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226 articles avec ile eniger

L'unique

Publié le par la freniere

Lire, écrire, vivre. Passer. Les mots, les choses, les gens, s'envolent. Il ne restera rien des agitations, un silence d'objets, des  os blanchis, de vagues souvenirs effacés par les générations, les changements. La vie ricoche, s'élargit pour s'évanouir. L'unique présent crée l'éternité. L'état d'exister est seul récipiendaire de la jubilation. Les éléments vivent, n'assènent rien, ils sont au plus exact de leur absolue condition. Respire ma fille, c'est là que tu exultes, matière dans la matière, esprit dans l'esprit, mouvements et immobilité liés au grand chambardement plus abouti que le plus abouti des humains. Respire ma fille, si tout est illusion, préfère celle qui épouse la lumière. Je ne serais pas surprise qu'en chemin de simples cailloux et de fleurs de talus, loin des détritus inventés par les hommes, la joie finisse par s'approcher, lavée comme une rivière d'alpage.

Ile Eniger 

 

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Tu vois

Publié le par la freniere

Je ne sais rien tu vois. Ils étaient dans les rues, partout. Ils dénoncaient, se ralliaient, s'embrassaient, se touchaient, chantaient l'hymne national. Ils se voulaient solidaires parce que des balles avaient tué des gens dans les locaux d'un journal que la plupart critiquaient avant. Des gens par millions s'unissaient pour défendre la liberté. Peut-être aussi s'unissaient-ils parce qu'ils avaient peur, parce que l'horreur était arrivée à leurs portes à eux. J'ai pensé ça et j'espérais qu'il y avait autre chose, la ferveur d'un vrai levain pour un pain de partage, mais j'avais ce mal à y croire. Pourtant, moi aussi j'étais bouleversée. Et puis il y avait eu cette soirée qui parlait des disparus, une soirée de variétés comme une remise de prix ou de médailles. Ailleurs, une fillette sautait, une bombe attachée à sa taille. Ailleurs, des monstres détruisaient, massacraient, mettaient en esclavage. Ailleurs, des gens fuyaient leurs pays menaçants et ne trouvaient de place nulle part. Ailleurs, des enfants mourraient de faim, des peuples étaient décimés. Partout la planète mourait sous les profits, les vices, les commerces, les pouvoirs. Et cela durait depuis longtemps. Je me disais que cela aussi aurait mérité que l'on se mobilise, que l'on descende dans les rue et en soi pour que la vie devienne ce pour quoi elle avait été créée : vivante pour tous. Je ne sais rien tu vois. Ils paraissaient si rassemblés tous ces gens dont je doutais du rassemblement, si déterminés quand je doutais de leur détermination. Et quand je disais que je craignais une possible récupération de cet enthousiasme, on trouvait que je ne comprenais pas le bel élan. Alors, je suis allée au fond du jardin. Toute seule devant l'immense ciel muet, je suis devenue ce jour d'hiver qui essayait d'être clair. Ce jour qui ne savait pas comment faire et qui le faisait. Et depuis cette incapacité qui me poussait au silence, j'invoquais l'amour pour qu'il aide. Mais tu vois, quand je regarde à cet endroit, je ne vois rien. Que l'incommensurable pauvreté, la mienne d'abord.

Ile Eniger 

 

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Bien sûr

Publié le par la freniere

Tu les vois ces jours de chien seul. Tu vois leur éclair de faux luisante sur les épaules des blés. Tu sais la chamade dans les battements du sang. Parfois, un brouillé de froid attaque les hortensias qui abandonnent leurs parures. Le ciel noue des nuages fantasques. Des zones grises découpent la beauté. Au loin, un soliloque sonnailles et bêlements, descend vers la vallée. Tu ne bouges pas. Tu engranges ce qui vit largement, sûrement. Tu t'appuies sur les  oiseaux, voix fraîches les matins, boules immobiles les soirs. Aux heures inquiètes, tu les observes, confiants sur les après-midi d'octobre. Tu cultives la joie simple, les rappels du clocher sur la portée imaginaire du temps, les frissons du ru dans les herbes courtes, les tapis d'or aux pieds des cerisiers, les écharpes vaporeuses aux gorges des montagnes. Des choses inconnues s'avancent. Tu les accueilles, porte ouverte sur le jardin. Un courageux soleil d'automne luit sur quelques heures douces. Le bonheur se faufile dans des trous de souris. Les pas du facteur cliquettent. Le rire de l'âne braie. Le chat s'étire sur le haut du mur. Il y a de belles promesses. Et bien sûr, je t'aime.

 

Ile Eniger

 

 

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La renarde

Publié le par la freniere

Depuis des jours elle est proche de la ville. Elle doit avoir faim, les hivers sont rudes. Certains l'ont caressée dans le sens du poil, ont donné de la nourriture, des mots, des sourires, une sorte d'attendrissement. Après tout, les hommes ne sont peut-être pas ce que lui dicte son instinct ! Elle renifle les bords de routes, dort dans les bosquets, tente la reconnaissance d'autres lieux, autres contacts. Parfois elle s'assoit près des jardins. Elle observe. Elle flaire des souffles, des messages brouillés. Des choses l'alertent. Une méfiance va de ses narines au vide domestiqué, aux bruits parasites, aux odeurs troubles. Elle perçoit la cruauté, la bêtise, l'indifférence. Elle renâcle un désordre loin du fondement légué par sa mère, et la mère de sa mère, et toutes ses mères depuis la première cellule. Alors revient l'alarme, la terrible et salutaire alarme. La peur. Ah ! La peur, imprévue, violente, redoutable, invasive. La peur les crocs bandés. Son désarroi secoue les complaisances. Fuir. Fuir l'engourdissement, l'asservissement, la crasse dorée. Retourner au silence rêche des montagnes, la faim au bout des pattes. Revenir à la tanière élémentaire et le sens du passage. Rallier l'étrange appel qui nomme sa chair et son aptitude. Un temps de réserve s'avance. Le suivre. Un éclair maigre de renard roux traverse les asphaltes, retrouve l'ingrat chemin, les anciennes traces. Il neige sur l'austère campagne. Chaque flocon percute le souffle chaud, profond. Souple, tous sens en éveil, énergie tendue, elle court la renarde. Chacun de ses muscles pulse une reconnaissance.

 

Ile Eniger

 

 

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La maison dans les airs

Publié le par la freniere

La parution de son nouveau recueil "La maison dans les airs" est prévue pour le Salon du Livre de Mouans-Sartoux, les 3, 4 et 5 octobre 2014.

 

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Ras le bol des polichinelles

Publié le par la freniere

Quand on voit les niaiseries, parfois bien mal écrites, présentées à longueur d'années par les libraires parce que ce qui importe c'est d'aller dans le sens de la mode, on est surpris de constater ce soudain engouement moral qui les fait s'insurger contre le livre de Valérie Trierweiller ! Entendons-nous bien, je ne défends ici ni cet auteur ni le contenu de son livre, car ni l'un ni l'autre ne m'intéressent, pas plus que je ne lis la presse people, ou les avalanches facebookesques qui rivent les participants le cul sur le fauteuil alors que le soleil brille au dehors et qu'il serait bon qu'il brille de la même manière pour tout le monde. Cependant, libres à ceux qui ont envie de lire cet ouvrage dont on ne peut que déplorer qu'il fasse la Une alors que tant de très bons écrivains sont relégués sur des fonds d'étagères , de le faire s'ils en ont envie !

 

La morale littéraire se veut bien restrictive tout à coup qui ose pourtant mettre en vitrine, à longueur de temps, des livres pas forcément recommandables, morale littéraire qui ne s'intéresse qu'accessoirement à la très bonne littérature de fond et de forme mais qui, tout d'un coup, se découvre une vocation d'effarouchée parce qu'une personne a écrit (mais tant d'autres en font autant !) ses états d'âme.  Mais, est-ce à dire que parce que ce livre est un déballage sur une personnalité politique en vue, un haut personnage d'état, il procède du crime de lèse-majesté ? Alors que dans un autre cas, il eût été acceptable ? Faudrait peut-être un peu creuser du côté de cette motivation-là, et voir les paramètres pas très jolis jolis qui la sous-tendent.

Allons, que les libraires et autres agités de l'information se calment, tout cela ce n'est que médias et fariboles à gros sous, qu'on laisse cette personne et son livre passer leur chemin qui ne mérite pas un intérêt débordant ! Aboyer n'est sans doute pas la meilleure solution pour qu'il passe inaperçu ! Et qu'enfin on s'intéresse aux vraies questions d'humanité et de qualité d'écriture !

 

Alors peut-être s'apercevra-t-on enfin que chez les libraires, comme chez les éditeurs, comme chez tout un chacun, tout n'est pas toujours blanc-bleu, et que, au lieu de tirer à pleins discours inutiles sur les ambulances déglingées, pour s'acheter une conscience, il conviendrait de soigner les états d'esprit afin que ce qui est beau, bon, et bien écrit, puisse enfin vivre sainement dans un domaine littéraire qui en aurait bien besoin .

 

Ile Eniger 

 

 

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Pays

Publié le par la freniere

A la potence d'indifférence s'agitent des fantômes de faims anciennes. Quelque chose s'effrite doucement que je ne retiens pas. Qui laisse une tristesse à peine ombrée. Nostalgie de lumière touchée, habitée, qui s'en va à petits pas vers l'horizon. L'archéologie du silence dessine l'effacement des illusions. Longtemps, le pays avait dévalé sa montagne puis la brunante a flouté les contours et les yeux des pervenches se sont tus. Une lumière brûlée de fin d'été fatigue l'attelage des heures. Rien ne préfigure mieux l'hiver que la palpitation fragile de l'espoir dans les signes des dernières traces. Ah pays, pays qui m'avait ensorcelée !

 

Ile Eniger

 

 

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La probité

Publié le par la freniere

Je, je, je… la course des egos est effrayante ! La société, vautrée rutilante et fétide dans le paraître et l'avoir, invente ses particules répugnantes, ses vitrines qui condamnent la vie. Qui refuse ces fanfaronnades ? Qui brise les écrans ? Qui ouvre les mains pour partager ? Qui sait que la Terre est à tous d'origine impartiale ? Où sont les Hommes ? La liste des exactions donne des vertiges de dégoût ! Pour un écrivain discret, des milliers de scribouillards nuls et prétentieux assiégeant les medias. Pour un paysan aux gestes de bonté, des milliers d'empoisonneurs sabotant la planète. Pour un anonyme de la paix, des milliers de gueuleurs inutiles aboyant et mordant. Pour un individu bienfaisant, des millions d'hommes en guerre convoitant le pouvoir et assassinant l'être. Du cœur du monde, j'entends le pouls fatigué du vivant. Il lutte contre la souillure grasse des laideurs, ces obscénités dévorant les candeurs d'enfants, les sagesses d'anciens, et l'âme des autres. Tant plantent des banderilles, comment voulez-vous vivre, comment voulez-vous écrire ?! L'hésitation de l'ange blesse à la nuque, la douleur tombe comme un couperet. Pierre d'angle ou d'achoppement, la construction est toujours aléatoire. Assise sur une grosse roche de bord de chemin, au contact de la pierre accueillante et des conversations d'oiseaux, je reçois le vital, l'aimant. Je ne sais pas vraiment qui il est, mais j'écoute sa joie, sa puissance rassurante. Je sens son amour qui, à la manière des souris, se dérobe sous la porte entrouverte pour qu'on le suive plus loin. Je pense au grain de lumière à semer dans chaque acte, chaque pensée, chaque espoir. Je pense à l'énergie silencieuse où chacun a sa place. Et j'étreins la probité, cette guérisseuse qui demande l'équité.

 

Ile Eniger 

 

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Au zénith

Publié le par la freniere

Le ciel noue des nattes grises puis les effiloche. Le ru fissuré a bu toute son eau. Les portes des cabanes gémissent quand on les pousse. L'alpage jaunit aux épaules des terres. Rameutant ses sonnailles étourdies de chaleur, midi sonne rude et cache son ombre. Un chemin monte, lent, essoufflé. Le pied bute. L'éblouissement sidère. Pas d'air. Dans les grésillements d'insectes, le souffle est celui des rochers, immobile et brûlant. Au zénith, une lame blanche découpe le brasier du jour qui tombe, et courbe l'herbe en oraison ardente. Des heures calcinées, on entend vibrer les aigus. Les bêtes chaument, placides et transpirantes. Dans la fournaise, l'estive porte un arbre sur son dos, décharné. Il ne pleuvra qu'un orage sec déchiré d'éclairs. Il faudrait que la pluie tombe drue, qu'elle casse le miroir du ciel.

 

Ile Eniger

 

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La saison inédite

Publié le par la freniere

Ils ont traversé la chair comme une rivière et sont allés plus loin, vers la saison inédite. Leurs gestes sont menus mais braves, comme les premiers et les derniers pas. Une reconnaissance inspirée les rassemble. Leur détermination ne trahit pas. Ils sont présents jusque dans leurs hésitations. Leurs résolutions vivent outre espace, hors temps de surface. Ils se souviennent de tout et ne possèdent rien que cet aller retour d'une perfection qu'ils ignorent. Même l'absence les garde dans l'odeur, le goût, d'une exception sacrée. A la rudesse du chemin, ils ne mendient rien, tout leur est offert. Leur plénitude est un défi rapiécé de lumière.

 

Ile Eniger

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