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653 articles avec ils ont dit

Ils ont dit

Publié le par la freniere

Certains artistes vivent une rage ponctuelle – celle de leur jeune âge- rencontrer l’esprit d’une époque. Ce qui les propulsa vers la gloire, ils surent le gérer jusqu’à devenir des caricatures, malgré de brefs retours de génie. Ils surent faire illusion, longuement parfois. En les couvrant d’or et d’images, le système les enferme dans des cages d’apparente rébellion. S’ils n’ont pas la lucidité d’y résister, ils sont là, hommes-rêves, comme les tigres et les lions dans les zoos représentent leur espèce. Ils deviennent acteurs de leur propre rôle : celui de la liberté simulée, de la vision réglementée, de la folie en conserve.
 

 

D’autres portent une blessure si profonde que les marées de l’argent et de la gloire n’exercent guère sur eux leur érosion. Ils sont les chambres d’écho d’un seul désir dont ils sont à la fois maîtres et victimes. S’ils changent, c’est pour affiner, radicaliser, frapper d’autres approches de leur histoire d’amour avec la déraison. Ce sont des voltigeurs incapables de crimes contre l’essentiel auquel ils sacrifieraient l’anecdote de leur vie. Épuisés, étourdis d’anesthésie, de cahots et d’oubli, ils arrivent malgré tout à essorer du réel sa poésie. Ils y trouvent le poison et l’antidote, situent leur travail dans le côtoiement de la catastrophe. Ils sont les purs-sangs de l’intuition. Des phrases ténues les survolent que leur souci est de capter avant qu’elles ne s’évaporent. Ils vivent de turbulences rouges comme celles qui viennent aux érables au début de l’automne, de giclées brèves comme des brumes de rivières. Ils courent vite, mais peu longtemps, restant presque toujours –désorganisés, visages blancs- au bord des pistes. Mais, lorsqu’ils se ressaisissent, ils sont capables de surgies vers l’inouï.

 

Alexis Gloaguen

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Publié le par la freniere

Si notre cœur était assez large
pour aimer la vie dans son détail
nous verrions que tous les instants
sont à la fois donateurs et spoliateurs
et qu'une nouveauté jeune ou tragique
toujours soudaine
ne cesse d'illustrer
la discontinuité essentielle du temps

 

Gaston Bachelard

 

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Publié le par la freniere

Je me souviens de ce temps, enfant, quand les mots manquaient aux choses, lorsque les bruissements de syllabes n'avaient pas encore fait pour moi leur travail de recouvrement, n'avaient pas encore su nommer ce qui au fond, dans l'abîme intérieur, essayait de briller ... Le point zéro de l'illumination fut une nuit du mois d'août, sur une minuscule route de la Montagne Noire. Nous étions une vingtaine d'enfants et trois moniteurs que la Voie lactée guidait vers ce théâtre du ciel où le soleil allait se donner en spectacle ...

 

Comment dire l'ambiguïté de ce bonheur innommable? Ce creusement vertigineux que la nuit, les odeurs de pignes et de fougères installèrent en moi comme un double insaisissable avec lequel - je le pressentais déjà - j'allais devoir dialoguer et composer. Mais composer quoi et comment? Je découvris, cette nuit-là, la partie occulte de l'ivresse que procure l'expérience du réel absolu: la grande solitude, ce désert où manque le poème qui seul peut approcher l'indicible et, parfois, le faire partager. J'étais heureux, mais triste de tant de bonheur solitaire; et ce vide qui était aussi un trop-plein me nouait la gorge et m'étouffait. Je voulais offrir, mais j'ignorais le geste de donner.

 

Jean-Luc Aribaud

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Publié le par la freniere

Certes, quand on voit une assemblée de poètes, c’est toujours un mauvais moment à passer. On peut évidemment vénérer le miracle, le détour par lequel tant de rabougris, de prognathes, d’égoïstes, de barbus, de podagres, de rentiers, d’asthmatiques, de pédérastes, de bigles et de menteurs sont tout cela et poètes, sans parler de cette sous-classe bilieuse, rancuneuse, vert-de-grisée, pingre et médisante où se recrute le poète catholique. Et c’est un grand poète. Et le bedonnant nous parle d’amour comme personne. Et le mondain jaunâtre, grinçant et monoclé, nous parle de la solitude. Et le millionnaire nous parle du dénuement. Et le partisan, de la liberté. Et la vieille tante, de la pureté. Et ils n’inventent pas, ils sont véridiques, on ne peut pas leur en vouloir. Seulement, comme leur vue risque de causer des dommages irréparables à l’image qu’on s’est faite de leur personne, comme on n’a pas tous les jours un Lorca qui ressemble à ce qu’il écrit, comme on risque à chaque instant de tomber sur l’affreuse photo d’Apollinaire en tourlourou 1900, ou d’apercevoir dans le métro les bajoues et les mamelles de la grande lyrique dont vous rêviez, un remède s’impose : cachez donc les poètes !

 

Oui, je rêve d’un anonymat complet de la poésie, aussi inavouable que l’appartenance aux services secrets, aussi dangereuse, aussi numérotée. (« Avez-vous la dernière plaquette du 1173 ? – Non, il ne donne plus signe de vie. Par contre, le 1414 s’affirme comme un de nos meilleurs agents. Lisez-le donc. – Et le 7521 ? – Il est brûlé. »

 

Chris Marker

 

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Publié le par la freniere

Je dis rose, mais ce pourrait être vent, sable, boue, bœuf­carottes, violoncelle, bruit de porte ou claquement de semelles de bois sur un carrelage ... le déclic est le même. C'est pour cette raison qu'il n'y a pas de différence profonde entre la vue de la glycine en fleurs et celle d'un bus calciné par un attentat, entre une décapitation et marcher dans du gravier blanc ... Cela peut sembler étrange, mais le processus d'écriture me paraît strictement le même, sinon le fait qu'il naisse d'émotions contraires: plaisir ou horreur. Il n'y a donc pas de sensations qui seraient poétiquement dignes, et d'autres non. Chaque poète a sa mémoire propre, avec des secteurs propices à la parole, et d'autres moins. Ce ne sont pas seulement des interdits moraux qui bloquent l'articulation entre sensation, émotion et parole ; des partis pris esthétiques, politiques ou simplement l'histoire personnelle peuvent également freiner et réduire le spectre du poétiquement possible pour chacun.

 

Antoine Emaz

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Publié le par la freniere

 

Las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage,
je partis pour l'île recouverte de neige.

 

L'indomptable n'a pas de mots.
Ses pages blanches s'étalent dans tous les sens!
Je tombe sur les traces de pattes d'un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage...

 

Tomas Tranströmer

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Publié le par la freniere

 

Autrefois, le causeur s’adossait à la cheminée. Aujourd’hui, il arrive qu’il se plante devant la glace et se regarde parler.

 

Pierre Reverdy

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Dire trop et dire trop bien : mes deux épouvantails.

 

Alain Bosquet

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Publié le par la freniere

Dans ce monde capitaliste en décomposition, où l’immoralité est élevée à la hauteur d’un principe, le peuple est habitué à être dépouillé des fruits de son travail. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’on lui propose des «solutions» à sa misère, solutions constituant simplement des moyens de le maintenir en servitude.

 

Armand Robin

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Publié le par la freniere

 

Nous sommes tous sur Terre pour aider les autres. Mais, ce que je ne comprends pas, c'est ce que les autres font là.

 

Louis McNeice

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