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217 articles avec ile eniger

Le torrent

Publié le par la freniere

Bien calée au contrefort de pierre du vieux rempart, les genoux ramenés sous son menton et serrés par ses bras, elle écoute la voix du torrent. Pas l'habituel clapotis que toutes les oreilles peuvent entendre, non, sa voix. Celle appuyée sur la montagne. Chaque année, quand elle arrive ici, elle s'assoit et attentive à la cavalcade des eaux, elle remet peu à peu en place sa respiration, une remise à neuf en quelque sorte. Cette sorte de rituel, on dirait que le torrent s'en souvient qui immédiatement l'épouse comme si, depuis toujours, il attendait qu'elle arrive, qu'elle soit là, à l'endroit exact où elle est maintenant. Elle sait bien que c'est elle qui s'adapte au rythme tumultueux, elle sait bien que le torrent n'y est pour rien, et même, ultime paradoxe dans le fracas du rapide, que c'est elle qui trouve immédiatement un calme profond, comme un vêtement parfaitement ajusté à sa taille. Après, il n'y a plus de mots, elle devient l'eau et la montagne. Surtout elle touche au bien-être. Dans l'immobilité joyeusement vivante, elle participe du mouvement. Tout respire large, plus large lui semble-t-il. Et, invariablement, elle pense à la liberté.

 

Ile Eniger

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Loin du bruit

Publié le par la freniere

On entend au loin des claquements, on tire sur quelque chose, un objet, un animal, un homme. Au nombril des haines, certains s'amusent de la mort. Il faudrait décrasser la folie humaine. Avec quelques mots loin du bruit, il faudrait entrer dans le lieu secret de la voix menue éloignant les mutismes, les caquetages. Il faudrait traverser la forêt singulière, sa part d'ange sur les épaules, et la main écrivant ce qu'elle ne sait pas. Une étincelle de bougie blanche, un torrent qui trace et signe, l'amour aux marges des cavalcades quotidiennes, voilà qui  s'accorderait la main de la maison dans les airs. Un imperceptible murmure échapperait à la réflexion pour brandir le cobalt du ciel au-dessus des oiseaux. Les mots secoueraient des léthargies entées aux gestes coutumiers. Un chant s'évaderait des prérogatives. La vie porterait jusqu'à deux ou trois pépites de soleil et le miracle d'un carré d'herbe défiant les fournaises. La brûlure alors quitterait ses ailes rouges et pourrait entrer dans la joie.

 

Ile Eniger

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Un choix

Publié le par la freniere

Ma main, tu balbuties, attends. La crainte, la lassitude sont mauvaises conseillères. Pas un jardin ne résiste à leurs hésitations. De l'extérieur, aucun secours ne viendra. Ecris de ce que tu choisis,  écris du lieu d'instants chevillés à la certitude d'un amour intégral que les mots ne peuvent donner à voir. Mais qu'ils savent. Ta seule façon de vivre est là, entière sans compromis ni arrangements. Dans cet intervalle, main posée sur la vitre d'un papier. Dire doit venir d'être. L'accomplissement est un choix indépendant des périphéries, un choix résistant, un choix à toute fin d'illuminer, non par savoir, mais par état inaltérable. Dans les choses habituelles et plates, la facilité n'est pas un rayon, c'est une impasse. Respire ma main, l'absence révèle ce qui existe, qu'irais-tu demander de plus que cette force, cette absolue présence, même touchée de loin ?

 

Ile Eniger

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Dans la vallée du Jabron

Publié le par la freniere

 

La fenêtre de l'hôtel s'ouvre sur un déluge de roses et d'oiseaux. Dans l'alpage proche, un galop de chevaux bruns emporte l'âme. En carrés de parfums, des lavandes hérissées ont l'œil vertigineux du mauve qui s'ignore. Sur le dos des talus, les genêts distillent leur alcool jaune. Un ru avance pauvrement. Au loin, on entend le grondement sourd d'un orage sans eau. Aucun pas d'homme. Des images, des odeurs, tranchent une terre occupée à survivre. Sur les mallons rouges de la maison, le soleil allume des transparences. Ici, dans la vallée du Jabron, comme ailleurs, il convient de faire lever les heures.

 

Ile Eniger

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C'est une maison

Publié le par la freniere

A huit ans j'ai ouvert mes mains pour laisser partir ma mère. Sa route et pas la mienne. A trente quatre ans j'ai ouvert mon cœur pour laisser s'en aller l'homme. Son existence et pas la mienne. A l'âge du jour, je dois ouvrir ma vie pour laisser bifurquer l'osmose. Sa direction et pas la mienne. C'est une maison de portes ouvertes fermées. Une petite fille perdue en couloir d'hôpital. Une jeune femme devant l'aimant qui s'éloigne. Une vieille femme accueillant l'inéluctable de la lucidité. Ces fatigues posées doucement quand les forces trahissent. Quand le cri ne sert plus. Tu aurais préféré qu'aimer soit un pays solitaire à deux. Mais toujours le vent tourne. Ce printemps de girouettes donne des migraines. Le corps du poème brame comme un vieux cerf dans la forêt muette. Tu le sais maintenant, tu marches du côté inconnu, sans cailloux blancs ni espoirs de retours. Il te reste le présent à pétrir pas à pas, et la petite lampe allumée de l'intérieur. Mais c'est plus fort que toi, au plus seule de la traversée, tu sais que la joie c'est toujours ici et maintenant.

 

Ile Eniger

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La Fête des Mères

Publié le par la freniere

Aujourd'hui, c'est la Fête des Mères. C'est écrit sur le calendrier. Le téléphone a sonné. Nos rires complices, elle la grande enfant, moi la vieille mère. La joie d'ici et maintenant, donnée, reçue. Un présent à manger comme moineaux au cerisier. Cette grâce. Aujourd'hui, c'est la Fête des Mères. C'est écrit sur le calendrier. La vie s'étire. Ma mère est loin. Elle ne regarde plus les canards sur la Sorgue ni les fleurs au jardin. Elle ne chante plus. Ma mère est en ailleurs, muet comme ses mains. Au village d'ici, le clocher sonne 6h de ce soir. Et c'est celui d'enfance que j'entends d'une fenêtre aux volets verts ouverte sur la place. J'y ajoute la robe claire de ma mère, ses heures gaies, sa table mise quand midi réclamait, sa maison pimpante, fredonnante, toute une volée d'oiseaux becquetant des fruits, une petite fille courant dans les graviers un cadeau à la main, une femme qui rit en lui disant merci. J'y ajoute l'insouciance. Ce que je n'ai pas su, pas vu, pas dit. Et puis, je ferme la fenêtre. Se ferment le temps et les images. Le clocher ici a fini de sonner, il en reste un écho dans l'air ensoleillé. Et cette clé au cœur.

 

Ile Eniger

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Fraternité

Publié le par la freniere

Des gens marchent sans savoir où ils vont, sans savoir d'où ils viennent. Sans savoir. Leur pugnacité ouvre parfois les poings en mains, les yeux en regards, les avoirs en partages. Ils déboutent les esclavages, cherchent l'autre façon de vivre. Surtout laisser l'explication, l'analyse, aimer suffira. Il peut s'agir de retrouvailles autres, une respiration calme dans l'agitation des étouffements organisés. Quelque chose de déroutant, d'accompagnant. Etrange sensation d'un bout à bout de volontés modifiant l'Histoire. Fraternité : Lien existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine – Dictionnaire Le Petit Robert. On participe ou pas. La juste place ne cherche ni ne prend. Elle est, dans l'absolument vivant.

 

Ile Eniger

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Vivre l'instant

Publié le par la freniere

"LA FEMME EN VOL " roman de Ile Eniger

 

Ou vivre l'instant

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Notre époque est celle de l'explosion mondiale des échanges commerciaux, celle de l'imposition des normes, de la disparition progressive des différences qui sont les véritables richesses de la planète, celles de l'élimination des artisans, de la petite boutique, de l'exploitation familiale agricole. C'est le sacre de la finance aveugle et carnivore, jamais rassasiée. Pour survivre dans ce monde, il faut être rentable et revêtir la livrée de l'acceptation : se taire et servir. Réduit au silence, "l'homme produit" "l'homme objet", "l'homme jetable" est condamné à une existence entre les quatre murs invisibles de l’Avoir. Ceux qu’on nomme grands (Boris Vian) fixent les objectifs, décident des cours, affament les uns et enrichissent les autres. L’homme n’existe presque plus, il est esclave, pion, marionnette, dans une société manipulée par les champions de l’image qui ordonnent, dirigent et surtout, virtualisent le quotidien. L’illusion et le mensonge sont au pouvoir comme la noblesse et le clergé autour du roi avant la révolution française de 1789. Sur sept milliards d’individus, combien contestent ouvertement cette forme cruelle d’existence ? La race humaine, dans sa grande majorité, cède à la facilité et au conformisme qui commence avec la crèche et s’achève avec la mort. Tout est prévu au millimètre, il suffit de renoncer à ses rêves, à ses aspirations, à tout ce qui bouge au fond de soi, à tout ce qui rend vivant, et signer le pacte avec Méphisto comme on signe un crédit avec le banquier.

 

Ne déprimons pas face à ce terrible constat, car je vous rassure, il existe des êtres dont on se garde bien de parler, des êtres qui refusent la chaîne, la niche et la soupe, pour vivre la liberté, leur liberté.

 

"LA FEMME EN VOL" est un bel exemple de résistance. Avec ce roman, paru aux Editions Parole dans la collection 'main de femme', Ile ENIGER ouvre toute grande la maison d’une vie, celle de son héroïne. Cette jeune femme amoureuse d’un artiste, prend à bras le corps son existence, n’hésitant pas à mettre en déroute les habitudes, les conventions, à s’affranchir des autoroutes à péages et de tous les gadgets qui sont autant de boulets au cou de l’homme battu et content.

 

Fane la vagabonde incarne le refus des emplois du temps imposés. La jeune femme ne cède jamais au désir confortable et suicidaire d’être une 'petite victime' satisfaite d’une destinée insipide et sans relief, c’est à dire sans bonheur.

 

Evidemment, dessiner son propre chemin et décider du rythme de sa marche comporte les mêmes dangers que la chèvre de Monsieur Seguin échappée de l’enclos. Mais être libre, ne fut-ce que quelques heures et agir selon son cœur semble un désir parfaitement légitime et le monde renouerait avec la joie s’il pouvait, pardon 's’il osait', agir comme cette "femme en vol".

 

Fane a grandi dans un espace où les seules limites étaient l’infini du ciel et la courbure de la terre qui n’atteint jamais le fil de l’horizon. Quand on a, depuis son plus jeune âge, chevauché pieds nus le chapelet des jours, il est bien difficile et douloureux d’enfiler des chaussures lacées.

 

Sans ces êtres qui refusent le troupeau, l’histoire de l’humanité ne serait qu’un long fleuve monotone, sans intérêt. Une descente morne et aseptisée dans la couche du renoncement. Qu’une Fane apparaisse et tout se métamorphose. Bien entendu, elle est critiquée, combattue, mais elle tient bon. Elle ne souhaite qu’une chose, une seule : vivre sa vie, la vivre pleinement, comme on croque à pleine bouche, à pleines dents, un fruit juteux caressé par la lumière à son zénith.

 

Elle veut disposer du premier au dernier jour de son existence pour aimer totalement, aimer jusque dans la gueule de la mort. Elle aimera, non comme un défi, mais bien comme une femme libre, libre réellement. Cette attitude que la plupart qualifierait de 'pittoresque' est loin d’être sans danger. Notre héroïne le sait, et elle affronte chaque épreuve avec cette fierté, parfois cet entêtement, qui forge les âmes avec l’acier glacial et bleuté de la solitude.

 

Qu’importe, Fane sent son cœur battre malgré le regard méprisant de toutes celles et ceux qui aimeraient agir comme elle. Oui, mais pour agir de la sorte, il faut une dose inépuisable de courage. Il faut du courage pour vivre ce que murmure sa petite voix intérieure. Il faut du courage pour remonter le courant absurde et mortifère qui entraîne tous les peuples de la terre jusqu’à la chute. Il faut du courage pour écrire et se mettre à nu devant la foule anonyme des lecteurs.

 

Ce roman raconte l’histoire de ce courage silencieux et tenace, de cette bataille quotidienne sourde, invisible, inconnue, avec des mots qui chantent et dansent comme le ruisseau au milieu des cailloux. Ces mots sont une nourriture, celle de l’espérance. Cette prose, souvent poétique, nous permet d’entrer dans l’intimité de l’héroïne qui se révèle tour à tour, sensible, surprenante et particulièrement attachante.

Ile Eniger rejoint, par cette œuvre, les voix de George Sand et de Colette, qui furent, chacune à leur époque, toujours au diapason de leurs idéaux.

 

Comme moi, vous aimerez la fraîcheur de cette aventure devenue si rare chez nos contemporains. Cet ouvrage est l’exemple d’une vie ordinaire qui, au fil des chapitres, change de visage pour devenir, peu à peu, une destinée hors du commun, loin des ornières de l’hypocrisie où l’argent et le pouvoir sont les deux mirages criminels qui régissent nos sociétés modernes !

 

Comme moi, vous succomberez au charme de cette jeune héroïne, Fane la rebelle.

 

Vous l’aimerez pour ses attitudes, ses prises de positions, ses colères, mais également pour sa douceur, ses doutes et sa fragilité.

 

Vous l’aimerez parce qu’elle est totalement humaine, pure, généreuse et vraie.

 

Vous aimerez Fane, celle qui ne renonce pas, et votre regard sur la vie en sera changé à jamais : vous aurez découvert "LA FEMME EN VOL " d’Ile ENIGER.

 

Victor Varjac

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Sauf, peut-être

Publié le par la freniere

Elle vacille quelquefois sur ses chevilles, un rien de frémissement qui frôle une lassitude inavouée et des questions en équilibre. Puis elle reprend son pas qui doit savoir où il va. Elle dit que la vie donne à tous mais que certains prennent plus que leur part, ça la rend triste. Elle voudrait faire de la soupe et du pain pour les ventres, tous. Et aussi pour les cœurs, tous. Elle ne croit pas aux groupes, aux collectivités, elle dit qu'ils mangent trop souvent les identités. Elle croit aux individus un à un, au regard à poser sur chacun, au sentiment à développer pour chacun, sans se renier. Parfois, quand la couverture se déchire, elle sait les grelots du froid, les crocs de la peur, les tremblements du vide. On ne peut tenir dans ses mains les quatre coins du monde sans ressentir ses vibrations. Elle n'a plus grand chose à dire, à part ce cri si haut perché que personne n'entend sauf peut-être les oiseaux, les chats, les arbres, et tout ce qui n'a pas parole d'homme. Quand aux moments paisibles elle s'arrête devant la porte ouverte de la nature, elle pense que la mort pourrait la cueillir ainsi, tranquillement confiante, un livre ou un cahier ouvert sur ses genoux.

 

Ile Eniger - Le monastère de l'instant (à paraître)

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Une qui ose

Publié le par la freniere

C'est toujours une grande tristesse pour moi de constater l'engouement pour les réseaux dits 'sociaux' qui font le plein de prétendus 'amis'. Il faut vraiment que la planète soit malade pour vivre ainsi sous perfusion d'ersatz ! Même certains, en apparence bien plantés dans les baskets de leur vie, semblent adeptes de ces liens inexistants comme s'ils avaient peur de louper quelque chose s'ils n'y participaient pas ! – alors que la seule chose, essentielle celle-là qu'ils loupent ou mettent sous boisseau, c'est le rendez-vous responsable avec eux-mêmes ! Basculer dans une frénésie relationnelle virtuelle, ses néants colorisés , ses encore et encore, ses courses aux amitiés rassurantes orchestrées, voisines de celles de la consommation, du fric et de toutes ces choses inutiles, est un paradis artificiel, une secte mentale, où pataugent ensemble des baleines consentantes échouées. Ainsi entouré de pseudo copains, sur une toile d'araignée bien organisée, peuvent s'oublier tranquillement et à plusieurs, les possibilités d'actions réelles près de chez soi et en soi ! C'est ainsi qu'on voit des gens s'agiter ensemble sur maints réseaux, débattre de ceci ou de cela, et se désintéresser complètement de la solitude, des difficultés, des douleurs, de leurs voisins directs. Mélasse d'un cinéma dangereux, l'amitié virtuelle vire à la drogue chez des gens assujettis à une inexistence qui n'a d'égal que le désintérêt d'autrui dans sa proximité. A quand le monde définitivement en boîte, en images, en pastilles, le cœur, l'âme et les émotions parfaitement décérébrés ? La respiration sous respirateur est en route, l'obésité des faux amis tue l'intérêt réel pour autrui au profit d'un mensonge magistralement distillé par écran interposé qui, sous couvert d'humanité, développe une société d'irresponsables malléables.

 

Ile Eniger

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