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579 articles avec les marcheurs de reve

Un prince de l'esprit

Publié le par la freniere

Un prince de l'esprit

Dans son univers fabuleux mon ami Claude Haeffely était un Prince de l’esprit, vivant, avec la comtesse de Rosemont, dans son château de Rien sur mer aux mille et une chambres que n’importe qui pouvait occuper n’importe quand.

Ainsi fut son époustouflant trajet depuis la France éternelle et le rodéo américain, se vouant à toute force créatrice, la passion du dépassement, empruntant la voie surréaliste, un imaginaire burlesque, caustique, révolutionnaire, toujours en mutation.

Si l’on connaît ses écrits publiés, ses recueils fantastiques transmués en livres d’artiste et, pour un cercle restreint, les albums de son Journal dessiné publiés par Marc Desjardins au Temps volé éditeur, et son implication dans la bande dessinée d’avant-garde avec des scénarios illustrés un temps par ses amis, il y a un Claude Haeffely effervescent qui sortit de sa chrysalide.

L’Atelier du chiendent s’étiolant, Claude Haeffely reprit plumes et crayons de couleur, se lança dans l’entreprise des carnets, petit format de poche, une histoire folichonne, émouvante, illustrée d’étonnants dessins, collages, souvenirs, photos. Il les offre autour de lui en échange d’un carnet du destinataire; une littérature souterraine naît ainsi, des écrivains, des artistes connus ou imprévus, entrent dans le jeu; une émulation communicative a provoqué un échange de plusieurs centaine de ces petits bijoux d’humour et d’amour.

Petit à petit, Claude Haeffely se révèle être un dessinateur incisif, un caricaturiste mordant, un coloriste provocateur, ingurgitant toutes les formes de l’art, les mimant, les triturant, les célébrant. L’homme est un insomniaque, depuis toujours : toutes les aurores le trouvent déjà à sa table. Une mémoire furibonde depuis l’enfance marine, sa passion pour l’art et la littérature marginale, l’amènent instinctivement à une fusion entre bande dessinée, littérature et sismographie de la société.

Ces dernières années, il se limitait à des suites de planches dessinées, ornées de textes parfois lapidaires, tanguant entre cocasseries et critiques de la société. Il fait revivre tant l’Atelier du chiendent que de celui du Bouchon, ainsi nommé pour son usage de bouchons de bouteille de vin comme étampes. Des fois, l’histoire prenait le pas, débordait sur tout. De rares destinataires privilégiés, il se mit à étendre ses correspondances, photocopiant l’original pour le colorier et personnaliser le tout. Ainsi tous et toutes, nous recevions un exemplaire unique.

Il est de la lignée des grands animateurs culturels avec des faits d’éclats mémorables, depuis la Semaine de poésie en 1968, Poésie Ville ouverte en 1983, à la Bibliothèque nationale du Québec, son impulsion pour le bouleversant film de 1970, La nuit de la poésie, sa contribution à penser un musée de la littérature, illustrée par des expositions consacrées à Claude Gauvreau, les Éditions d’art Erta de ses amis Giguère et Tremblay, la reliure d’art, la photographie telle celle de Gabor Szilasi, font de lui un créateur des plus polyvalents; l’avenir nous offrira de lui un kaléidoscope inventé, post-réalité assumée, d’une sensualité échevelée, avec des drôleries qui ne cesseront pas d’étonner.

Les Rencontres des Poètes de Port-Royal 1998-2008, dont il était l’un des plus fidèles participants autour de Patrick Coppens, m’ont permis de souvent le filmer; la captation, à minuit juste, à la lueur des chandelles, de la lecture de tous les textes de son livre Minuit Jules, demeure pour moi, un moment d’extase .

Jadis, devant une gravure d’un château de « prince que nous n’habiterions jamais », avais-je proféré, Hubert Aquin de rétorquer : « Si nous avons quelque chose des princes, c’est l’esprit » et Miron, dans un éclat de rire, de s’écrier : « C’est ça, nous sommes des princes de l’esprit » Pour moi, il incarne parfaitement un Prince de l’esprit. Claude Haeffely a aimé et fait grandir le Québec.

Gaëtan Dostie Médiathèque littéraire Gaëtan-Dostie

Texte lu à la cérémonie funéraire de Claude Haeffely, 13 mai 2017

 

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Un buveur de lumière

Publié le par la freniere

Un buveur de lumière
Cet article a été mis à jour le 12 mai, 2017 sur Bookwitty
« Le monde est un lavis
que l'évidence outrage
demeure où tu ne vis
qu'entre l'ombre et l'orage » 

Plein Emploi

Jean-Claude Pirotte écrit des poèmes en verre, en petits éclats de verre cassé, en rimes de rien, en brumes fines, en mots perdus. Des lettres, des boléros, des sonnets, des voyages, la musique de ses mots est intemporelle parce qu'elle n'essaie pas d'être de son époque. Il est à la fois Villon, Chardonne et Dhôtel. Il est Perros, Joubert et Verlaine. Le chanteur de rue du camp des gueux et des proscrits.

« Nous qui sommes bannis sur terre
nous composerons les paroles
qui consolent les apatrides
sur la planète des Atrides »

Blues de la racaille

Jean-Claude Pirotte écrit le ventre mouillé des forêts d'Ardenne, les nuits infinies dans les ruelles de Namur, le parfum lourd des caves, le vin des paysages, l'arôme de l'amour perdu, l'encre de la nuit et l'aube toujours qui revient.

« J'ai beau parler bien bas, je tombe toujours de haut. »

La Légende des petits matins

Jean-Claude Pirotte célèbre tous les terriers, tous les refuges, les chemins de traverse, les fuites dignes, les exils réfractaires, les chiens errants, l'asile des livres qui nous sauvent, la patrie des arts et du vin. Les routes que l'on prend à la fois pour se perdre et pour se retrouver.

« Il fallait que je naisse en cavale aussi, dans la solitude étrangleuse et la misère éblouie. Pourvu que je me souvienne, je pressens bien d'autres naissances, après d'étranges agonies. » 

Cavale

On se retrouve dans ses poèmes et on se perd dans ses romans, on joue à se perdre, ensemble, car tout est prétexte à atteindre demain en se racontant des histoires. Comme chaque enfant de La Vallée de misère, il sait bien, nous savons bien avec lui, que ce ne sont que des histoires. Il sait bien, nous savons bien avec lui que malgré tout, ces histoires nous sauvent un peu.

Dans Récits incertainsil note : « Les romanciers authentiques ne mentent jamais. Je ne suis pas romancier. Je préfère raconter des histoires, des fables qui me seraient dictées par les nuits, dont la brume lâche enveloppe des terroirs indécis, quand le fleuve reflète, au sortir du bistro, le même néon, répété mille fois, et qui tremble comme mon regard. Des paquets d'ombre se détachent d'un firmament blessé, peut-être est-ce une montagne, peut-être une menace portée par les tombereaux cahotants de l'ivresse. » 

Ombres, brume, montagnes (Paul Earle)

Il écrit des lettres sans destinataires comme son double Ange Vincent, le voyou perdu. Il est le pauvre Kaspar Hauser toujours un peu orphelin de lui même. Il est le peintre des couleurs qui disparaissent, le rapiéceur de souvenirs.

« C’est que j’avais encore envie de vivre, et de voir passer les nuages, et d’écrire ceci, ou autre chose. Il arrive que la douleur soit en voie d’excéder mes forces. Mais je m’obstine, je tiens la fenêtre ouverte, au moins je respire et un chien aboie. »

Brouillard

Il est de partout et il n'est personne, celui qui part en dernier du bar, la bougie qui écrit dans la nuit, qui demande pardon et qui clame tant pis. Remontez son Promenoir magique, écoutez son fantôme, un ami dans le noir qui sait bien que « les chemins ne vont nulle part » sans pour autant renoncer à vous tenir la main.

« Je ne connais ni les oiseaux
ni les fleurs ni les arbres
je me connais encore moins
je me cherche dans les décombres
et je me perds dans les chemins
où je ne croise que les ombres »

Revermont

Même lorsqu'il titube, ou que ses mots vacillent, Jean-Claude Pirotte tient tête - à l'injustice, à la douleur, à l'oubli. Il nous fait rire et il nous fait pleurer. Alors même le silence se tait.

« Il n'est donc pas impossible de s'inventer un grand-père, une maison dans les vignes, un horizon de montagne. Vous savez, quand on y pense, rien n'est impossible. C'est ainsi que nous arrivons à vivre. »

Le Silence

Thomas Vinau

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André Dhôtel

Publié le par la freniere

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Décès de Michel Dallaire

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Michel Garneau parle de Cohen

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Photo: Annick Sauvé   Le Devoir

Photo: Annick Sauvé Le Devoir

Pour la première fois depuis la mort de son ami Leonard Cohen, Michel Garneau raconte celui dont il a intimement fréquenté la poésie en tant que traducteur.

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Dessins de Mimi Parent

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Dessins de Mimi Parent

 

à voir sur le site de Maxime Catellier

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Jacques Prévert

Publié le par la freniere

Jacques Prévert

Dans l’insouciance radieuse de Jacques Prévert
(11 avril 1977 – 11 avril 2017)

Un poète, c’est simple à contenter
Avec des mots de trois fois rien
Sous les tonnelles du cœur.

Il n’est jamais parti très loin
Même quand ses semelles
Semblent avoir fini de battre le pavé des heures,
Même quand ses collages fraternels,
Ses mots guides, ses syllabes balbutiées,
Restent vers vous comme autant d’énigmes
Et de doigts levés.

Il vous écoute
Avec des rêves dans la voix
Qui rendent encore ici la vie fertile.

Il n’oublie pas de détester la guerre
Ni de vous secouer un peu
Pour vous aider à la redouter,
Tellement l’âme de l’homme
Est toujours prompte à se laisser séduire.

C’est pourquoi il possède
Dans les replis de toutes ses enfances
Complicité de femmes

Et gestes infinis de tendresse.

Il ne va pas se mettre en chagrin pour elles
Pas plus que devant la mort
La chahuteuse
La bien nommée.

Il aurait plutôt envie de s’en servir
Pour réjouir le visage des amis
Et jouer au cancre encore une fois,
Lui adressant un dernier pied de nez
Pour manifester qu’il est toujours bien là,
Paisible et pauvre sous le soleil.

Même quand la cruelle, la foutue voleuse,
La chineuse, la redoutée,
Aura cru sans vergogne
Pouvoir tout disperser de la splendeur de vivre,
Et des ultimes caresses vouloir tout emporter.

Jean Lavoué

 

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Henry David Thoreau

Publié le par la freniere

Henry David Thoreau

Cueilli aujourd’hui du pissenlit automnal et du pissenlit commun. Certaines épouses de fermiers utilisent les cendres blanches des épis de maïs à la place du carbonate de potassium. Une clôture faite avec des racines de pin blanc a quelque chose d’intrigant. Il y en a, ou plutôt il y en avait une (car elle a été renversée dans le fossé cette année) sur la route menant au pont de Hubbard, que je voyais là depuis plus de vingt ans. Elle était presque aussi indestructible qu’un mur et nécessitait sans doute moins de réparations. Elle était légère, blanche & sèche de surcroît, et ses formes fantastiques étaient agréables à mes yeux. On n’aurait pas cru qu’un arbre eût des racines aussi enchevêtrées & noueuses. Dans certains cas, ce n’est qu’un vulgaire entrelacs. Par exemple, lorsqu’elles s’entrelacent à la surface d’un marais, elle ressemblent vraiment à une clôture posée à plat, avec ses barreaux qui se croisent selon des angles variés et des racines qui poussent sans cesse autour d’autres racines, un phénomène rare hors du sol, et cela laisse des ouvertures carrées, en forme de diamants ou triangulaires – un peu comme une véritable clôture. C’est extraordinaire de voir à quel point ces souches & leurs racines sont blanches & propres, aucun lichen ou très peu ne pousse dessus. Elles sont préservées de toute décomposition. Les différentes ramifications des racines se mêlent sans cesse les unes aux autres, au point de former des figures grotesques, et de ressembler parfois à des harpes grossières dont les cordes lorsqu’on les choque produiraient en résonnant une sorte de musique, comme si l’esprit de la terre lui-même en jouait. Parfois, les racines sont d’une légère couleur vineuse par endroits, une teinte vespérale. Aucune clôture ne saurait être trop longue pour moi quand il s’agit d’étudier chaque souche individuellement. Sur le même temps, des rochers auraient été couverts de mousse. Peut-être ont-ils poussé les uns dans les autres, afin de tenir plus solidement.

C’est maintenant la saison des pommes sauvages. Je les cueille comme un fruit sauvage, natif de ce coin de terre, fruit de vieux 298 ans, arbres qui ont commencé à mourir alors que j’étais petit garçon et qui ne sont pas encore morts. Au vu de l’arbre, on ne s’attendrait pas à ce qu’en tombe autre chose que du lichen, mais une fois dessous, votre confiance est récompensée en découvrant le sol jonché de ce fruit plein de vie. Seul le pic-vert le fréquente, le fermier l’ayant désormais déserté, car c’est un homme de trop peu de foi pour aller regarder sous les branches. C’est une nourriture pour marcheurs. Parfois, les pommes sont rouges à l’intérieur, d’un beau rouge, une nourriture féerique, trop belle pour être mangée; pomme du ciel vespéral, des Hespérides.

Cet après-midi, j’ai entendu un grillon isolé chanter et striduler sur une berge; le seul que j’aie entendu depuis un bon moment, comme un écureuil ou un petit oiseau. Un chant bien net & perçant, si bien que j’imaginais qu’il s’agissait d’un merle d’Amérique nocturne, chantant en ce soir de l’année. C’est une mélodie fort belle & poétique pour un si petit chanteur. Je n’avais jamais entendu de grillon qui ressemblât autant à un petit oiseau. C’est un air remarquable: le chant de la terre. Il faut se souvenir de cette herbe délicate, sèche, ondoyante, duveteuse que j’ai vue hier, et que j’ai associée à l’automne. Les herbes sèches ne sont pas mortes pour moi. Une forme élégante possède autant de vie à une saison qu’à une autre. Je remarque que, partout dans les pâtures, de minuscules et jeunes molènes constellent le sol, avec juste quatre ou cinq feuilles plates & des racines qui ressemblent à des fils. Elles ne sont pas plus grosses qu’une pièce de quatre pence et se comportent comme le seigle & l’herbe d’hiver qui prend racine à l’automne pour se préparer au printemps. Ces petites choses ont réservé leur place pour la saison suivante. Elles ont une petite boulette de coton ou de duvet en leur centre, prête pour le départ, dès les premiers jours du printemps. Le pissenlit automnal? est encore chatoyant. J’ai vu un vieil os dans le bois, recouvert de lichen. Cela ressemblait à l’os du squelette d’un vieux colon, un petit animal venait de le ronger & j’ai clairement vu les marques de ses dents. La nature se montre inépuisable quand il s’agit de débarrasser la chair des os et de les faire retourner à la poussière.

Henry David Thoreau

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Festival de la Paraculture

Publié le par la freniere

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Le poète russe Yevtushenko meurt à 84 ans

Publié le par la freniere

Le poète russe Yevtushenko meurt à 84 ans

Zima station (extrait)

À mesure que nous vieillissons, nous devenons plus ouverts,

et donc nous Bénisse nos stars chanceuses ...

Les changements intervenant dans la vie assez souvent

Coïncident avec les changements qui se produisent chez nous.

Et si nous avons un point de vue différent,

si Nous avons changé

Si, regarder les gens,

ça veut dire Nous l'avons d'abord révélé en nous-mêmes.

Bien sûr, je n'ai pas trop vécu, et encore

À vingt heures, j'ai passé en revue ma vie:

Je n'aurais jamais dit

Et ce que je n'avais pas dit

J'ai vu que j'avais souvent été trop prudent,

N'avait pas été réfléchi, sensible, prétentieux,

Que dans ma vie, assez lisse, il n'y aurait

Être de véritables actes, mais plutôt de bonnes intentions.

Mais il y a encore un moyen de remonter

Et gagner de la force pour de nouvelles idées, juste

Retomber à nouveau sur le sol

J'avais l'habitude de marcher, pieds nus, poussant la poussière.

Cette pensée m'a toujours aidé partout,

Une pensée simple semble être, de loin,

Que je vais Vous revoir quelque part

Près du lac Baikal, station appelée Zima.

J'aimerais voir les vieux pins populaires,

Les témoins de l'ancien Des temps passés,

Quand l'arrière-grand-père, avec d'autres paysans,

Ont été bannis en Sibérie en tant que rebelle

Yevgeny Yevtushenko

traduction: Alec Vagapov


 

 

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