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639 articles avec les marcheurs de reve

Gaston Miron

Publié le par la freniere

Publié dans Les marcheurs de rêve

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Une extrémiste de la générosité

Publié le par la freniere

Une extrémiste de la générosité

Johanne!

La première fois que je t’ai vue c’était dans un personnage de Réjean Ducharme. Dans la pièce AIMEZ-NOUS PRENEZ NOUS! Une création de l’Organisation O , un autre titre pour INESPÉRÉE ET INATTENDUE, mise en scène par Germain Beauchamp, dans les années 70, époque où nous rêvions tous de transformer le théâtre. J’étais un grand lecteur des romans de Ducharme mais c’était mon premier vrai contact avec son œuvre théâtrale. Quel choc! Tu faisais partie du choc avec toute ta gang d’ailleurs. De merveilleux comédiens et comédiennes aussi fous et idéalistes que toi...que moi aussi peut-être. Plusieurs de cette gang deviendront de grands amis. Et nous nous suivions de près au gré des projets. Et puis j’ai vu tous les autres spectacles de l’Organisation O avec toujours autant de plaisir. Après je t’ai toujours suivie. Croisée. Recroisée. Avec toujours un immense plaisir de te revoir. Nous avons même joué ensemble dans ADIADA une pièce de la tchèque Jelena Kohout mis en scène par Louise La Haye. On s’était fait solidement descendre par la critique. Mais on a eu du plaisir pendant ces trois semaines de représentations. Malgré les salles vides. Malgré ma pancréatite. Que de souvenir. Je me rappelle de cette joyeuse énergie que tu transmettais à tout le monde. Je te perds de vue et puis je te retrouve au Cégep Lionel-Groulx où tu enseignes. C’est toujours la même Johanne Fontaine que je revois et avec laquelle je reprends contact. Unique. Authentique. Dynamique. Radicale. Plus vraie que nature. Je te perds de vue et je te retrouve dans LA VIE CONTINUE d’Yvan Bienvenue. Un spectacle que j’avais adoré. Dont le jeu était particulièrement percutant et qui savait porter les mots incisifs d’Yvan Bienvenue au sommet de sa parole singulière. Je me souviens, on en avait « jasé une shot » après le spectacle. C’était encore merveilleux. Mais voilà, tu nous quittes. On s’y attendait. Je sais. Mais on ne s’y habitue pas. À entendre tous ces témoignages émouvants, qui expriment bien tout l’impact de ton départ, c’est bien évident que chacun d’entre nous a dans son cœur « sa » Johanne Fontaine. Moi aussi j’ai la mienne. Ma Johanne Fontaine...Bien à moi. Toi! Johanne! Femme de théâtre. Engagée comme pas une dans tous tes projets. Femme de coeur avec la quelle je sentais tant de complicité. Johanne Fontaine , femme de théâtre atypique. Imposante. Attachante. Qui a su transformer sa maladie et son cheminement vers l’inconnu en une expérience bouleversante et apporter une grande leçon de vie à tous ceux qui t’ont suivi de près. Magnifique Johanne. Tu auras été une extrémiste de la générosité. Jusqu’au bout. Je suis renversé par cette ultime démarche qui fut la tienne . Je te salue avec beaucoup de modestie face à ce destin que tu as su si bien mené là où tu voulais. Je pense à toi. Tu m’aides à mieux vivre. C’est beaucoup. Merci Johanne!

Louis-Dominique Lavigne

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Christian Bobin

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Jean Morrisset

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Jean Morisset, Sur la piste du Canada errant, essai, Montréal, Éditions du Boréal, 2018, 368 pages 29,95 $.

Jean Morisset, Sur la piste du Canada errant, essai, Montréal, Éditions du Boréal, 2018, 368 pages 29,95 $.

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Décès de Frank Venaille

Publié le par la freniere

Décès de Frank Venaille

Depuis cinquante ans, ce poète fouillait inlassablement ses blessures, dans une implacable et néanmoins pudique quête d'identité. Grand prix de poésie de l'Académie française en 2011, et Prix Goncourt de la poésie en 2017,  Franck Venaille est mort ce jeudi 23 août, à l’âge de 81 ans.

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La Butte à Mathieu

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Interview de Christian Bobin

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Guy Beauregard: sculpteur sur sable de Saint-Jacques-le-majeur

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Guy Beauregard: sculpteur sur sable de Saint-Jacques-le-majeur
Guy Beauregard: sculpteur sur sable de Saint-Jacques-le-majeur

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L'homme qui chavire

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Giacometti

Giacometti

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Bruno Bourdiol (Odile)

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Bruno Bourdiol (Odile)

Bruno Odile est parti, plus loin que "l’intériorité de la foudre qui l’accablait". Il est parti, mais ce qu'il a été reste dans l'intégralité de sa langue car Bruno avait une écriture, la sienne : inimitable. Elle s'abreuvait au langage sur-humain, je veux dire qu'aucun de ces mots, aucune de ses phrases, ne venait du verbiage coutumier des hommes, son encre portait un cri puisé dans un subconscient d'humanité pétri d'espérance, de refus de résignation, pour n'être qu'à hauteur d'âme, dans l'immatérialité d'un ressenti aussi puissant qu'éblouissant.
Pourtant, Bruno n'est pas parti, lisez ses mots, son cri est l'absolue poésie, chacune de ses phrases est un joyau ; visitez et revisitez ses écrits, rendez vous sur son site "La colline aux cigales".
Voici quelques mots glanés au hasard de ses textes :

"Nos ventres collent au ciel et l’étoile que nous occupions a rendu l’âme de l’autre côté de l’univers. La terre se souvient de la consolation qu’elle a tenue dans son calice. Il nous faudra encore mille ans pour bouturer de la lumière sur le fin fond de la solitude. Nous n’avons rien appris qui ne soit une défaite sans harnais. Nous sommes le fouet de la brume et nous incarnons l’imperceptible mouvement d’une poésie incrustée sur les parois du miroir."

Bruno a aujourd'hui déposé sa robe de douleur, il a épousé son habit de lumière,
il est avec nous, lisez-le, et si la tristesse est là, c'est parce que la coquille vide des apparences nous cache la vision de l'essentiel, car oui, Bruno est là.


Jean-Michel Sananès

 

Le plus difficile c'est de se dire : "Il est parti". Formaliser que plus jamais nous ne referons ce vieux monde au téléphone ou par courriel, plus jamais nous ne débattrons ensemble de l'espoir ou de la trouée possible de la joie, plus jamais nous ne nous rencontrerons sur un salon du livre. Parce que, pour le reste, je sais que tu écris déjà dans la lumière, que déjà tu parles philosophie avec les anges, qu'encore ta verve chaleureuse et généreuse enveloppe l'espace. Je sais que tu es là, dans l'intersidéral de la pensée agrandie, dans l'accomplissement. Mais ta fulgurance à signer le dernier mot du dernier livre, ce point dans ton texte, cette phrase arrêtée en plein vol, sont une interrogation, une griffure sur la page. Et je suis sans voix. Sidérée. Pourtant, je te sais, plus présent que jamais dans cette amitié nôtre. Et je te sais là-bas, comme tu fus ici : vivant.

 

Ile Eniger

 

Derrière la porte.

Un jour sur terre, le swing de la misère
Dégoulinant de l’étagère à ampères
Illuminera les dernières miettes
Les restes d’un festin et les verres vides
De la clémence enlacée en paupiettes
Sur la table « nostre » dépitée de lipides
Le flux du pain chaud aux rizières du pauvre
Le combat du ventre chez le concierge du cri
Des images flottent entre les dents du loup
Ce n’est pas chez toi, mais chez les autres
Ce n’est pas du blé, cela ne fait pas un pli
Des images flottent encore où l’hostie n’est plus
La souffrance efface la bouche à la morgue de l’élu
J’ai peur du crouton rassis posé sur la braise du rêve
Et s’achèvent les souffles mal éteints dans cette trêve
Où plus rien ne jaillit où plus rien n’est une maladie
Je brandis le cercle de feu où jadis s’allumait la vie.

Rien, il n’y a rien. Ce qui manque est confiné dans l’oubli et ce qui est présent s’oublie parmi le monde qui peuple l’univers. Rétréci à l’extrême, une part de nous-mêmes reste emballé dans les surprises du jour à venir. Et personne ne les voit ni ne les entend.

Rien, pas même le vide pour compenser une solitude forcenée et tout à la fois désuète. Les regards juxtaposés évoquent un monde perdu. Les mains tendues expriment la quête éperdue. Le corps tout entier cherche l’aptitude nécessaire à l’obtention de l’absolu. La mie de nos sens tombe du ciel comme des parachutes multicolores que les astres rejettent de leurs espaces. Nous sommes ensemble et cependant dissociés.

Nous marchons vers ceux qui n’existent plus et nous ne le savons pas. Notre ignorance est le berceau de ces remouds qui nous bourlinguent à ne plus savoir ce qui est réel de ce qui ne l’est plus. L’exil sonne comme une cloche qui a perdu son tocsin. L’unité de soi résonne au fond du trou noir. Plus le rien se répand et plus notre chair ressent sa matérialité avec une intensité toute particulière.

Chalandage de l’équivoque, tout et rien se multiplient comme des tags sur les murs noirs de l’incompréhension. Nous marchandons nos âmes sur le rideau des chiffrages offensés. Des nœuds de marins enserrent nos valeurs endémiques et nos rêves se mélangent aux cordes à linge de l’improbable.
A l’ode du jour, les itinéraires désespérés laissent place à l’Avenir. Seules dans la contrition, nos mémoires affamées conservent le souvenir d’harassantes solitudes. A la croisée des larmes et des sourires de joie, la vie qui a cédé laisse place à de nouveaux horizons. Demain ne cesse d’empirer sur de larges promesses sulfureuses. Le souffle chaud de nos aventures terrestres s’évade en de larges bouffés d’espoir. Parce que demain est un autre jour. Parce que demain est l’émancipation de toute surenchères immédiates. L’Avenir tient dans ses bras l’ombre de tous nos secrets. L’Avenir s’oppose aux lâcher-prises pulsionnels et s’offre à la réjouissance d’existence. Vivre s’insurge comme les flammes de la Saint-Jean claque les portes à la brutalité de l’hiver. Chacun se cherche dans cette humanité déshumanisée. Chacun s’apitoie sur son sort avant de pouvoir rompre la chaîne qui nous boulonne à un passé qui nous ne ressemble plus.

Adieu ma terre fondatrice et mon jardin
Adieu maison brûlante et joutes controversées
J’ai jeté l’espoir par deçà la lampe d’Aladin
Pour enflammer l’horizon de son discrédit ouaté.
Tant que la haine et l’indifférence pactiseront
Pour taguer les bouquinistes de la lumière
Pour pourfendre les joies spontanées
Crédulité et innocence des jours heureux s’enfuiront
Avec les papillons et les lucioles manœuvrières.

La joie fréquente les passerelles verdoyantes et les trajets phosphorescents qui inondent nos ciels brumeux les soirs de consternation. Pas de bouderies mesquines, pas de sillages entachés de grises mines ! L’émotion précède tout penchant au désarroi. Le sentiment d’exister plus haut que le simple fil des mortels nous ôte toute équivalence. Nous sommes oiseau sur les nuages chargés de grêle, nous sommes les voltigeurs rescapés du désastre, nous sommes les anges habités par le circonflexe des états d’âme. Minéral, la rivière emporte sur son chemin, les cristaux de nos Adn. Et, nous le savons instinctivement, il nous faudra creuser, creuser mille fois avant de retrouver un centième de ces pépites. Un pied sur chaque rive, nous tendrons nos bras et nos poings pour crier notre détresse conjurant le sort. La vie a plus d’un jeu dans son sac. Elle s’arbitrera de son élan combatif. Elle perdurera, seule, comme une jeune mère bravant la déroute et protégeant l’enfant logé dans ses bras.

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

 

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