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paroles indiennes

Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Deborah Miranda

" Je suis une métis. Mon père est d’ascendance Esselen et Chumash (Santa Barbara, Monterey, Santa Ynez, Californie). Ma mère a des ascendances Française et juive .Mon expérience des tribus apparaît avec l’histoire des missions et l’histoire des Indiens de la côte ouest du sud de la Californie, se poursuit avec le ressort et la résistance de ces peuples et leur résurgence viviviante, réjouissante. Je suis née à L’hôpital de UCLA, j’ai grandi jusqu’à l’âge de cinq ans à Los Angeles, puis ma mère a déménagé pour l’état de Washington. Mon père nous y a rejoint huit ans plus tard. Tous les trois avons alors essayé de renouer et d’appliquer les modes de vie tribaux jamais oubliés, jamais perdus. Ma mère a fait des recherches généalogiques, mon père avait de très nombreux et très riches souvenirs de son enfance car la précédente génération avait fait l’expérience physique d’une cohésion tribale intacte. Mon goût prononcé de raconter, d’écrire, a fait le reste car nous avons ainsi pu réunir, recomposer des familles perdues de vue depuis longtemps, et des membres de la tribu Esselen vont ainsi pouvoir obtenir un statut reconnu. Je suis fière d’avoir contribué à cet effort."
 
Une cérémonie des pleurs

Pleurez pour la naissance, pour la façon dont le pouvoir entre
et sort simultanément.

Pleurez pour l’étonnement qui nous est donné
telles des étoiles au dessus d’une route sombre.

Pleurez pour le silence, la silhouette
d’un cerf dans les prairies au petit matin.

Pleurez pour la confiance, telle une fleur jaune
s’épanouissant dans des lits de lave noire.

Pleurez pour la mémoire pareille à des os dans la terre la plus douce
qu’on aurait pas dérangés.

Pleurez pour la compréhension, identique au son
d’eau pure émis par la source.

Pleurez pour les retrouvailles, la façon dont les miracles même
se produisent auprès des survivants.

Pleurez pour le désir, le passage vers le centre
d’une montagne ancienne.

Pleurez pour la plénitude , un rêve à l’intérieur d’un rêve
dont on vous fait don pour le louanger.

Pleurez pour la force, comment elle monte en spirale
telle la fumée qui véhicule des prières.

Pleurez pour la foi, telle une plante sacrée
elle arrive à maturité avec un épais et riche feuillage.

Deborah Miranda

Traduction et commentaire de Béatrice Machet

 

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Publié le par la freniere

Joseph Bruchac est l’auteur aussi bien de récits de fiction que de poésie. Il a également recueilli les contes des peuples Iroquois et Abenaki dont le fameux : Thirteen Moons on The Turtle’s Back. Récompensé par un prix littéraire, il apparaît, en tant qu’auteur ou co-auteur, dans plus de cinq cent publications et dans une bonne soixantaine de livres. Il a fondé avec sa femme Carol la maison d’édition The Greenfield Review Press, et il est le directeur de la revue littéraire  The Greenfield review. Son travail d’éditeur et de revuiste ont débouché sur des ouvrages d’anthologie. Il aime aller à la rencontre des artistes comme lui, d’ascendance Indienne En effet Joseph Bruchac est certainement aux U.S.A. celui qui connaît le mieux la poésie Indienne et ses auteurs, en cela il est leur plus ardent défenseur. Il vit au pied de la montagne Adirondack, dans la ville de Greenfield, dans le nord de l’état de New-York, dans la maison où ses grands parents maternels, membres de la nation Abenaki, l’avaient élevé. Malgré des ascendances Anglaises et Slovaques, il affirme que c’est son héritage Indien qui l’a le plus nourri.

 En 2003-2004, Joseph a vu édités deux recueils de poèmes (éditions West End Press) : NDAKINA (notre terre en langue Abenaki) et ABOVE THE LINE.

En mars 2005 paraît un roman, intitulé CODE TALKER, retraçant la participation des Indiens Navajo à la deuxième guerre mondiale, notamment dans le codage des messages secrets de l’armée , à travers la vie d’un jeune héros de 16 ans.

Joseph Bruchac, est le plus ardent défenseur de la littérature Indienne sur le sol Nord-Américain. Il dédie son recueil NO BORDERS ( dont sont extraits les trois poèmes) à tous ceux qui pour regarder la terre n’ont pas recours aux cartes. Ces textes tout droit tirés de son héritage Abenaki, sont un témoignage mais aussi une réflexion sur la notion de frontière : un terme cher au mythe de la conquête de l’ouest qu’il convient de remettre en question sous l’éclairage des événements mondiaux contemporains.

 Ce livre est tout à fait représentatif de ce qu’on appelle aujourd’hui " littérature Indienne " : ni description de la déchéance de certains de leurs frères, ni trahison de leurs cultures orales, mais bien émergence d’une écriture littéraire résolument consciente d’une identité riche et bien vivante. Cependant attention ! les auteurs Indiens ne veulent pas être enfermés et réduits à ce simple et terrible adjectif d’indien, ils s’adressent à tous les humains sans distinction de culture ou de couleur. Rappelez-vous : aucune frontière, pas d’étiquettes, pas de tiroirs mais l’ouverture du cœur.

 Recueil traduit par Béatrice Machet et disponible aux éditions VOIX , collection " vents contraires.

 
 

LUNE DU SIROP D’ERABLE

Quand la neige commencera juste à disparaître,
à l’orée de nos bois nordiques,
les érables encore une fois nous apporteront,
montée de leurs racines, une douce sève.
Une histoire Abenaki racontait ceci :
Une fois, les érables versèrent du pur sirop.
Tout au long de l’année, il suffisait de casser un rameau
pour remplir votre coupe en écorce de bouleau.
C’était si facile, les gens en devinrent paresseux.
Ils se contentaient de s’allonger sous les arbres,
la bouche ouverte, et de boire toute la journée.
Glooskap, le géant qui aidait le peuple,
vit que c’était là mal faire, et donc il
mit en réserve
beaucoup d’eau dans chaque érable.
Et depuis ce jour, ce n’est pas aisé
de faire notre récolte auprès des arbres.
Nous faisons bouillir quarante litres de sève
pour n’obtenir qu’un seul de sirop d’érable.
Mais bien que Glooskap l’ait durci,
ce travail rend le goût de notre sirop bien meilleur.

 

LES ANGLES


Aux coins des rues
devant les magasins de boissons alcoolisées
les gens s’appuient au mur
dans des volutes de fumée
que le vent pousse
au bout du monde
Dans ces angles aigus
ils oublient un monde
qui une fois fut rond
et, hors de leur conscience , ce vent
les emporte par dessus une limite
plus tranchante et plus impitoyable
que les éclats de verre
de la bouteille qui tombe
et brise les ailes de l’Oiseau Tonnerre.


Les oiseaux Tonnerre, ou l’Oiseau Tonnerre est une émanation du grand Esprit, dite puissance rouge chez les Sioux. Rêver de L’Oiseau Tonnerre est une vision très puissante qui détermine un grand changement dans la vie d’un homme, voire dessine sa destinée . N.d.t.

 
Joseph Bruchac

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Amérindien
 
Je suis l’Indien d’Amérique l’Amérindien
Comme je n’ai pas laissé de documents écrits
le Blanc ne se souvient de rien
car comme il le dit si bien
dans sa langue qui ment
si l’histoire commence avec l’écrit
et que l’écrit commence avec le Blanc
l’histoire commence avec le Blanc
(et sans doute finira-t-elle avec lui)
 
Mais l’histoire de mon peuple commence
par l’écho de ma parole en sa magnificence
dans le cœur et dans la bouche de mes enfants
Et la vérité de mes paroles me vient autant
de la femme qui m’a mis au monde
que de celle qui enfante ma nation
et dont j’incarne la très pure vision
La vérité me vient aussi de la Terre féconde
et de ma constante écoute des voix sacrées du Ciel
qui me dictent dans mes rêves la voie essentielle
celle qui mène sur le sentier de la sagesse
où j’apprends que la simplicité est la vraie noblesse
La vérité me vient encore de tous les animaux
ceux qui rampent et ceux qui marchent sur le sol
ceux qui nagent au plus profond des eaux
et ceux qui font valser le ciel dans leur envol
La vérité me vient toujours de la ronde des saisons
Car l’essence de mon existence et de ma culture
c’est mon respect de tout ce qui respire sans exception
Ma culture est une action de grâces à la Nature
 
Et quand je pense à la disgrâce
dans laquelle tu as jeté ma nation
je prie pour retrouver l’état de grâce
où je suis soleil d’amour et compassion
 
Raoul Duguay Luoar Yaugud
 
 
 

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La deuxième paix est celle qui se crée entre

deux individus, la troisième est celle qui

soude deux nations.

Mais au-dessus de tout cela il vous faut

comprendre que la paix ne sera pas possible

entre les nations tant qu'on ne sera pas

convaincu que la véritable paix

- comme je l'ai souvent dit -

se trouve au coeur même de l'âme humaine.

 
Black Elk
 

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The earth does not belong to man ; man belongs to the earth. This we know. All things are connected. Whatever befalls the earth, befalls the sons of the earth. Man did not weave the web of life, he is merely a strand in it. Whatever he does to the web he does to himself.

Chief Seattle, Suquamish, USA

 

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LA CHOUETTE


Les soirées sont marquées de sa question
à l'heure où les collines laborieusement retiennent
la dernière lueur du jour mourant.

La nuit retient ceux qui rêvent d'elles;
Les bois, la rivière, le talus,
et le champ sont prêts

pour la réponse et son aile assassine.
Aveugle autant que la peur et les chauves-souris
la chouette est toute ouïe.

Sa nourriture est sonore:
ses oreilles tranchantes comme la faucille que figure le croissant de lune,
ses serres bruyantes qui fissurent l'os affolé.

Écoutez: la chouette en silence est partie
à travers la nuit
pour fendre des crânes sur du bois ou sur la pierre.

Jim Barnes

 Il est né à l'est de l'Oklahoma en 1933. Il est de descendance Choctaw, Anglaise et Galloise. Diplômé en littérature comparée à l'université de l'Arkansas. Il a été publié dans une douzaine d'anthologies. Entre les années 70-80, il publie au moins 200 poèmes, et ces dix dernières années, trois recueils de poésie.
On peut retrouver ses poèmes d'inspiration Choctaw dans l'anthologie éditée par Rougerie Poètes Indiens D'Amérique (coll. Poésie présente)

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Poème chamanique esquimo recueilli par Rasmussen :

I awake with the morning cry of the grey gull

I rise with the morning cry of the grey gull

I do not look towards the darkness

I look into the light (...)

Je m’éveille au cri matinal de la mouette grise

Je me lève au cri matinal de la mouette grise

Je ne regarde pas en direction de l’obscurité

Je regarde au cœur de la lumière

 

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Publié le par la freniere


Plus de 10 % des femmes d’Amérique du Sud deviennent mères avant l’âge de 12 ans. Ce chiffre atteint 16 % au Brésil. Pourtant, les chiffres officiels rapportent que plus de 70 % d’entre elles ont accès à la contraception, un taux pas si éloigné de celui de l’Europe. Mais face aux moyens de communication développés par l’Etat, la religion fait de la résistance. Dans les contrées les plus reculées, c’est l’Eglise qui impose encore ses doctrines. Au Pérou, l’an passé, elle a réussi à faire interdire la gratuité de la pilule du lendemain. Si le taux de fécondité est en train de baisser en Argentine, cette décrue ne se fait pas au même rythme selon que l’on habite à Buenos Aires ou dans les Andes, où les familles de huit enfants et plus ne sont pas rares.

http://richardg.blogs.com/avantlalettre

 


 

 

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LE PAPILLON MONARQUE 

Contepec est un village entouré de collines dans la région orientale de l’Etat de Michoacan. Au-delà des collines, se trouvent les Etats de Mexico, Quérétaro et Guanajuato. La colline la plus haute se nomme Altamirano et sur son sommet, El Llano de la Mula, se rend chaque année, depuis le Canada, le papillon Monarque, le Danaus Plexippus, de la famille des danaïdes. On estime que ce lépidoptère, attaché aux forêts d’oyameles (1) (Abies religiosa) et aux plantes algodoncillos (petits cotons) et venenillos (petits venins) (Asclepia Syriaca) dont il se nourrit et dont il tire son odeur et son goût désagréables afin d’éloigner ses, prédateurs naturels, existe depuis deux cents millions d’années.

Sur El Llano de la Mula, quand chauffe le soleil dans les jours limpides d’hiver, des millions de papillons couvrent les troncs et les branches des oyameles, créant un ciel et un sol mobiles d’ailes tigrées, que l’on entend dans le silence profond, des bois comme une brise de feuilles sèches.

Quand vient le printemps, une mer de papillons descend par le Valle del Pintor et par les flancs de l’Altamirano à la recherche d’eau et de chaleur, atteignant les rues du village qui deviennent alors des fleuves aériens.

Vers la fin du mois de mars, les colonies prennent la route du retour vers le Nord, pour revenir ponctuellement, mêmes et différentes, au début du mois de novembre.

Une légende indigène de tradition orale a essayé de mettre en relation l’arrivée annuelle des papillons et le retour des âmes des morts, en associant la présence de cet insecte aux cérémonies qui vouent un culte au passage fantomatique de l’homme sur la Terre.

Je crois que cette légende est née afin de répondre aux questions des journalistes à propos de l’existence d’histoires locales (nahuas, mazahuas et tarascas) sur les migrations du Monarque.

Né à Contepec, Michoacàn, j’ai vu chaque année, pendant mon enfance, passer le papillon Monarque devant le jardin de ma maison. De la porte donnant sur la rue, j’ai observé la colline d’Altamirano comme un oiseau aux ailes ouvertes, toujours sur le point de prendre son envol et de s’en aller, mais toujours là.

Là-haut, le Llano de la Mula enfermait son secret des papillons et des coccinelles. Des coccinelles que l’on trouvait par centaines de milliers dans les plantes, transformées en grands bouquets de coléoptères.

Nous, habitués à voir tous les ans les colonies peuplées de millions de Monarques, nous ne savions pas (comme on l’a su à partir de 1974, grâce aux recherches de Norah et Fred Urquhart) que ce lépidoptère venait du Canada en un long voyage migratoire de 4 à 5000 kilomètres, volant à une vitesse approximative de 15 kilomètres à l’heure et entre 120 et 160 kilomètres par jour, et qu’il était l’arrière-petit-fils de celui qui était parti l’année précédente.

Quand j’ai commencé à écrire des poèmes, je me promenais le soir dans le village, allant vers la colline d’Altamirano ou vers le verger de Trinidad Monroy, en direction opposée. De ces deux endroits, je dirigeais mon regard vers le Llano de la Mula, avec ses hiboux et ses colibris, ses coyotes et ses serpents à sonnettes, ses petits renards et ses vipères cornues. Ainsi la colline est-elle devenue le paysage de mon enfance, ma mémoire d’enfant.

A dix-sept ans, je suis parti pour la ville de Mexico (sous prétexte d’étudier le journalisme, mais en réalité pour écrire de la poésie). En 1966, avec mon épouse Betty, j’ai entrepris un voyage à travers les Etats-Unis et quelques pays européens, qui a duré quatorze ans, et je suis revenu chaque année, sauf une, à Contepec, pour les mois d’hiver. Je suis monté chaque année sur la colline pour visiter le sanctuaire des papillons. Pendant ces visites, les paysans m’informaient sur les coupes de bois et les incendies qui s’étaient produits pendant mon absence et me révélaient les projets d’exploitation forestière des édiles municipaux et des représentants des secrétariats de la Réforme agraire, de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques.

Chaque année, on coupait davantage d’oyameles dans le Llano de la Mula et de moins en moins de papillons se rendaient au sanctuaire. La beauté naturelle qui, un jour, avait stimulé ma littérature était pillée et les images qui avaient enrichi mon enfance étaient détruites. J’étais désespéré par la possibilité que Contepec ne devienne, comme tant de villages au Mexique, une terre en friche entourée de collines pelées.

Le manque de respect envers la forêt que manifestaient de nombreux êtres humains, m’humiliait en tant qu’être humain et me faisait me sentir un étranger sur le lieu de ma naissance.

«Comme c’est étrange, me disais-je, nous respectons les chefs-d’œuvre de l’homme dans tous les musées du monde, mais nous détruisons aveuglément les chefs-d’œuvre de la Nature comme s’ils étaient notre propriété et comme si nous déterminions le droit à l’existence d’espèces qui sont sur terre depuis des temps immémoriaux.»

J’ai compris qu’il était difficile pour les gens autour de moi de se préoccuper de la conservation des arbres et des papillons quand ils devaient répondre à des nécessités plus angoissantes. Je me suis rendu compte aussi que ceux qui rasaient les forêts et faisaient le trafic d’animaux n’étaient pas à proprement parler des paysans, qui eux protégeaient les arbres, mais des trafiquants de bois professionnels qui, de plus, emportaient à leur profit le bien public.

Après les coupes, les gens autour de moi étaient aussi pauvres qu’avant, mais maintenant ils l’étaient au milieu d’un environnement dévasté et laid. J’ai compris que ceux qui détruisaient les chaînes de vie violaient les droits des hommes des communautés qui cherchaient à vivre en harmonie avec leur milieu, et que, très souvent, ils commettaient un crime social et moral en détruisant leurs forêts, en polluant leur eau, en érodant leur terre. En somme, en les privant de leur nourriture. Et tout cela, au nom du progrès économique. Mais quel progrès peut-il y avoir quand les écosystèmes sont endommagés et que le sol devient inhabitable et stérile ?

J’ai laissé courir mon imagination sur la possibilité d’avoir un jour une influence politique et obtenir que le gouvernement déclare la colline d’Altamirano parc national. Bien que je sache que les dangers encourus par le sanctuaire du papillon Monarque ne disparaîtraient pas avec un décret officiel, car les parcs naturels (telles les forêts des volcans Popocatepetl et Iztac Cihuati, plus importants que la colline de mon village) étaient sujets à des coupes de bois.

Autour de moi, il n’y avait presque plus de montagne ou de forêt qui échappât à la hache et à la tronçonneuse des bûcherons, depuis la Lacandonia jusqu’aux forêts vierges de Chihuahua, depuis les Chimalapas jusqu’aux forêts de Veracruz et de Mlchoacàn.

Après que le Groupe des Cent eut manifesté le 1er mars 1985, dans le but d’arrêter la détérioration de l’environnement dans la vallée de Mexico, j’ai pu, à la fin du mois d’avril 1986, lors d’un voyage sur le site d’une centrale thermoélectrique, convaincre le secrétaire d’Etat à l’écologie et au développement urbain d’alors, Manuel Camacho Solis, de faire en sorte que le président de la République, Miguel de la Madrid Hurtado, déclare les sanctuaires du papillon zones protégées. La nouvelle fut rendue publique au moyen d’une lettre brève et générale, lue par Camacho Solis à des enfants de Ciudad Satélite, dans la forêt de Chapultepec, précisément le Jour de l’Enfant.

Passèrent des semaines de silence jusqu’à ce qu’un après-midi, on m’appelle du Secrétariat à l’Ecologie et au Développement urbain pour m’inviter à une réunion avec des représentants du gouvernement, compétents en matière de destinées de sanctuaires. On décida là que l’on protégerait seulement les zones-noyaux et non pas les zones d’influence ni les collines. Le pire de tout, c’est qu’ils laissaient en dehors la colline d’Altamirano parce que l’un des conservateurs qui assistaient à la réunion ne connaissait pas le sanctuaire du Llano de la Mula.

J’ai obtenu que l’on inclue la colline dans le décret, qui a été publié au Journal Officiel de la Fédération le jeudi 9 octobre 1986, et où l’on déclarait zones protégées pour la migration, l’hibernation et la reproduction du papillon Monarque les régions telles que Sierra Chincua, Sierra del Campanario, Cerro Huacal, Cerro Pelon et Cerro Altamirano.

Les zones-noyaux constituaient l’habitat indispensable pour «la permanence du phénomène migratoire... et la banque génétique des diverses espèces qui y habitent». On décrétait «l’interdiction totale et indéfinie de l’exploitation forestière de la flore en général et de la faune sauvage». Les zones-tampons étaient destinées à protéger les zones-noyaux de l’impact extérieur et on y permettait des «activités économiques productives dans les limites des normes écologiques». «Les interdictions d’exploitation forestière et cynégétique y auraient là un caractère temporaire.»

Dans les zones-tampons ainsi que dans les collines, la coupe d’oyameles et les incendies provoqués continuèrent à se produire après le décret officiel.

Dans l’hiver 1989, à cause d’un incendie criminel et de l’exploitation abusive d’oyameles dans le sanctuaire, les papillons s’y sont rendus mais n’y sont pas restés. Comme le lépidoptère évite les zones de clairières, j’ai cru que le fragile équilibre entre climat et habitat était rompu, que l’esprit avait quitté le lieu et que jamais plus les papillons ne reviendraient au village. Par ailleurs, près des autres sanctuaires, le seul bruit que l’on entendait au petit matin était celui des tronçonneuses, la seule industrie florissante que l’on voyait sur les chemins de l’Etat de Michoacàn était celle de la coupe d’arbres. Sur les routes, des camions pétaradants et fumants passaient sans cesse, chargés de troncs.

Le Monarque est revenu à Contepec l’hiver suivant, établissant sa colonie un peu en dessous du Llano de la Mula. Les habitants du village se sont rendu compte que si les coupes d’oyameles continuaient, l’habitat des papillons allait disparaître dans la colline d’Altamirano avant la fin du millénaire.

Dans un monde où s’éteignent les grands animaux comme les tigres de Bali et de Java, où les rhinocéros sont chassés pour leurs cornes et les éléphants pour leurs défenses, où l’on tue les crocodiles à coup de fusil ou en les écrasant avec des bulldozers, où des milliers de singes et d’oiseaux sont capturés et vendus tous les ans dans un trafic illégal d’espèces, où disparaissent massivement des organismes vivants sans nom, peut-être qu’une colline ou un papillon n’ont pas d’importance. Mais si nous, nous pouvons sauver des déprédations de nos prochains le papillon Monarque et la colline d’Altamirano qui ont constitué le paysage de notre enfance et ont fabriqué nos rêves d’enfant, peut-être alors que d’autres êtres humains pourront sauver leur colline ou leur papillon, et tous ensemble, nous pourrons sauver la Terre de l’holocauste biologique qui la menace.

Parce que, après tout, le long voyage de ce papillon dans l’espace et le temps terrestres n’est-il pas aussi fragile et fantastique que celui de la Terre à travers le firmament?

(1) oyamel: conifère mexicain.

 
Homero Aridjis

extrait de Message du Mexique
 
 

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Géographies 4

memoria memoria

memory of other languages
I’ve once spoken
et dont j’ai oublié tous les grelots

mémoire d’un autre langage
disparu sous la ligne de flottaison

mots hurons
mots iroquois
mots muskégons
mots partis en canot
sur la géographie de la toundra
pour ne jamais revenir
nee-zee t’sontsi-tzé
bou-tchi-à-tcho
maçi tcho

mots-frasil humectant les lèvres
de la rivière enragée
chansons esquimaudes dansant
sur les aurores boréales de février

tell me brother
quelle langue rêvaient nos ancêtres
sur la marée du fond des bois
quelle langue traçaient nos ancêtres
en ouvrant la trail après la tempête

fala para me irmazinha
quelle langue causaient les anciens
aux racoûnes en fleur et aux renards croisés
quelle langue rêvaient les sorciers de l’île d’orléans
juste avant de se transformer en wendigos

mech’ mech’ mech’ don’

marche marche marche donc
glottaient les vieux esquimaux-koutchines du koyoukon
à leurs chiens-loups

ravages chicoutées michipichou
nâgane barcanes bouscueils

d’où me viennent tous ces mots
ayant échappé au contrôle académique

ouapiti chikok carcajou
aglou oumiak eekalou

mais d’où me viennent donc
tous ces sons

*

mémoire d’une perte de rivière
mémoire d’une résurgence géographique
frimousses marines
glaciers jongleurs
forêts galeries

mémoire morène
mémoire-marrow
mémoire-marronne

mémoire de la peau

a pele como memoria
o sotaque como pele

la peau comme un accent
la mémoire comme couleur

*

mémoire-marée
approche-toi encore plus près
prends ma rivière par la main que je te raconte

assis devant le shack du patriarche
au détour de la baie-des-shikoks
j’ai vu arriver un jour par le train la ville de chicago
vers la fin d’un après-midi de scattered showers

j’étais là always
j’étais toujours présent
derrière l’histoire de ce continent

à l’angle de la 51ème et de la 49ème
durant la nuit des longs couteaux
just behind the fence
I was there

haven’t you seen me in the shadow
surveillant un nuage de maringouins

I was always there
and you never knew

I was there
standing under the sun
quand le missouri a pris son dernier bateau à roues

j’étais
à Saint-Louis-du-Mississipi
quand le corsaire Jean Lafitte est mort comme un prince
racontant une dernière histoire d’abordage amoureux
pour réchauffer un vieux Métis transi de fièvre

I was always there

mémoire apeurée devant ses propres souvenirs
pourquoi avoir fait semblant de ne pas me voir

j’étais ici là-bas partout
and
while they were trying to tear off my witnessing-eyes
je leur sifflais au visage
la chanson des folles avoines et du riz sauvage
et leur échappais à nouveau
dans un tourbillon de rigodons à deux ponts

*


regards de toutes les caravelles
balayées par le solstice

géographies géographies
névés névés névés
me ajudem

voilà que la grande marée de juin
a roulé ses mots jusqu’à la croix du nord
et baigné ses joncs jusqu’à l’étoile du sud

mémoire-mirage
mémoire-glacis
mémoire du futur

vienne la clarté de la brume
vienne l’odeur de la lumière fraîche
jusqu’aux cuisses de l’aurore

j’ai franchi tous les rapides
et descendu tous les portages
j’ai remonté toutes les forêts
et traversé toutes les clairières

écrivain analphabète de la traversée géographique
je veux nager dans la débâcle des siècles
et reprendre l’espace évanoui

Jean Morisset
bele horizonte / Montréal
10 août - 20 octobre 1990

 

 

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