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5 articles avec la terre sous les pas

La terre sous les pas 4

Publié le par la freniere

Qu’avons-nous à perdre à nous aimer et remplacer les choses par leur âme ? Nous avons presque tout perdu. Laissez-moi écrire. Les animaux lèchent bien leur sang. Les bébés communiquent par le geste, les oiseaux par le son. Les hommes se taisent par la pensée. Les mots suivent du doigt un relief de lumière. Les nuages font des rides sur le visage du ciel. Il suffit d’un crayon pour voir le ciel à plat ventre sur la table, faire danser les pattes de chaise, agrandir l’espérance. Il suffit d’une brindille à l’oiseau pour commencer le nid. Il suffit d’un seul pas pour dessiner la route. Il suffit d’une image pour que les mots nous sautent aux yeux.

Chaque nuit, la mort s’allonge contre nous mais c’est la vie qui nous réveille. Le ciel déplie l’averse comme une nappe. Il arrange les nuages comme des robes de bal. Le ciel porte la pluie aux lèvres de l’écorce. La mort est le pain de la terre. Quand un arbre s’abat, la forêt le dévore. Chaque pourrissement défie la mort. Les mains savent parler. Chaque geste est un mot. Les mots ont la force du muscle, la douceur de la langue, la douleur des épines. Avec un filet d’encre, j’accompagne la graine jusqu’à la floraison. La calligraphie du cœur dépasse nos limites.

Il y a tant de choses dans l’invisible. Il faut l’écrire pour les voir, en faire des arpèges ou bien les dessiner. Il y a tant de routes dans un pied. Il faut marcher sans cesse. La vie est une partition. Chacun donne sa note dans le concert des atomes. La pluie est une odeur dans le nez des moissons, le regard du ciel qui vide ses images en petites mèches drues. J’ai tant de branches d’arbre pour soutenir le ciel, de fourmis dans les jambes pour terrasser la haine. La pluie vient laver les vêtements du jardin, les bas troués de fleurs, les chemises d’herbe tendre, les pantalons de lin, les chandails de laine, les corsages de mousse. Il y a partout des linges mouillés, de la transparence, de la lumière ombrant ses plis. La pluie est comme nous, elle parle tout autour avant de pénétrer. Elle butine l'azur avant de féconder.

(...)

 

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La terre sous les pas 5

Publié le par la freniere

Un merle dit sa messe dans un arbre sans feuilles. Une mésange passe à l’encre les gribouillis neigeux. Un caillou tient sa vie dans son poing refermé. Des coulures d’oiseaux lacèrent l’horizon. La sève au creux de l’arbre bat comme un cœur d’enfant. J’ai mis le mufle de l’amour sur la paille des corps, des lettres sous les portes, des étoiles nouvelles dans le filet du ciel, la main froide de la nuit dans la main chaude du jour. J’attends les pas de l’aube sur une marche usée. Les odeurs sont les yeux de ceux qui ne voient pas et la musique leurs couleurs.

Le soleil s’applique à faire croire au bonheur et les enfants y croient comme les bêtes sauvages. Seuls les hommes s’entêtent à prévoir le temps. La tête sur les épaules est un fardeau trop lourd. Il faut ouvrir au ciel la volière des idées. Les arbres sous la pluie, les fleurs sous la neige, un même fil les relie au cœur des saisons. Quand il pleut, la terre prend le ciel dans sa bouche. Je cherche le sourire parmi les feuilles mortes. Mes souvenirs s’y promènent avec des cannes blanches. Entre l’éclair et le fumier, il faut regarder le monde sans barreaux dans les yeux.

J’écris sur des feuilles volées à l’automne, sur un carnet de peu, sur un cahier de fleurs, sur un papier de neige. Je fais une brèche dans le cercle, le temps d’une marée. On a chassé les tilleuls, les cerisiers cendrés, les érables à Giguère. Un oiseau fait naufrage dans la houle des foins. On a mis du suret, du verdâtre, du mal cuit pour cacher l’espérance. On sert du réchauffé à la place de l’amour. Je continue de manger dans la mauvaise assiette, les deux pieds dans les plats, la bouche pleine de mots.

On joue du gun pour tuer le temps mais c’est la vie qu’on blesse. Le bois brûle, le verre se vide mais le poème ne se consume jamais. Il se remplit sous les yeux du lecteur. J’imagine la mer derrière la fenêtre, des verrières en feu, quelques mots comme un fil dans l’épaisseur du silence. Je déplace les nuages comme des arcs-en-ciel. Je décroche la lune. Le moindre insecte émeut la terre des plates-bandes. L’abeille me reçoit dans son bureau de fleurs. On parle de soleil et de pluie, d’azur et de pollen.

Dans la chambre du cœur, je repasse ma vie à la lueur d’une bougie. J’ouvre la porte à l’infini.

(...)

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La terre sous les pas 3

Publié le par la freniere

La plus grande part de nous est invisible, et ce qu’on voit est différent pour chacun. Nous sommes des lieux, des paysages, des souvenirs. Nous sommes d’autres temps. Nous sommes mille choses, une table, une chaise, le goût d’une framboise, une goutte de sang laissée sur une épine, la dernière goutte de pluie, le premier flocon de neige.

Le monde muet des herbes nous ramène à la voix. Les plantes gorgées d’eau apporte l’oasis au milieu du désir. La terre sous les pas réinvente la route. L’orage a traversé l’humus pour enfanter la pierre. L’absolu nous fait signe à la pointe d’une branche, d’une aile, d’un nuage. Un feu de foyer ravive la fraîcheur de la vie. S’il faut à la main une table pour écrire, il faut à la parole une chaise de silence.

Nous mangeons tous le même pain du ciel. Nous buvons la même eau, de la plante aux oiseaux, de l’humus aux montagnes. La faim trouve sa proie dans l’habit d’une noisette, la chambre d’un verger, le pistil d’une fleur. J’ai appris la bonté en regardant la pluie, toutes ces fleurs qui sourient pour une seule goutte d’eau, toutes ces feuilles qui tremblent, tous ces ruisseaux qui jouent dans la marelle des vagues. J’écris comme on lance un ballon l’autre côté du mur, pour le simple plaisir d’enjamber l’inconnu. Il retombe toujours en plein centre du monde avant de rebondir.

Je ne crois pas en Dieu mais je laisse un verre d’eau sur la table, une clef sur la porte, une lampe à la fenêtre. Lorsque le vent visite un arbre, il n’oublie pas une feuille, pas un seul recoin. La sève monte jusqu’aux doigts des branches pour se joindre à la danse. Pour écrire, je dois entendre la vie autour de moi, sinon la page reste sourde et le crayon muet.

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La terre sous les pas

Publié le par la freniere

Le maçon, au fond de lui, sait bien que la brique envie les cailloux du ruisseau, la terre sous les pas et les châteaux de sable. Pourquoi lancer des pierres, des pavés dans la mare ? Il est si simple de s’adosser au rocher pour écouter le vent.

Pour la parole des fleurs, les mots sont des barreaux. J’essaie d’en faire des barreaux d’échelle, des branches de coudrier pour les chercheurs d’eau, des béquilles sonores pour les enfants muets, des lignes à pêche pour les marins du rêve, des attelles pour la roulotte du cœur.

Chaque matin, le ciel nous attend dehors. Trop souvent, nous changeons de trottoir pour ne pas lui parler. Le travail nous appelle. Nous écouterons les dernières nouvelles au lieu d’aimer la vie. J’appréhende le jour où le ciel, fâché, nous laissera sans lumière.

Quand je trébuche sur la route, je me raccroche à la main du vent, aux bras des arbres, à la voix des cigales. Les taches de boue sur les souliers sont des caresses de la terre. Les gouttes de pluie sont des baisers. La nature nous aime beaucoup plus qu’on ne le croit.

Quand passent les outardes, une partie de moi s’envole vers elles. Le reste continue à creuser ses racines. Le pays que j’habite à la grandeur d’une page. C’est le cœur de ceux que j’aime. Le crayon n’y laisse pas d’ornières mais des routes plus vastes, de plus en plus vastes.

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La terre sous les pas 2

Publié le par la freniere

Le petit matin pointe son museau sous les fougères. Il boit un lait nouveau. Un papillon s’éveille sous le poing au repos. Un oiseau chante quelque part. Malgré les taches qu’on lui laisse, la blessure des ornières, la route allège la douleur de nos pas.

Même au pire du silence, les mots me tirent par la manche. Ils m’emmènent ailleurs, me prennent pour un oiseau, me mettent en garde contre les mots qu’on nous impose. Je dois voler avec des pierres aux pieds, un arbre sur le dos, des étoiles dans les yeux. L’oiseau se cache dans son vol pour nous montrer le ciel. La bête se terre dans son trou pour nous laisser passer.

Je poursuis sans relâche le vol d’un oiseau, l’affluent d’une main dans la mer des gestes, les battements du cœur qui agitent la langue. On me reprochera toujours de ne pas travailler. Je le fais comme un arbre qui médite ses feuilles. Je garde les mains libres pour tenir un crayon.

La voix de l’ange qui surgit dans le son des guitares et le bruit des marteaux, ne laisse sur ma table qu’une poignée de mots. Je dois sans cesse faire le tri, départager le centre de la périphérie et l’arc-en-ciel de la pluie. Lorsque les mots se touchent, ils forment une main.

Ça prend beaucoup de mots pour bâtir un silence, beaucoup plus qu’un poème. Je dois avoir l’air d’un idiot à me parler tout seul, à faire les cent pas dans ma voix. Je sais bien pourtant que les pierres m’écoutent. Elles me répondent quelque fois. Familier des orties, j’écris avec du sang et des épines, de la sève et du bleu. Je crois aux miracles, celui de boire de l’eau ou de manger une pomme, celui d’aimer et de le dire.

Il y a tout dans la voix d’une mère : une maison, du lait, du pain, du rêve, des berceuses, des bruits utiles, des pas d’enfant, des mots venus de loin. Les herbes tout autour ont fini par m’adopter. Je me suis fait une famille végétale. J’apprends le thym et le lilas. J’ai pris le parti des ombelles contre celui des parapluies. Là où les saisons alternent sans même se consulter, la vie des éphémères se conjugue à l’entêtement du lierre.

 

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