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222 articles avec ile eniger

Ténu

Publié le par la freniere

Je vois le ciel, il est trop haut. Où ai-je posé - ou perdu - le rire, la joie, les mots riches de riens ? J'avance le long d'une barrière verte et ajourée, amie, mais une barrière quand même. D'un côté les fleurs, les pelouses tendres, un univers de bout de bras, de bout de rêve. De l'autre la rocaille, la terre empoussiérée, la peur vrillée, un comptant de broussailles à ruminer. Je suis de cet espace aléatoire. Ailleurs a beau me faire de l'œil, je sais qu'il vit sans moi. Quelques souffles de crêtes, papillons en cavale dans le pertuis des jours font parfois trouée sur la route pèlerine. Leur tendresse force une fenêtre. S'invitent sans carton, un petit air d'y croire, un frisson de peau, des images lointaines. Tout bouge en douce indifférence. Bouleversante est la trame des souvenirs. Puis les souffles repartent, contents de leur petit séjour en terre autre. Qui dirige le mouvement d'aller ici ou là ? Au trouble des yeux, restent des choses fortes, vivantes, un flottement ténu, et mes mains vidées du grand rêve. Crucifiée au quotidien, je n'ai que ce regard brouillé de basse peine, et quelques étincelles de cailloux, sous mes souliers.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Quand je dis

Publié le par la freniere

Ile-Nice-2009.jpg

 

C’est une poire d’hiver entre les terres
blanches et les oliviers. Une attardée de
sucre et d’eau, un sein offert qui fait claquer
la langue. Indécente et promise, elle attend.
Rougissante sur le tranchant de février, la
rousse égarée fracture le froid. Elle attend la
main, le compotier, la bouche. Une épingle
ambrée broche son ciel, de vieilles feuilles
suivent le même vent. Tout rêve est un
poker, pour voir. Jusqu’à la dernière carte,
que tu ne connais pas.


Il fait une heure forte et assurée. Le jour
parcourt mes plumes et le ciel me regarde.
L’espace me réconcilie qui me lèche d’un
soleil de plus. Des genoux remontés où
j’appuie mon menton, à l’heure qui est ce
qu’on en fait, j’attends un pas et des doigts
sur ma nuque. Le simple et la violence
d’être. Dans la famille quotidienne, je choisis
l’étonnant. Et le désir, sur la table de la
salle à manger.


Il est mon espagnol, mon terrain
d’aventures, mon gris de feu, ma terre de
demain. Il lève un ciel, puis deux,
puissant. Marin des équinoxes, de l’envers
des étranges souffleurs de rêves debout sur
les banquises, il est apprivoiseur d’étoiles
et traducteur de vent. L’anneau de
l’insoumise. Il est mon Espagnol.


Quand je dis, les marches rouges de la
maison rouge, toi tu penses à l’escalier,
moi je pense au rouge. Le rouge des
fronts, des fins de jour, des bilans des
galops brisés. Le rouge du rideau sur la
salle. Le rouge, gorge fragile. Le rouge
torche des forêts. Le rouge déteint des
souvenirs. Le rouge laid des vieilles, le
rouge cru des filles. Le rouge des erreurs,
de toutes les terreurs, de toutes les
douleurs. Le rouge cri, le rouge fleur, le
rouge oiseau, le rouge amant. Et le rouge
qui bat au centre. Mais quand je dis les
marches rouges de la maison rouge, je
pense aussi à l’escalier, à cause des roses,
violentes.


Quand je dis ton nom, c’est bien plus que
ton nom
Les doigts du soleil hors saison
Le lait d’une tasse bleue
La crue du coquelicot
La table de fête dressée sur le sable et des
bougies partout pour le mariage du
cerisier
Un voilier sur l’arrondi
Un chiffre pour l’horizon
J’entre et sors du monde par l’écriture
et toi.


Encore le soir était venu. Les mains sur le
piano ne disaient pas un mot. Encore le
jour quittait la plaine. Des églantines
rosissaient et l’on eut dit une prière sur le
silence reposé. La nuit portait une
mantille, au front un printemps andalou, le
noir la voulait comme une fille, un rendez-vous.
L’air secouait les chevelures, les clés
retrouvaient leur destin, on voyait des
bougies, le ciel n’y était pas pour rien. Ni
haut, ni bas, mais le discret, les sens
s’éveillant doucement, ni haut, ni bas,
mais le secret d’un tango lent, là-bas, le
mouvement.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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Prix du roman du Lions Club 2013-2014

Publié le par la freniere

La femme en vol d’Ile Eniger

 

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Publié dans Ile Eniger

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Le Raisin des ours (extrait)

Publié le par la freniere

Quelque chose qui ne fane pas, ne blesse pas, un amour d'altitude. Tout petits souffles, moindres rocailles, herbes maigres, creux de vents, traces d'insectes, je crois aux riens qui valident la vie. Seul l'amour sauve, ai-je un jour écrit désignant toutes formes, toutes choses. Accordée au vivant, malmenée par lui, la fragile condition cherche son sens dans son incomplétude. Je sais d’instinct que même l'ombre parle de lumière.

 

Ile Eniger

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Le raisin des ours

Publié le par la freniere

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Des coquelicots veillent les blés. L'été active ses cisailles. Les hommes en bras de chemise balancent les andains. Il y aura du pain. Sous l'aride du jour, la terre solide, vivante jusque dans sa soif, porte ses tonnes de semences. La table est mise.

 

Ile Eniger

 

 

Les vendredi 4, samedi 5 et dimanche 6 octobre 2013, elle dédicacera son nouveau recueil de textes poétiques : LE RAISIN DES OURS, sur le stand des Editions Chemins de Plume - Bâtiment A littérature au Festival du Livre de Mouans-Sartoux

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Le torrent

Publié le par la freniere

Bien calée au contrefort de pierre du vieux rempart, les genoux ramenés sous son menton et serrés par ses bras, elle écoute la voix du torrent. Pas l'habituel clapotis que toutes les oreilles peuvent entendre, non, sa voix. Celle appuyée sur la montagne. Chaque année, quand elle arrive ici, elle s'assoit et attentive à la cavalcade des eaux, elle remet peu à peu en place sa respiration, une remise à neuf en quelque sorte. Cette sorte de rituel, on dirait que le torrent s'en souvient qui immédiatement l'épouse comme si, depuis toujours, il attendait qu'elle arrive, qu'elle soit là, à l'endroit exact où elle est maintenant. Elle sait bien que c'est elle qui s'adapte au rythme tumultueux, elle sait bien que le torrent n'y est pour rien, et même, ultime paradoxe dans le fracas du rapide, que c'est elle qui trouve immédiatement un calme profond, comme un vêtement parfaitement ajusté à sa taille. Après, il n'y a plus de mots, elle devient l'eau et la montagne. Surtout elle touche au bien-être. Dans l'immobilité joyeusement vivante, elle participe du mouvement. Tout respire large, plus large lui semble-t-il. Et, invariablement, elle pense à la liberté.

 

Ile Eniger

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Loin du bruit

Publié le par la freniere

On entend au loin des claquements, on tire sur quelque chose, un objet, un animal, un homme. Au nombril des haines, certains s'amusent de la mort. Il faudrait décrasser la folie humaine. Avec quelques mots loin du bruit, il faudrait entrer dans le lieu secret de la voix menue éloignant les mutismes, les caquetages. Il faudrait traverser la forêt singulière, sa part d'ange sur les épaules, et la main écrivant ce qu'elle ne sait pas. Une étincelle de bougie blanche, un torrent qui trace et signe, l'amour aux marges des cavalcades quotidiennes, voilà qui  s'accorderait la main de la maison dans les airs. Un imperceptible murmure échapperait à la réflexion pour brandir le cobalt du ciel au-dessus des oiseaux. Les mots secoueraient des léthargies entées aux gestes coutumiers. Un chant s'évaderait des prérogatives. La vie porterait jusqu'à deux ou trois pépites de soleil et le miracle d'un carré d'herbe défiant les fournaises. La brûlure alors quitterait ses ailes rouges et pourrait entrer dans la joie.

 

Ile Eniger

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Un choix

Publié le par la freniere

Ma main, tu balbuties, attends. La crainte, la lassitude sont mauvaises conseillères. Pas un jardin ne résiste à leurs hésitations. De l'extérieur, aucun secours ne viendra. Ecris de ce que tu choisis,  écris du lieu d'instants chevillés à la certitude d'un amour intégral que les mots ne peuvent donner à voir. Mais qu'ils savent. Ta seule façon de vivre est là, entière sans compromis ni arrangements. Dans cet intervalle, main posée sur la vitre d'un papier. Dire doit venir d'être. L'accomplissement est un choix indépendant des périphéries, un choix résistant, un choix à toute fin d'illuminer, non par savoir, mais par état inaltérable. Dans les choses habituelles et plates, la facilité n'est pas un rayon, c'est une impasse. Respire ma main, l'absence révèle ce qui existe, qu'irais-tu demander de plus que cette force, cette absolue présence, même touchée de loin ?

 

Ile Eniger

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Dans la vallée du Jabron

Publié le par la freniere

 

La fenêtre de l'hôtel s'ouvre sur un déluge de roses et d'oiseaux. Dans l'alpage proche, un galop de chevaux bruns emporte l'âme. En carrés de parfums, des lavandes hérissées ont l'œil vertigineux du mauve qui s'ignore. Sur le dos des talus, les genêts distillent leur alcool jaune. Un ru avance pauvrement. Au loin, on entend le grondement sourd d'un orage sans eau. Aucun pas d'homme. Des images, des odeurs, tranchent une terre occupée à survivre. Sur les mallons rouges de la maison, le soleil allume des transparences. Ici, dans la vallée du Jabron, comme ailleurs, il convient de faire lever les heures.

 

Ile Eniger

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C'est une maison

Publié le par la freniere

A huit ans j'ai ouvert mes mains pour laisser partir ma mère. Sa route et pas la mienne. A trente quatre ans j'ai ouvert mon cœur pour laisser s'en aller l'homme. Son existence et pas la mienne. A l'âge du jour, je dois ouvrir ma vie pour laisser bifurquer l'osmose. Sa direction et pas la mienne. C'est une maison de portes ouvertes fermées. Une petite fille perdue en couloir d'hôpital. Une jeune femme devant l'aimant qui s'éloigne. Une vieille femme accueillant l'inéluctable de la lucidité. Ces fatigues posées doucement quand les forces trahissent. Quand le cri ne sert plus. Tu aurais préféré qu'aimer soit un pays solitaire à deux. Mais toujours le vent tourne. Ce printemps de girouettes donne des migraines. Le corps du poème brame comme un vieux cerf dans la forêt muette. Tu le sais maintenant, tu marches du côté inconnu, sans cailloux blancs ni espoirs de retours. Il te reste le présent à pétrir pas à pas, et la petite lampe allumée de l'intérieur. Mais c'est plus fort que toi, au plus seule de la traversée, tu sais que la joie c'est toujours ici et maintenant.

 

Ile Eniger

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