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567 articles avec les marcheurs de reve

L'écrivain Jim Harrison est mort

Publié le par la freniere

L'écrivain Jim Harrison est mort

On le surnommait « Big Jim ». On le qualifiait de « Gargantua yankee ». C’est que l’auteur américain se doublait d’un épicurien. Jim Harrison s’est éteint à l’âge de 78 ans, samedi 26 mars, à la suite d’une crise cardiaque qui l’a fauché chez lui dans l’Arizona, laissant derrière lui une œuvre considérable : quatorze romans et dix recueils de poésie. Il gardait au-dessus de son bureau un petit morceau de papier où était écrite une phrase que lui avait aboyée un patron de studio hollywoodien : « Tu n’es rien qu’un écrivain ». Ce cyclope était de la race des géants, des grands romanciers américains qui inspirent à leurs lecteurs un culte fervent.

Jim Harrison naît le 11 décembre 1937 à Grayling, dans le Michigan, Etat boisé auquel il restera fidèle, y possédant par la suite un chalet isolé. Ses grands-parents sont fermiers. Jim Harrison grandit au sein d’une famille nombreuse et aimante. D’abord ouvrier agricole puis agronome-conseil, son père l’initie à la pêche et lui enseigne le nom des plantes. Pour ses 7 ans, Jim reçoit un manuel de survie où deux jeunes Blancs apprennent à vivre dans la forêt pendant un mois, tels des Indiens. Il s’identifie à eux : ce Two Little Savages, d’Ernest Thompson Seton, le marque profondément, concentrant deux passions que Jim Harrison ne cessera de cultiver : la vie sauvage, à laquelle il sera attaché par les sens et par l’esprit, et les cultures autochtones, pour lesquelles il entretiendra une profonde curiosité. Elle se traduira dans son œuvre par la présence d’une multitude de personnages d’Indiens, de digressions mystiques, de dénonciations des crimes contre l’humanité qu’avaient été, pour lui, les guerres indiennes (1770-1890).

FIN GOURMET, ŒNOLOGUE, MÉLANCOLIQUE…

En marge, titre des Mémoires de Jim Harrison (Christian Bourgois, 2003), désigne la place que ce gars du Midwest s’était assignée dès l’adolescence, par détestation de la middle class, et la place qu’il occupa ensuite dans le milieu littéraire. Depuis un accident survenu à l’âge de 7 ans, Jim était borgne. « Quand vous êtes très jeune, une infirmité comme celle-là vous isole. Vous vous sentez très particulier. C’est pourquoi je suis parti dans les forêts, près des lacs et des rivières, loin des gens. Et que je suis devenu artiste. » Un autre drame le frappe à l’orée de l’âge adulte : son père et sa sœur Judith, dont il est très proche, périssent lors d’un accident de la route. « C’est à ce moment-là que j’ai pensé : si une telle chose peut arriver, si les gens qu’on aime le plus meurent comme ça, alors tu peux faire ce que tu veux de ta vie. » Trois ans plus tôt, Jim Harrison, alors âgé de 16 ans, avait confié sa vocation littéraire à son père : « Il est aussitôt sorti m’acheter une machine à écrire d’occasion qu’il a payée vingt dollars, plutôt que de m’asséner le trop classique sermon paternel sur la recherche d’un métier plus rentable, la honte et le malheur qui s’attacheraient inévitablement à la vie d’artiste. »

Ses personnages sont à son image : fins gourmets, œnologues, et de plus en plus mélancoliques au fil des ans. Sunderson, le héros sexagénaire de Grand Maître et dePéchés capitaux (Flammarion, 2012 et 2015), en cela pareil à ses homologues de Légendes d’automne et de Sorcier (Robert Laffont, 1981 et 1983), a la descente facile : schnaps, whisky, bière, Bloody Mary, vodka, bourgogne grand cru, vin rouge bon marché… Ce sont des lettrés solitaires, ours mal léchés portés sur la nourriture, meurtris par un divorce ou la fin d’une histoire d’amour, aimant lever le coude et trousser des femmes. Ils prennent la route pour fuir leurs démons, chasser, pêcher, bivouaquer,réfléchir à l’Histoire, parfois résoudre un crime. La mort approche, mais cette imminence permet de se réinventer, loin des conventions sociales et de la comédie humaine. Ils errent en quête d’eux-mêmes, rongés par les regrets, ainsi qu’en témoigne Une odyssée américaine (Flammarion, 2009). Ils se livrent à l’introspection et nouent des liens organiques avec la nature.

Cette veine-là traverse également la poésie de Jim Harrison, par laquelle commence son aventure littéraire, au milieu des années 1960, avec plusieurs recueils imitant une forme arabe perfectionnée par les Perses : le « ghazal ». Le monde sauvage coule en eux. Les sens sont éveillés, les énergies, primitives, les émotions, d’ordre physique.Par la poésie, Jim Harrison s’abandonne à communier, mieux, à fusionner, avec la nature. Devant un arbre, il écrit, dans Une heure de jour en moins (Flammarion, 2012) :« Je m’assois contre lui et me fonds en lui. » Jim Harrison se plaît à confier que, après avoir mangé de l’ours, il se voit en rêve dans la peau de l’animal.

DÉGOÛT POUR LA GRANDE VILLE

Quoique distingués par plusieurs prix, ses premiers recueils ne lui permettent pas de vivre de sa plume. Mais ils contribuent à l’attribution d’un poste d’assistant en littérature à l’université d’Etat de New York. Faute de s’y complaire, il abandonne l’enseignement au bout de deux ans – « la métaphore la plus appropriée me semblait celle de la vie dans un zoo » – et retourne vivre dans le Michigan avec son épouse, Linda, et la première de leurs deux filles, Jamie, aujourd’hui auteure de romans policiers. Ce dégoût pour la grande ville et le milieu académique s’exprimera dans nombre de ses récits, depuis la nouvelle « Le Dolorosa beige », de Julip (Christian Bourgois, 1995), où un professeur d’université se retire dans un ranch, jusqu’à Nageur de rivière (Flammarion, 2014), où un historien d’art revient habiter la bourgade de son enfance. Jim Harrison enchaîne alors les petits boulots dans le bâtiment, tout en collaborant à plusieurs journaux, dont Sports Illustrated. Cousinant avec des récits de festins pantagruéliques, ses reportages sur la pêche au tarpon en Floride ou la chasse à courre en Normandie sont rassemblés dans le recueil Entre chien et loup (1993).

Immobilisé pendant un mois, à la suite d’une chute en montagne, il se lance dans le roman. Wolf, sous-titré Mémoires fictifs, paraît en 1971 (Robert Laffont, 1991). Il s’agit de l’histoire transposée de sa jeunesse, « un garçon au cœur brisé, grimpé sur le toit d’une grange et hurlant sa peine ». La critique salue l’ouvrage, mais Jim Harrison attendra encore un septennat pour connaître le succès. Il éclate avec Légendes d’automne, recueil de trois nouvelles dont l’une sera portée à l’écran en 1994 par Edward Zwick. David Lean et John Huston, dont les projets échoueront, acquièrent chacun les droits d’une novella. Voilà Jim Harrison riche d’un million de dollars, après n’en avoir gagné que 12 000 par an pendant une décennie. Il flambe tout en alcool et cocaïne.

L’AMÉRIQUE, « UN DISNEYLAND FASCISTE »

L’homme goûtait les excès, mais il revenait toujours aux piliers de sa vie, la littérature, la vie sauvage. Dans sa maison près de Missoula (Montana), où il s’était installé après avoir quitté le Michigan, Jim Harrison possédait des peaux de serpent, des crânes de coyote ainsi que des photos de Rimbaud, de René Char et du chef indien Sitting Bull. Il était parti sur les traces du poète russe Essenine en Russie et de Rimbaud en Afrique, avait pris la route 66 jusqu’à San Francisco…

Etre à l’extérieur apaisait ses angoisses. « Les grands espaces me permettent d’échapper à ma claustrophobie », disait-il. Démocrate de gauche, portraitiste de l’Amérique rurale, cette grande gueule reprochait à son pays d’être oublieux de sa propre histoire, de s’être bâti dans le sang par le massacre des Indiens, de s’être fourvoyé au Vietnam, de n’être obsédé que par l’argent. Son pays, disait-il, était un « Disneyland propret et joli, sans excès, politiquement correct, où l’on ne boit pas, ne fume pas. Un Disneyland fasciste ». Il était tombé amoureux de la France, d’abord pour sa littérature, puis pour sa gastronomie. Jim Harrison estimait que rien ne valait un bon déjeuner « pour lutter efficacement contre la mort » et que le vin lui avait sauvé la vie, lorsque le sentiment du délitement de l’existence l’oppressait. « L’acte physique élémentaire consistant à ouvrir une bouteille de vin a apporté davantage de bonheur à l’humanité que tous les gouvernements dans l’histoire de la planète », lit-on dans Aventures d’un gourmand vagabond (Christian Bourgois, 2002). C’est pour pouvoir continuer à déguster du vin qu’il a arrêté, par souci de tempérance, de boire du whisky.

Jim Harrison, longtemps boudé par la critique, fut aussi la bête noire des féministes, qui le considéraient comme un macho dans la lignée d’Hemingway – romancier que, par ailleurs, il goûtait peu. Or non. Ses femmes sont juste délurées et ses héros un brin lubriques. Autre malentendu : pour son traducteur français, Brice Matthieussent, qui lui a consacré un abécédaire, Jim Harrison de A à X (Christian Bourgois, 2007), on a tort de le réduire aux grands espaces. « C’est oublier tous ses romans et ses nouvelles intimistes où l’on ne quitte jamais telle bourgade ensuquée au fin fond du Michigan et tous ces personnages qui ruminent dans leur tanière. C’est oublier le désir de vagabondage non plus physique mais mental, le désir d’assoupissement, de repli sur soi dans un tout petit espace, un confinement qui caractérise souvent le héros harrisonien. » C’est oublier le peintre des huis clos, des détresses à fleur d’âme et de la nostalgie du bonheur enfui.

Ami des écrivains Richard Brautigan et Raymond Carver, ainsi que de l’acteur Jack Nicholson, qui fut son mécène pendant de longues années, Jim Harrison se targuait deposséder un nom indien signifiant : « Quelqu’un qui va dans le noir pendant un long chemin et dont on espère qu’il reviendra. »


Macha Séry           Le Monde


 

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Dans l'intimité parisienne d'Anne Hébert

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Nulle mort ne peut

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Nulle mort ne peut

Pour Derek Walcott

Il y a tant de chênes à Atlanta qui gémissent encore
Des champs qui pleurent
Qui chantent aussi
Et qui impriment aux capsules du coton des torsions incroyables !

C’est ce mélange
C’est cette torsion
Ce plus insoutenable qui habille l’envol des belles et seules images !

Que la mer mieux qu’Histoire te soit douce
Qu’elle te fasse mémoire
Que l’archipel mieux que pays te fasse collier

Que ce qui se mélange
dans l’aquarelle et dans Shakespeare
dans les contes le théâtre et les livres
t’organise le trône d’écume
où tu viendras t’asseoir avec le mangot-vert des au-delà du jour.

Ô seul langage du sel à la paupière touchée
Ô rire dans l’amitié scellé
Que poésie ne tremble !
Que poésie ne passe !


Frère,
à beau dire à beau faire
nulle mort ne sait
quand ce qui reste

se maille à tout ce qui célèbre qui accueille qui embrasse
et qui noue.

En nous, nulle mort ne peut.

Patrick Chamoiseau

17 03 2017

 

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Le baiser d'Hélène

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Le baiser d'Hélène

À Hélène Monette, pour sa voix et pour tenter de mettre « à mal les dégâts du silence »

 

déjà tes « grandes ailes »

bien avant Thérèse pour joie et orchestre

« trop lourdes pour ta charpente »

tu lui ressemblais

presque toi

celle qui trop tôt

ne serait jamais plus là

« plus personne »

 

˚

presque toi

celle que je n’ai jamais vue

tes récits de rues de rivières de doute

tes doigts de bleu sombre

et nos aimées nos cadavres

au creux de nos soifs

frémit la perte

comment l’entrer dans le poème

 

˚

la nuit menace

comme si elle aboyait

nos muscles d’espoir broyé

plus de place pour les anges

ni feu ni transbordement

de joie de déesses tu dis

« La beauté est laide, il faut rêver »

rien alentour n’est assez vaste

 

˚

es-tu encore là

haute hurlante Hélène

sauvage

figure de proue

sur fleuve de cendre à l’affût

« déguisée en espérance »

nos coeurs boitent

c’est qu’on est à court d’extase ici

 

˚

dernière chance d’avril

avançons

fils de fer et visages parallèles

à fleur de nous Hélène

le monde n’en finit pas de trembler

ton brouillard ton dernier baiser

black-out

sur une joue d’océan

 

˚

à côté de ce qui nous lie

l’infini turquoise

te parle nageuse de nuit

fouille nos hasards nos archives

ne sais rien vois pense prends peur

aloès palmiers foule dévalent

« la vie tient à si peu »

suis désolée

 

˚

sur le qui-vive

désolée

devant mornes et flamboyants

le réel en larmes va

on vit mal tout près du sol

dangereusement de trop

morsure amie

partout Dieu sourd consent

 

˚

une lumière et ses bras de silence

d’éternels débris de chute

« la petite espérance » ne marche plus

qu’os nomade qu’attentat

éclat sur la table d’horizon

tant bien que mal

flèche spirale urne

la langue erre

 

˚

te parle tout près

sans adieu

brûle de vagues

de sons d’âmes d’immondices

pourtant nous veille

rêve

dis viens poème

petite paix

 

Montréal — Haïti
30 octobre — 30 décembre 2015

 

Denise Desautels

* Extraits de Le baiser d’Hélène, qui paraîtra aux éditions du Petit Flou, Saint-Bonnet-Elvert (France), juin 2016.

 

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Henry Miller

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Cathy Garcia

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Illustration pour Bonzaïs hallucinogènes, à paraître très prochainement chez Gros Textes (textes et illustrations de Cathy Garcia

Illustration pour Bonzaïs hallucinogènes, à paraître très prochainement chez Gros Textes (textes et illustrations de Cathy Garcia

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Pour en finir avec le jugement de Dieu

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Jean Perron

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Jean Perron

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CONFIDENCE 

parfois 
j'écris juste pour partager le beau temps 

une flotte d’outardes 
une mère et ses petits 
sur le roulis des rapides 

le bouillonnement de vie du soleil 
ses clins d’oeil dans l’écume 

les chuchotements amoureux du courant 


JEUNE MAGICIEN DU HASARD 

échappant un instant 
à la vigilance des parents 
un garçon s’approche de la rivière 
couverte du reflet des nuages 

voix haute voix basse 
la mise en garde des adultes 
leurs visages à la fois inquiets et rassurants 
et de l’autre côté 
la berceuse infinie de l’eau 

les mille chuchotements 
d’un monde invisible 

le garçon promet de ne pas sauter 
il veut seulement toucher 

au moment où il pose un doigt sur l’eau 
un rayon de soleil perce les nuages 

la rivière passe de l’ombre à la lumière

 

Jean Perron
 

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Armel Guerne

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Armel Guerne

Armel Guerne (1911-1980), c’est un nom d’écrivain, de poète, de traducteur – et un des secrets les mieux gardés de la littérature française. C’est aussi, comme Pascal Pia, Hubert Juin, Henri Thomas ou Guy Dupré, un mot de passe : sa signature suffit à justifier l’intérêt d’un texte et atteste la qualité de celui-ci. Que ce soient Les Romantiques allemands, L’Âme insurgée, ses Lettres à Cioran, ses textes critiques (Bloy, Paracelse, Novalis, Hölderlin, etc.) : tout chez ce mystique hanté élève ou, ce qui est le même, exalte. Sur le Romantisme : « Rien n’est moins littéraire, à tout prendre, que la plus littéraire des écoles. Mais, qu’on s’en tienne aux œuvres ou aux hommes romantiques, il faut, pour les approcher, un surplus de cordialité, une imagination fraternelle, une sympathie non pas seulement généreuse ou de bonne volonté, mais riche précisément elle-même et qui ait quelque chose à leur prêter : une expérience intérieure, ses ecchymoses et ses flammes. » Sur le Romantisme allemand en particulier, il livre des aperçus très peu lus ailleurs, des pistes : « beaucoup plus religieux qu’on ne le dit en général, sorte d’étrange greffe catholique sur le tronc déjà vieux du protestantisme ; mais une greffe, à peine entée, qui se prétendait l’arbre même. » Sa tentation de toujours, qui est aussi tentative, fut de « bricoler dans l’incurable » (Cioran), mais avec les ressources du chrétien (hétérodoxe) en lui.

 

Bibliographie :

Oraux, éd. Grenier, 1934

Le Livre des quatre éléments, G.L.M., 1938 ; Le Capucin, 2001

La Cathédrale des douleurs, La Jeune Parque, 1945 (Repris dans Danse des morts)

Mythologie de l'homme, La Jeune Parque, 1945 ; La Baconnière, 1946 ; Le Capucin, 2005

Danse des morts, La Jeune Parque, 1946 ; Le Capucin, 2005

La nuit veille, Desclée de Brouwer, 1954 ; InTexte, coll. « D'Orient et d'Occident », introduction de Jean-Yves Masson, 2006

Le Temps des signes, Plon, 1957 ; Granit, 1977 ; Le Capucin, 2005

Le Testament de la perdition, Desclée de Brouwer, 1961

Les Jours de l'Apocalypse, Éditions Zodiaque, 1967. Poèmes d'Armel Guerne et visions de saint Jean. Reproductions de détails de l'Apocalypse de Beatus de Liébana.

Rhapsodie des fins dernières, Phébus, 1977

Le Jardin colérique, Phébus, 1977

L'Âme insurgée, écrits sur le Romantisme, Phébus, 1977 ; Le Seuil, coll. « Points essais », édition augmentée, préface de Stéphane Barsacq, 2011

Temps coupable, Solaire, 1978 (repris dans Au bout du temps)

À contre-monde, Privat, coll. « "La Contre-Horloge », 1979 (repris dans Au bout du temps)

Au bout du temps, Solaire, 1981

Le Poids vivant de la parole, Solaire, 1983

Fragments, Fédérop, 1985

Les Veilles du prochain livre, Le Capucin, 2000

Journal 1941-1942, Le Capucin, 2000

Lettres de Guerne à Cioran, 1955-1978, Le Capucin, 2001

Armel Guerne / Dom Claude Jean-Nesmy, Lettres 1954-1980, Le Capucin, 2005

Le Poids vivant de la parole, Fédérop, 2007 ; édition revue et augmentée, contenant : Temps coupable • À contre-monde • Au bout du temps • Le Poids vivant de la parole • Poèmes inédits

André Masson ou les autres valeurs, Les Amis d'Armel Guerne asbl, 2007 (édition hors commerce)

Le Verbe nu. Méditation pour la fin des temps, Le Seuil, édition établie et préfacée par Sylvia Massias, 2014

     

     

     

    Ecouter regarder (1)

    Ecouter. Regarder. Que voyez-vous ?

    Qu’entendez-vous ?

    C’est la question que Dieu vous pose.

    Regardez ! Ecoutez !

    Il est des pires sourds

    Que ceux qui refusent d’entendre :

    Ce sont ceux qui écoutent

    Autre chose, n’importe quoi,

    Mais autre chose. Et quels aveugles

    Les yeux pleins, qui ne cherchent jamais à voir !

    ---

     

    Loin de leur nom

    Les hommes aujourd’hui, Seigneur !

    Naissent frileusement

    Comme ces roses de novembre

    Qui ont plus de mémoire

    Que de cœur,

    Sous la splendeur ardente de leur robe,

    Pour lutter contre les frimas.

    Belles, mon Dieu, de toutes grâces

    Dans ce manteau de souvenir

    Qui les quitte déjà.

    ---

     

    Miserere

    On les a vus, l’impatience fleurie

    Entre les doigts et la peur vide dans les yeux :

    Ceux-là qui font le nombre noir de la cohue

    Et le luxe des épouvantes. Qui sont-ils ?

    Ils ne sont rien que cette hâte

    Comme un vent blanc,

    Seulement pour ne pas y être.

    Mais ils sont là, tenacement, ils sont tous là

    Ceux qui tiennent la place

    De leur absence. Et leur nom est légion.

    ---

     

    Signal

    Et tant de ciel

    Pour aussi peu de terre !

    Ce miracle de la promesse

    Il est signé, là, sous nos yeux,

    Déposé dans notre regard.

    Il suffit de venir au monde

    Et d’y ouvrir les yeux

    Pour ne plus voir partout que ce salut

    Levé sur nous avec le jour, et dans la nuit

    Multiplié par les étoiles.

    ---

     

    Le jour

    Nous avons pris dans nos mains notre jour,

    Nous, les enfants du jour ! Nous le prenons

    Dans nos nocturnes mains pour le porter en terre

    Et le gâcher, l’épaissir, le serrer

    En un lourd ciment noir, bien consistant

    Et bien compact : quelque chose sur quoi

    Se fixent nos lumières, superbement,

    Cet orgueilleux déchet de notre histoire !

    Alors qu’en se levant sur nous

    Il n’était que lumière et le sera demain.

    ---

     

    Communion

    Anges de ma douleur

    Qui avez tant aimé

    Ceux que j’aimais,

    Donnez-leur à présent

    Leur musique

    Dans le cœur.

    Donnez-leur votre compagnie !

    On est si orphelin

    Dans l’aujourd’hui

    Sans votre grâce.

    ---

     

    La défection et l’infection

    Que si les langues se défont

    Comme à présent nous les voyons

    Sous nos yeux se défaire :

    Lâches de toutes lâchetés

    Les langues des nations. Déshabitées !

    Oublieuses soudain de ce qu’elles étaient,

    Ces harpes de l’ineffable, pour devenir

    Ce qu’elles ne sont pas : ce liquide de corruption

    Lui-même corrompu, opaque à tout silence,

    Eteint à toute soif, et qui remue en-bas !

    ---

     

    et la résurrection

    Cette atroce vidange, est-ce pour l’agonie

    Ou la résurrection de la parole ?

    Si nos langues ne parlent plus

    Mais sont, sur le miroir terni

    De notre chrétienté comme un mauvais brouillard ;

    Si elles ont congédié leurs anges

    Pour se livrer au bavardage

    Et au baiser des bouches de l’abîme,

    Plus rien ne porte plus le poids vivant de la parole !

    Le Verbe sera nu, terrible dans sa gloire.

    ---

    Armel Guerne

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Mon oncle Hulot

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