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226 articles avec ile eniger

Je vois la vie partout

Publié le par la freniere

Je vois la vie partout

Au périple des feuilles arrachées

Aux lampes des gros soirs d’hiver

Au bric à brac des vieilles remises

À l’immobilité de ce qui ne sert plus

Dans ce qui ne dit plus

Je vois la vie partout

Aux cadences martelées des villes

Aux silences lancinants des campagnes

Aux cris des plaies

À la solitude des pleurs

Dans l’air des comptines

Je vois la vie partout

Aux voyages des regards

Aux confiances des bêtes

Aux odeurs de fleurs allumant la table

À l’horloge des rides

Dans la nature offerte

Je vois la vie partout

Aux feux des vieilles racines

Aux forêts humides de recommencements

Aux paroles sans ramage ni séduction

À l’amble de l’amour

Dans la présence désencombrée

Je vois la vie partout

 

Ile Eniger

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Poésie ?

Publié le par la freniere

Les animaux, les plantes, les roches, sont finalement de fabuleux poètes parce qu'ils sont de fabuleux vivants. La poésie est un état plénier, hors beauté, hors sentiment, hors translation. Le seul apanage de l'écrivant est le coup de projecteur personnel porté sur cet état qui le précède et le suivra. Tout existe et prend ampleur par nos filtres. Dans cette re-création permanente par le regard et le geste, l'éclairage révèle la liberté d'interprétation. La poésie n'existe pas à prendre à la louche, la petite cuillère, ou avec de grands mots. Elle n'existe pas plus que le temps, l'éternité ou tous les absolus. Ce qui existe c'est la façon de vivre dans le décor à traverser, à désigner, et à ensemencer par telle ou telle mise en exergue. Nous sommes ce que nous choisissons de percevoir. Le regard, la pensée, l'action, exercent l'être et la maison que nous y construisons. Cet être désigne, détermine, modèle, ce qui est. On ne dégage de la vie que ce l'on y voit. Dans cette roue pérenne de changement perpétuel, chaque instant partage un univers qui existe sans nous mais que nous donnons à voir à la manière de Michel Ange : "J'ai vu un ange dans le marbre et j'ai seulement ciselé jusqu'à l'en libérer".

 

Ile Eniger

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Poètes & co

Publié le par la freniere

Présentation d'une oeuvre

 

ile.jpgLes Rencontres de Poètes & Co.

proposent

samedi 30 novembre 2013, de 15h à 18h

Auberge de Jeunesse "Hôtel des Camélias", rue Spitalieri, 06 Nice 

 Présentation de l'oeuvre de la romancière-poète

ILE ENIGER

(Lectures de textes et débat)

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Celui

Publié le par la freniere

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Au fond du jardin, vous avez choisi un endroit herbu et calme entre les oliviers, face à la vallée, un lieu ou la lumière descend et demeure. Là, vous avez creusé un trou assez grand pour la poser dans le linge doux qui l'enveloppe. Des images que vous croyiez oubliées voltigent dans l'air doré comme le poil fauve de la petite bête. Treize ans de compagnonnage font halte ici, un jour d'automne clair, au milieu des chants d'oiseaux et des cascades de sauterelles. Quelque chose d'une belle vieille entente quitte sa peau et entre en souvenance. Jetant de la terre sur le petit corps raide, vous pensez à la superbe boule de poils qui coursait d'une souplesse fulgurante les autres matous hors de son territoire. Vous pensez à la présence, la proximité qui change de forme. Vous pensez ensemble mais vous ne parlez pas. L'ordre des choses se passe de mots. Simplement, quand la terre et l'herbe ont repris leur place, que le trou n'existe plus que dans la tristesse du cœur, lui range la bêche et la pelle et toi tu dis : ce n'était pas n'importe quel chat, c'était celui que nous aimions.

 

Ile Eniger

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Ténu

Publié le par la freniere

Je vois le ciel, il est trop haut. Où ai-je posé - ou perdu - le rire, la joie, les mots riches de riens ? J'avance le long d'une barrière verte et ajourée, amie, mais une barrière quand même. D'un côté les fleurs, les pelouses tendres, un univers de bout de bras, de bout de rêve. De l'autre la rocaille, la terre empoussiérée, la peur vrillée, un comptant de broussailles à ruminer. Je suis de cet espace aléatoire. Ailleurs a beau me faire de l'œil, je sais qu'il vit sans moi. Quelques souffles de crêtes, papillons en cavale dans le pertuis des jours font parfois trouée sur la route pèlerine. Leur tendresse force une fenêtre. S'invitent sans carton, un petit air d'y croire, un frisson de peau, des images lointaines. Tout bouge en douce indifférence. Bouleversante est la trame des souvenirs. Puis les souffles repartent, contents de leur petit séjour en terre autre. Qui dirige le mouvement d'aller ici ou là ? Au trouble des yeux, restent des choses fortes, vivantes, un flottement ténu, et mes mains vidées du grand rêve. Crucifiée au quotidien, je n'ai que ce regard brouillé de basse peine, et quelques étincelles de cailloux, sous mes souliers.

 

Ile Eniger

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Quand je dis

Publié le par la freniere

Ile-Nice-2009.jpg

 

C’est une poire d’hiver entre les terres
blanches et les oliviers. Une attardée de
sucre et d’eau, un sein offert qui fait claquer
la langue. Indécente et promise, elle attend.
Rougissante sur le tranchant de février, la
rousse égarée fracture le froid. Elle attend la
main, le compotier, la bouche. Une épingle
ambrée broche son ciel, de vieilles feuilles
suivent le même vent. Tout rêve est un
poker, pour voir. Jusqu’à la dernière carte,
que tu ne connais pas.


Il fait une heure forte et assurée. Le jour
parcourt mes plumes et le ciel me regarde.
L’espace me réconcilie qui me lèche d’un
soleil de plus. Des genoux remontés où
j’appuie mon menton, à l’heure qui est ce
qu’on en fait, j’attends un pas et des doigts
sur ma nuque. Le simple et la violence
d’être. Dans la famille quotidienne, je choisis
l’étonnant. Et le désir, sur la table de la
salle à manger.


Il est mon espagnol, mon terrain
d’aventures, mon gris de feu, ma terre de
demain. Il lève un ciel, puis deux,
puissant. Marin des équinoxes, de l’envers
des étranges souffleurs de rêves debout sur
les banquises, il est apprivoiseur d’étoiles
et traducteur de vent. L’anneau de
l’insoumise. Il est mon Espagnol.


Quand je dis, les marches rouges de la
maison rouge, toi tu penses à l’escalier,
moi je pense au rouge. Le rouge des
fronts, des fins de jour, des bilans des
galops brisés. Le rouge du rideau sur la
salle. Le rouge, gorge fragile. Le rouge
torche des forêts. Le rouge déteint des
souvenirs. Le rouge laid des vieilles, le
rouge cru des filles. Le rouge des erreurs,
de toutes les terreurs, de toutes les
douleurs. Le rouge cri, le rouge fleur, le
rouge oiseau, le rouge amant. Et le rouge
qui bat au centre. Mais quand je dis les
marches rouges de la maison rouge, je
pense aussi à l’escalier, à cause des roses,
violentes.


Quand je dis ton nom, c’est bien plus que
ton nom
Les doigts du soleil hors saison
Le lait d’une tasse bleue
La crue du coquelicot
La table de fête dressée sur le sable et des
bougies partout pour le mariage du
cerisier
Un voilier sur l’arrondi
Un chiffre pour l’horizon
J’entre et sors du monde par l’écriture
et toi.


Encore le soir était venu. Les mains sur le
piano ne disaient pas un mot. Encore le
jour quittait la plaine. Des églantines
rosissaient et l’on eut dit une prière sur le
silence reposé. La nuit portait une
mantille, au front un printemps andalou, le
noir la voulait comme une fille, un rendez-vous.
L’air secouait les chevelures, les clés
retrouvaient leur destin, on voyait des
bougies, le ciel n’y était pas pour rien. Ni
haut, ni bas, mais le discret, les sens
s’éveillant doucement, ni haut, ni bas,
mais le secret d’un tango lent, là-bas, le
mouvement.

 

Ile Eniger

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Prix du roman du Lions Club 2013-2014

Publié le par la freniere

La femme en vol d’Ile Eniger

 

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Le Raisin des ours (extrait)

Publié le par la freniere

Quelque chose qui ne fane pas, ne blesse pas, un amour d'altitude. Tout petits souffles, moindres rocailles, herbes maigres, creux de vents, traces d'insectes, je crois aux riens qui valident la vie. Seul l'amour sauve, ai-je un jour écrit désignant toutes formes, toutes choses. Accordée au vivant, malmenée par lui, la fragile condition cherche son sens dans son incomplétude. Je sais d’instinct que même l'ombre parle de lumière.

 

Ile Eniger

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Le raisin des ours

Publié le par la freniere

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Des coquelicots veillent les blés. L'été active ses cisailles. Les hommes en bras de chemise balancent les andains. Il y aura du pain. Sous l'aride du jour, la terre solide, vivante jusque dans sa soif, porte ses tonnes de semences. La table est mise.

 

Ile Eniger

 

 

Les vendredi 4, samedi 5 et dimanche 6 octobre 2013, elle dédicacera son nouveau recueil de textes poétiques : LE RAISIN DES OURS, sur le stand des Editions Chemins de Plume - Bâtiment A littérature au Festival du Livre de Mouans-Sartoux

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Le torrent

Publié le par la freniere

Bien calée au contrefort de pierre du vieux rempart, les genoux ramenés sous son menton et serrés par ses bras, elle écoute la voix du torrent. Pas l'habituel clapotis que toutes les oreilles peuvent entendre, non, sa voix. Celle appuyée sur la montagne. Chaque année, quand elle arrive ici, elle s'assoit et attentive à la cavalcade des eaux, elle remet peu à peu en place sa respiration, une remise à neuf en quelque sorte. Cette sorte de rituel, on dirait que le torrent s'en souvient qui immédiatement l'épouse comme si, depuis toujours, il attendait qu'elle arrive, qu'elle soit là, à l'endroit exact où elle est maintenant. Elle sait bien que c'est elle qui s'adapte au rythme tumultueux, elle sait bien que le torrent n'y est pour rien, et même, ultime paradoxe dans le fracas du rapide, que c'est elle qui trouve immédiatement un calme profond, comme un vêtement parfaitement ajusté à sa taille. Après, il n'y a plus de mots, elle devient l'eau et la montagne. Surtout elle touche au bien-être. Dans l'immobilité joyeusement vivante, elle participe du mouvement. Tout respire large, plus large lui semble-t-il. Et, invariablement, elle pense à la liberté.

 

Ile Eniger

Publié dans Ile Eniger

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