sous le pont de la Sorgue. Mais je te parle ici, et c'est un mot d'amour.

 

Ile Eniger

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Tant

Publié le par la freniere

Au rebord de l'humain, je ne me débats plus. Je regarde, effarée. Des larmes acides brûlent, basiques, rebelles, stériles, inutiles. J'ai tant cru, tant espéré, assise sur le haut du mur, loin des ça vivote, ça parlote, ça galope, ça salope, ça fait son petit marché d'arrangements et d'indifférences. J'ai tant cherché dedans, autour, partout, la parole, l'acte, le regard, justes, absolus. Ce qui ne trahit pas même par omission. J'ai tant repoussé les plaisirs frelatés, les mensonges complaisants, les tricheries commodes, les compromis hypocrites. J'y ai laissé mes rêves, mes ongles, ma confiance. Sur cette route aride et désespérante, une seule main solide, bienveillante, ne m'a jamais abandonnée. Par elle, j'ai sais le sens absolu du voyage, son aimance indéfectible malgré la sidérante collusion.

 

Ile Eniger

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Éveillée

Publié le par la freniere

L'indifférence, la méchanceté, la débacle, l'agitation, les petitesses, sont affaires d'hommes. Leurs ego bétonnent, leurs monnaies enterrent, leurs croyances mentent, leurs pouvoirs détruisent. Loin de ces jeux morbides, un seul lilas sauvage, un pan de mur éboulé, le trait roux d'un renard, un geste de moineau, un ru sur la poussière, des pépites de rires, donnent inlassablement la clé, le sens du vivant. L'écriture brûle comme un fagot bien sec. Ses cendres iront nourrir le vent et les graines qui ne demandent rien. Loin des météos, toujours les saisons remontent, les aubiers fendent, les herbes tapissent, les nids réchauffent, les fleurs décorent, les fruits nourrissent, les racines veillent, les bêtes repeuplent. Rien de secourable dans l'obstination éveillée mais chaque jour offert, seul et unique, mêlant son lait materne au café noir des nuits. La gratuité toujours renouvelée. Est-ce une colère ou un accablement mes mots qui cherchent ailleurs loin des affaires d'hommes ?

 

Ile Eniger

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Les petites grand-mères

Publié le par la freniere

Les petites grand-mères

Ile Eniger - Auteur

Les petites grand-mères – (Nouvelles) - Des anges, des chats, des poules, des grand-mères, tout un petit monde ici rayonne. Une joie pétillante et lucide accompagne le voyage du vivre . Et si peut-être "tout s'écrit sur du sable", il n'en reste pas moins que "l'amour sauve de tout".- ISBN 978-2-84954-154-8 - PRIX 14 €

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À ma fille

Publié le par la freniere

Regarde en arrière, il pleut des gens. Neige tremblée, mouchetée, tombée légère d'origines multiples. Mémoires anciennes donnant chair au présent, tu es leur sillage ma fille. Le passé n'est visible qu'au drapé du rideau qu'on soulève parfois. Dans cet avant de soi, les jeux, les histoires, les séductions, les ornements, tout se confond, se fond, chaque unique mêlé. Des murmures clapotent, il faut tendre la mémoire pour retrouver le fil. La langue est incertaine, la traduction aléatoire. Toujours les marionnettes courent pour échapper au bois mais leurs cendres transportent la force des vécus et tous travaux d’adductions d'autres. Jusqu'à toi mon enfant, ma puissante, leur mouture. Depuis les passages anciens figés, couturés, transformés, tu brèches l'élan de lumière crue, ton élan à vivre. Tu regardes et tu es. Tu construis chaque jour quelque chose qui regarde et qui est. De ce jour après jour, appuyée sur leurs traces, tu élances ta vie de racines solides. Tu te sais vivante dans ces métamorphoses qui gardent le noyau et démarquent ton être. Tu crées, tout au bout de leurs mains, cette nouvelle et unique flamboyance, la tienne. Et moi, ta mère, je suis de toute gratitude quand je te vois, présente.

 

Ile Eniger 

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À S. et C.

Publié le par la freniere

On marche. On marche un monde multiple sur une planète plus grande que les buts. On marche dans un univers plus immense que les pensées. Au foin des errances, on espère l'allumette qui embrasera, qui révélera la puissance de la moisson. On rêve d'un écho, d'une parole amie. On tisse la laine des jours pour habiller la marche quotidienne. Puis, venus d'un hasard, on ne sait où, on ne sait comment, on ne sait pourquoi, des routes se rencontrent, des voix se répondent, des mains se tendent, des cœurs se reconnaissent, des couleurs prennent feu. On s'illumine. On fusionne. On s'épouse. Et c'est aujourd'hui ce jour des épousailles. Ce jour qui vous élève en devenir conjoint. Depuis l'absolu, l'amour qui a fait naître, conjugue vos existences. Tout est à inventer. Alors, on marche ensemble, sur une route, dans un monde multiple, une planète plus grande que les buts, un univers plus immense que les pensées. L'amour est une terre cultivable. Namasté sur ce territoire.

 

Ile Eniger

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