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226 articles avec ile eniger

Ceux

Publié le par la freniere

Ceux qui parlent avec des lèvres de vampires

Ceux qui disent comme s'ils savaient

Ceux qui touchent avec des serres de vautours

Ceux qui monopolisent l'espace

Ceux qui se congratulent en réseaux

Ceux qui font humble la main sur l'ego

Ceux qui mentent au chemin

Ceux qui gomment le silence

Ceux qui s'inventent une voix remarquable

Ceux qui n'oublient jamais de prendre la place

Ceux qui oublient qu'ils ne sont rien

Ceux-là me font peur

Qui détruisent la flaque d'eau

Où le ciel et les oiseaux vont boire.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Ma mère

Publié le par la freniere

Elle essayait de choisir la singularité paisible de chaque jour. Elle aimait les fleurs, la musique. Et les oiseaux. Pas toutes les musiques, mais toutes les fleurs. Et surtout les oiseaux. Plus que tout, elle aimait le jardinier, sa présence solide. Elle l'aurait voulu toujours près d'elle. Quand la solitude l'a happée, elle a continué à aimer la musique, les fleurs. Et de plus en plus les oiseaux. Dans sa tête, pleuvaient des images passées, son regard semblait en excursion. Alors, je crois, l'évadée rejoignait le jardinier dans le haut du haut. Elle écrivait des poèmes dans un cahier d'écolière, son écriture souple parlait d'envol. Pour les mots lourds, elle les consignait dans d'autres cahiers. Il y des années de cahiers. Elle portait la grâce naturellement, avec un brin d'entêtement excessif. Sa fine silhouette d'aile fragile tenait à la terre par des racines fermes. Sa pensée rebelle aurait pu briser le piquet et la corde. Aurait pu. Longtemps je n’ai pu ouvrir ses cahiers. C’était ma mère. Elle m’a donné la clé du simplement beau. Et le chemin d’écriture.

 

Ile Eniger

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Un chemin

Publié le par la freniere

Ce matin, la maison respire large, un air de printemps profile son museau de fraîcheur. Les mots me fuient ou le contraire. Quelle que soit la raison, quand le jardin range ses outils, il a toujours raison. Les choses de l'ordinaire ancrent l'esprit. Chercher ailleurs ce qui est là, chercher plus facile plus accommodant plus avantageux, est un espoir de sauvegarde et de propagande. Plus que quoi ? Ce que nous sommes dans la plus dérisoire de nos pensées fait et défait l'univers. Et par extension, celui d'autrui. Être doit embellir, protéger, remercier. Tout le reste est inventions d'egos et de pouvoirs. Chaque tricherie, chaque manquement, chaque arrangement, même le plus infime, amoindrit l'intégrité et ajoute à la laideur. C'est une inutile douleur. Où en étais-je ? Oui, la maison respire large et le printemps revient. Il y a dans cet état des choses simplement crédibles, un chemin de conduite et de joie.

 

Ile Eniger

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La lampe de l'ange

Publié le par la freniere

On tombe toujours de plus haut à l'intérieur. Mon père, ma mère, où êtes-vous qui m'avez faite et abandonnée sans même le savoir. Où êtes-vous si loin si près que la compréhension fissure et fond en larmes. C'est un temps périlleux de marche sans appuis, d'existence dépouillée de ce qu'elle n'a pas. La vie est une poignée d'olives sous le pressoir des jours. La mue du temps quitte sa peau au crépuscule, que suis-je dans cette grande conversion ? La lanterne brisée du monde s'agite en tous sens. Quelque chose tremble quand vivre joue avec des allumettes. Je cherche une certitude, une seule mais qui vaille. La fleur dans le jardin en friche. La lampe de l'ange sur la nuit qui se perd. Un silence d'ombre violette quand se déchirent les anciennes écritures et leurs promesses de papier. Le souffle d'un paysan penché sur sa terre. Une trace de confiance malgré les ossuaires. Quand un mouvement d'aile corne le ciel, j'aperçois la terre rousse, les vignes noires, la pelouse tatouée de pissenlits, des abeilles tournées vers le miel. Une étonnante pluie de lumière s'attarde au portant du soir, sa blondeur éparse dit quelque chose que je connais bien, mais que je traduis mal. Le soleil reviendra, il revient toujours.

 

Ile Eniger

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Québec

Publié le par la freniere

Québec, je me souviens l'été frileux, les soirs. Les volutes de foin d'odeur et de sauge. Les fantômes des ancêtres dans les flammes des feux. Les longues routes longues emmenant les pas et les pensées. Je me souviens les joies simplement joies et les pommes aux pommiers. Et tes fleurs Québec, tes fleurs sur la table, dans tes champs, les pieds dans l'eau des lacs, tes fleurs dans mes yeux. Tes berçantes grinçantes sur le fil des mémoires, la voix du loup dans la cour d'en arrière, l'ours à portée de rêve, tes nuits profondes sans questions. Je me souviens tes gens et leurs violons, et leurs accordéons, et la nostalgie de leurs harmonicas. Et puis tes mots d'anciennes résonnances, tes mains chaudes bûcheronnes, tes gestes élémentaires, ton air frais d'après pluie, ton air de rien qui disait tout. Je me souviens Québec. Et moi, enlevée, embarquée, conquise par ton pays de froid, ton pays de résistance, ton pays de lumière d'herbe. Je te parle de bien loin maintenant et je cherche des mots de souches séculaires, de racines premières, de pierres solidaires. Je remonte les accents de ma terre, j'emprunte l'absolu pour revoir ton St Laurent qui fait la mer, tes montagnes basses fardées de pastels gras, tes solides cordes de bois appuyées sur l'hiver. Je reconstruis ce temps de bonheur simple quand, sur ta galerie de planches enserrant la maison, tu me nommais si fort ! Ah Québec, ta trace rouge, indélébile sur mon âme.

 

Ile Eniger 

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Notre choix

Publié le par la freniere

Somptueuse, bordée de gel, brûlée de froid, sèche et blanche, la Ste Victoire dresse son serpent calcaire sur les terres provençales. Bornée du cuir nu des labours, un front de nuages penché sur sa nuque, elle veille. Beauté paisible, puissance sereine, elle magnifie le quotidien. Ici dans la campagne pauvre, la saison froide garde la vie dans sa parure lente. Je regarde, je reçois, je participe au miracle du vivant, et plus triste qu'un ciel qui s'ébroue, je pense aux marionnettes qui dansent sur le vide. Tant ne savent voir, respirer une rose mais s'extasient sur des diaporamas derrière des écrans. Tant s'agitent et creusent le déficit du vivre et du mourir. Tant cherchent ailleurs la clé sur leur porte. Je pense au silence de neige, à tous les silences emplis de voix aimantes et justes, les voix des origines. J'écoute ce que les oreilles n'entendent plus : le chant vivant de l'univers, son souffle haut, profond, qui lave et régénère. Ce cadeau permanent de l'instant. L'instant, seul lieu, seul état, où pensées et actions sont possibles. L'instant ou nous recevons et créons l'entièreté de nous-même et du monde, sa beauté, sa laideur, notre choix. La somme des instants trace notre place, notre participation au présent du monde, son devenir. Somptueuse, bordée de gel, brûlée de froid, sèche et blanche, la montagne existe.

 

Ile Eniger

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Trace

Publié le par la freniere

L'instant est le seul lieu, le seul état, où nous ayons une pensée et une action possibles. Ce que nous pensons et faisons en chaque instant est l'entièreté de nous-même, et ce nous-même est responsable de la beauté ou de la laideur de l'instant. La somme des instants trace ainsi notre place réelle et notre participation au présent et à la construction du monde.

 

Ile Eniger

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Cette femme

Publié le par la freniere

Pour écouter : Cette_femme.mp3

 

Quand je la croise cette femme, elle me fascine. Impossible de savoir d'où elle vient, ou elle va. Des ailes semblent la porter. On ne les voit pas mais elles sont là, dans le simple de son allure, et la bienveillance de son regard. Elle a souvent des fruits, des rires, des mots gentils, du pain, dans son panier.  Une longue robe sans bijoux. Et à sa main l'anneau brillant dont on ne sait le lien. Quand elle chante, c'est joyeux, frais comme une joue d'enfant. Elle ne dit pas son nom, ni son âge. Je crois qu'elle n'a pas de nom, ni d'âge. Sa maison semble toujours au bout du chemin, une maison claire avec des volets bleus, et un ruisseau limpide. Tout semble facile, comme une liberté que l'on ne connaît pas. Certains disent qu'elle pleure parfois, ou qu'elle a pleuré. Elle semble aimer les gens juste pour ce qu'ils sont mais elle n'est nulle part dans les rassemblements, les agitations. Elle ressemble à une pluie qui laverait les terres encombrées. Chez elle, ça sent la lavande, le lilas, le muguet, le miel, je ne sais pas vraiment dire l'odeur exacte. Quand je croise, cette femme, je pense à la bonté, la confiance, la paix de l'âme. Oui c'est ça, quand je la croise, je pense à l'âme.

 

Ile Eniger

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Sécant

Publié le par la freniere

Je le reçois sécant ce terrible étrange vide, je n'ose écrire 'néant' tant sa béance avale. Ce monde de plaisirs ineptes, de divertissements abêtissants, de tricheries organisées, de faux amis tissés d'araignées virtuelles, de rires gras ou indifférents abattant la contraignante probité. Tous ces tue la vie en fanfares, ces chaos de niaiseries conditionnant les nouveaux esclavages, ces édulcorants cachant les réflexions individuelles, étouffent les solides poignées de mains, les paroles justes, les engagements fidèles. Où est la présence indéfectible ? Dans ces Jeux du Cirque, je n'adhère pas à ceux qui disent et ne font pas. Je n'adhère pas aux jolies paroles bâillonnant la droiture, je n'adhère pas aux arrangements dans le sens du poil, je n'adhère pas aux rassemblements grégaires rassurant les consciences. Ces pantalonnades, guignolades, simulacres, poussent les marionnettes vers le gouffre virtuel comme la fête aguichait Pinocchio. Attendent-ils de devenir des ânes bâtés pour se souvenir de leur liberté d'être et de choisir ? Ces abîmes de servitudes consenties, d'incartades minimisées, débarrassées du libre-arbitre, leurrent jusqu'à l'âme vendue pour un échange sale. Tant pis si ce texte fait rire ceux qui tremblent déjà de mort intérieure et veulent à tout prix éviter de le voir. Tant pis si ce texte agace. Dans le reg brutal où se perd le sens, attentive dans l'Inconsolable, ma place étroite me tient debout malgré les cailloux blessant mes chaussures. Des larmes coincées quelque part, si je suis le pauvre de moi-même, si je marche vers un but que j'ignore, si ma confiance a peur, mon repère tient toujours, inébranlable, dans l'entière Lumière.

 

Ile Eniger

 

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Magique

Publié le par la freniere

Un salon du livre dans une galerie marchande de grande surface, quelle drôle d'idée ont dit certains ! J'aime bien les drôles d'idées ! Ici, ça fait un bruit de Noël et pour peu que l'on veuille sortir des idées pessimistes et du commerce pas toujours reluisant, et ne garder que l'image de gens tous différents avec des listes qui préparent une Fête, dans l'ensemble c'est rigolo ces mouvements d'airs. Certes, ils viennent à un alimentaire de circonstances, certes, ils ne sont pas tous agréables, certes ils sont plutôt affairés, mais certains arrêtent leurs caddies au bord des livres comme les trains au bord d'une gare avec au-dessus la grande horloge qui dit "ira, ira pas". Parfois, ils disent que c'est sympathique cet alignement d'auteurs, que ça fait du bien de les voir ici. Mon voisin de gauche, un poète rêveur à l'humour tendre, leur raconte des extravagances, et ces gens qui courent comme le Lapin d'Alice "je vais être en retard, je vais être en retard", prennent un moment, bavardent, sourient même. Plus loin, un dessinateur au bonnet rouge à pompon blanc, ajoute un dessin à sa dédicace,  à son air gentiment facétieux, une dame lui dit qu'elle le soupçonne d'être un des lutins du Père Noël. Comment ! vous ne croyez pas au Père Noël ? Bon, c'est comme vous voulez, moi, dans le brouhaha ambiant et les décorations de toutes sortes, j'embarque sur un traîneau qui traverse une poussière dorée dansante comme une neige follette, et je visite un soleil boréal. Lorsque je reviens dans la galerie marchande avec les auteurs, c'est pour dire à ma voisine de droite que j'ai un encrier magique qui écrit de mots que je ne connais pas mais qui eux semblent me connaître. Vous voyez bien qu'il y a une logique magique dans tout ça ! Non ? Alors regardez cette petite fille qui feuillette attentivement le conte de "La Princesse Pamplemousse" et qui me demande très sérieusement : "tu crois aux fées ?". Je n'hésite pas une seconde pour lui répondre : "Oui, bien sûr". D'un air entendu, elle dit : "je le savais, c'est toi la reine des fées, tu es la grand-mère de la Princesse Pamplemousse". Je suis sidérée quand elle ajoute : "Je l'ai vu dans tes yeux, ils sont de la même couleur brillante que les siens". Alors là, maintenant, vous comprenez pourquoi je crois au Père Noël ?

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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