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226 articles avec ile eniger

Fêlures

Publié le par la freniere

Une voix claqua comme coup de fusil. Des rires sonnèrent comme fêlures. Dans les restes de la fête, on eut beau chercher l'ange, on ne trouva, sur le plancher, qu'une plume, piétinée.

 

Ile Eniger

 

Publié dans Ile Eniger

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Tu te dis

Publié le par la freniere

Une pluie d'hiver tombe sur un jour de chien seul. Tu vois l'éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu entends la chamade dans les battements du sang. Tu regardes le gris des villes découpant la beauté. Tu sais qu'un pas d'itinérant porte le poids du monde. Des clameurs embrasent le ciel de tous les pays. Les jardins sont en fleurs et les arbres en abeilles. Un chat et un chien jouent dans la poussière. Un clocher sonne quelque part. Toi, l'enfant de rentrée des classes, assis sur ton cartable à une encablure de l'école, un pain au chocolat dans ta poche, tu te dis qu'avec tout ça il faudra bien faire quelque chose d'heureux.
 
Ile Eniger
 

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Celles

Publié le par la freniere

Je suis celles lasses devant un fourneau de cuisine, celles qui pleurent doucement pour ne pas réveiller les enfants, celles qui ne mangeront pas de part de tarte, celles qui n'ont plus d'espoir ni même de désespoir, celles qui ne chantent plus mais se souviennent de la voix de leur mère, celles qui entendent sonner les heures sans dormir, celles qui comptent leurs sous et qui ont peur, celles maltraitées qui s'inventent d'impossibles départs, celles ignorées, bafouées, torturées, affamées, celles que personne ne voit, celles qui triment dur, celles qui hurlent sans déranger le monde, celles découragées, celles qui tombent et meurent seules. Je suis celle qui ne les oublie pas.

 

Ile Eniger

 

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Québec

Publié le par la freniere

Je suis de ce pays plus sûrement qu’une mémoire. De sa langue qui chante, de ses cordes de bois appuyées sur l’hiver, de sa voix résistante, de ses lumières d’herbes, de ses vieux mocassins, de ses rangs visitant la campagne, de ses galeries en planches, et d’une maison qui me nommait si fort. Ah Québec, je me souviens ! Tes étés frileux, tes foins d’odeurs et sauges en volutes, tes feux du soir peuplés d’ancêtres, tes rubans galopant de longues routes longues, tes pluies éternuant sur le dos des bisons, tes pommes au hasard des chemins, tes mottes de labours charnus. Et moi, chavirée, pieds nus dans l’eau de tes lacs, éclaboussée du chant de tes cascades. Je me souviens Québec, tes berçantes grinçant d’anciennes résonances, la voix du loup dans la cour d’en arrière, l’ours à portée d’imaginaire, tes nuits profondes sans questions, tes gens et leurs violons harmonicas accordéons, tes mains bûcheronnes sûres de gestes élémentaires, ton air de rien qui disait tout. Et moi, enlevée, embarquée, conquise. Pour te parler, je cherche des mots de souches séculaires, de racines premières, de pierres angulaires. L’accent de ma terre rejoint le tien et ses montagnes basses fardées de pastels gras. Mes mots de mer disent ton St Laurent et tes rivières douces. Je parle d’un bonheur là-bas. Ah Québec, ta trace rouge, indélébile sur mon âme.

 

Ile Eniger

 

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Oraison

Publié le par la freniere

Le ciel noue ses nattes et les effiloche. Il faudrait que la pluie tombe drue, qu'elle casse la voûte brûlante. Des rus fissurés ont bu toutes leurs eaux. Les portes des cabanes gémissent quand on les pousse. Les alpages jaunissent aux épaules des terres. Rameutant ses sonnailles, étourdi de chaleur, midi cogne l'airain et son ombre se cache. Un chemin monte lent, essoufflé et cagneux. Le pied bute. L'éblouissement sidère. Pas d'air. Dans les grésillements d'insectes, le souffle est celui des rochers, immobile et brûlant. Au zénith, une lame blanche découpe le brasier du jour qui tombe et courbe l'herbe. Oraison incandescente. Les heures calcinées vibrent dans les aigus. Les bêtes et les hommes chaument, transpirants. Dans la fournaise ardente, l'estive porte la soif des arbres et des bêtes sur son dos. Décharné, le ciel étrille ses nuages. Ne pleuvra qu'un orage sec et déchiré d'éclairs.

 

Ile Eniger

 

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Tu te dis

Publié le par la freniere

Probablement nos vies ont un sens jusque dans les erreurs, les acceptations, les écueils. Je crois cependant que c’est terriblement difficile. Veillir (c’est à dire grandir), c’est toucher à l’acuité d’un réel occulté par diverses illusions dont on s’aperçoit qu’elles sont illusions seulement après les avoir traversées. Reste alors un vivant décapé, inconfortable, qui oblige à ne plus vivre d’ersatz mais de la seule réalité. Une goutte d'hiver est tombée sur un jour de chien seul. Tu vois l'éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu entends la chamade dans les battement du sang. Tu sais le gris des villes découpant la beauté. Tu es l'enfant de rentrée des classes, assis sur son cartable, à une encablure de l'école. Tu te dis qu'il va falloir, quand même, faire de la joie avec tout ça. Un sacré défi. 

 

 Ile Eniger

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Réflexion

Publié le par la freniere

Les grandes voix de Yves Bonnefoy et Élie Wiesel nous ont quittés en cette fin de semaine. Je suis toujours très étonnée de constater que les médias, qui se mobilisent avec une ferveur proche de la dévotion maladive autour d'un Euro de football ou autres jeux du cirque, ne soient pas capables d'articuler trois mots ou trois lignes cohérentes et légitimes pour accompagner ceux qui de leur vivant ont œuvré pour que la vie soit plus humaine et habitable pour tous !

 

Ile Eniger

 

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Vive-eau

Publié le par la freniere

Une eau native m'a trimballée d'îles en rochers, de vessies en lanternes, de larges en rades, de tout en rien et son contraire. Escales aléatoires, j'ai jeté l'encre et le papier. Brins, fétus, têtus, billets sans cesse froissés, mouillés, dilués, engloutis. Rêves et mains décapés jusqu'à l'os, j'ai écrit tous les vents sans en perdre le cap, brisé tous les silences pour n'en garder qu'un seul épaulant bien la lame pour mieux lui résister. Marée de vive-eau, une houle de fond emporte le bateau, les ports, les ponts, les terres et les cahiers. Dans la course improbable, une câle de mots convoite le soleil. Il n'y a pas de lieu, seulement un état, l'étarque d'une voile qui court sans cesse après son horizon.

 

Ile Eniger

 

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Fête des mères

Publié le par la freniere

Tu allais donner à manger aux canards sous le pont de la Sorgue. Tu leur parlais. Tu leur disais ta solitude. Moi j'étais ailleurs, jeunesse occupée par un si plein des choses vaines. Ces choses abandonnées plus tard comme des mues. Tu vois, j'ai le cœur nostalgique. J'agite le feu des mots pour créer des oiseaux, pour crépiter une musique, pour rameuter cette nature que tu aimais tant. Je vais aux mots pour que ne meure l'essentiel dessous les maladresses. Ma Mère, où es-tu maintenant dans cet ailleurs dont tout j'ignore ? Ne sommes-nous qu'un anniversaire sur un calendrier de mai, Fête des Mères ? Le temps joue à qui perd gagne, irrattrapable. Aucune courte-échelle sur le haut du mur ne peut joindre le temps où tu m'écrivais : "Tu resteras toujours ma petite fille". J'ai un vieil âge maintenant et rien ne peut plus cuire et partager le pain qu'ensemble nous aurions pu donner aux canards sous le pont de la Sorgue. Mais je te parle ici, et c'est un mot d'amour.

 

Ile Eniger

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Tant

Publié le par la freniere

Au rebord de l'humain, je ne me débats plus. Je regarde, effarée. Des larmes acides brûlent, basiques, rebelles, stériles, inutiles. J'ai tant cru, tant espéré, assise sur le haut du mur, loin des ça vivote, ça parlote, ça galope, ça salope, ça fait son petit marché d'arrangements et d'indifférences. J'ai tant cherché dedans, autour, partout, la parole, l'acte, le regard, justes, absolus. Ce qui ne trahit pas même par omission. J'ai tant repoussé les plaisirs frelatés, les mensonges complaisants, les tricheries commodes, les compromis hypocrites. J'y ai laissé mes rêves, mes ongles, ma confiance. Sur cette route aride et désespérante, une seule main solide, bienveillante, ne m'a jamais abandonnée. Par elle, j'ai sais le sens absolu du voyage, son aimance indéfectible malgré la sidérante collusion.

 

Ile Eniger

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