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paroles indiennes

Paroles indiennes

Publié le par la freniere

Géographies 3

des hommes en rouge sont venus ils ont brûlé nos maisons et nos goélettes ils ont saccagé nos champs et fauché nos rêves le long du fleuve et alors nous avons décidé de brûler nos mémoires pour étouffer leurs feux et défaire toute trace de leur passage

des hommes en rouge sont venus ils ont voulu emporter ta crinière et arracher tes fougères mais tu leur as échappé comme un vol de sarcelles sur le jusant en claquant joyeusement des ailes

un grand frisson boréal a traversé le crépuscule de part en part et nous sommes réapparus de l’autre côté de l’hiver comme des perdrix blanches aux pétales vermeilles qu’aucun moins quarante ne saurait contenir

et voilà que nous avons dansé comme des saute-neige qu’aucune congélation ne saurait anéantir

 

*

mémoire de tous les non-dits de l’hiver

raconte-moi je t’en prie
tout ce qu’ils n’ont pas cessé de se cacher pour vivre
sans s’avouer qu’ils en mourraient déjà

mémoire des pas qui se promènent
dans la cuisine des petits canadas nice & wasp
derrière la fenêtre de l’assimilation


eux qui avaient parcouru l’amérique de fond en comble bien avant l’arrivée des yanquis n’avaient qu’une seule hantise se départir de leur archéologie première oublier leur histoire par le culte même du passé afin de devenir de vrais-américains-de-la-dernière-heure — tout comme les Grecs Italiens Portugais ou Chinois — et avoir enfin droit au plaisir de la même ségrégation démocratique que tous les autres
«Oh tell me, please tell me, don’t you remember? Tell me that language you were murmuring to me when I was a kid! It was so soft. Fresh as a pillowslip. Oh, tell me again that chanson you were singing so quietly in the twilight’s rocking chair. That lullaby. Lul-la-by! That libellule. Li-Bell-Youle. You don’t know anymore? You have forgotten again the word libellule. I can’t believe it. It had taken you a full month to extract it from the basement of your fading memory and you lost it again. I just can’t… Your name is the last drop of french I got. Nothing else. Why have you quitted speaking my own language? You should have quitted smoking instead. Why have you quitted dreaming our own memory? Why? Why? Why? Why have we let so quietly our own heritage be wiped off?»
Libellule. Libellule. Li-Bell-Youle. Oh, what a splendid lullaby we used to be!

(...)

Jean Morrisset

 

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Géographies 1

Géographies géographies
géographies géographies

me adjudem por favor
neiges nomades des grèves du grand large
mémoires des poudreries ensorcelées
prières burinées des vieux sagamos
aidez-moi pour faveur

racontez-moi
la vie de tous mes ancêtres

racontez-moi
les rêves de tous ceux qui ont disparu
dans le courant des amériques

please tell me the story of my former life

j’appartiens à une perte de mémoire
dont j’ai perdu la trace

j’appartiens à la mémoire d’une autre mémoire

géographies géographies
me adjudem por favor

je suis d’une tribu
ayant parcouru dix mille ans de glaciation
sous les méandres de l’espèce

je suis d’une tribu
aux bras débordant de rivières

je suis d’un peuple couvert de lacs de tourbières
n’ayant jamais cessé de déambuler
entre les franges d’un destin en éternel portage

*

je suis d’un peuple dont on a coupé le mississipi

 
(…)
 
 
Jean Morrisset

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Publié le par la freniere

Géographies 2

memoria memoria
memoria do fogo
memoria do gelo

memoria da memoria

brûlures du verglas sur la langue
sueurs blanches du solage renchaussé
caresses du couchant sur la nuque du temps
crépuscules renversés sous les labourages de l’histoire

mémoire d’une autre mémoire
mémoire de la nuit endormie

méditation de la pelouse sous la neige
mémoire de la source vertébrale

mémoire des outardes venant se poser chaque printemps
sur la poitrine des battures et l’estran de tes reins


mémoire de l’oubli
me ajudem
je suis d’une tribu
mise en jachère par l’histoire

je suis du clan-papillon
butinant d’une langue à l’autre sans lieu fixe
à travers tous les sucs de la transhumance

memoria oh memoria

mémoire en fièvre mémoire en friche
mémoire-fusion mémoire-érosion
me ajudem

je suis d’une tribu
aux pollens patinés par les mouillures de l’être

je suis d’une tribu aux archives conservées par le vent
et aux mythologies incrustées de lichens

tapis roulant
traversé de frontières
qui jamais ne lui ont appartenu
sous le flot des arrêtés-en-conseil
je suis d’un peuple ayant vu sa géographie
se dérober sous ses mocassins
pour le soulager de sa propre errance
je suis d’un peuple dont on a arraché
tous les muguets sauvages
pour le soulager de sa liberté

*

memoria oh memoria

mémoire orale
mémoire sans voix
mémoire analphabète

mémoire ensevelie sous les mangroves du grand nord
mémoire du ventre assoupi sous les crans de la nuit

mémoire ovale
mémoire migrante
mémoire en flocons de brume

mémoire des gouttes de silence sur les cristaux de soleil
mémoire de la glace en transes
mémoire des ruisseaux intra-utérins
sur la paroi du couchant

mémoire des sauts de lèvres
dans la fardoche du rêve

mémoire du passage-de-la-grande-coulée
glissant vers la plage endormie de l’oubli

mémoire de tous les non-dits de l’été

raconte-moi je t’en prie
tout ce qu’ils n’ont cessé d’oublier pour vivre
si tu veux que j’oublie à mon tour
par fidélité patriotique

(...)

Jean Morrisset

 

 

 

 

 

 

 

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Publié le par la freniere

En 1854, le président américain propose aux Indiens de la tribu Suquamish, au Nord-Est des Etats-Unis, de céder leurs terres en échange d'une vie parquée dans une « réserve » . Voici la magnifique réponse du chef Seattle (1786-1866), célèbre mais rarement éditée, dans sa traduction d’anthologie1.


Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L'idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.

La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge. Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il la conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L’Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L'air est précieux à l'homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle - la bête, l'arbre, l'homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes. Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l'homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour - c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les Blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et (homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.

Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu. La fin de la vie et le début de la survivance.

 (1) Le chef des Indiens Suquamish adressa un discours, en 1854, à un commissaire américain préposé aux questions indiennes et chargé de concrétiser des « arrangements territoriaux ». La plus ancienne trace écrite de ce discours est une transcription, à partir de notes prises en 1854, publiée dans le Seattle Sunday Star du 29 octobre 1887 par Henri Smith. Le texte publié ici est la très belle traduction libre de ce dernier document, tout à fait fidèle dans l'esprit, rédigée par le scénariste Ted Perry pour des besoins filmographiques dans les années soixante-dix. On trouvera le texte original de Henri Smith reproduit sur le site Internet de la tribu Suquamish : www.suquamish.nsn.us et l'on pourra lire un recueil de textes indiens exprimant la même sensibilité dans le recueil Pieds nus sur la Terre sacrée, Denoël, 1971.

 

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Publié le par la freniere

Bien des peuples méprisent les nomades. Pourtant, ils sont nomades eux aussi, car, à l'heure de sa naissance, le nouveau-né ne sait pas d'où il vient, et à l'heure de sa mort le vieillard non plus ne sait pas où il va.

Jean-Marie Kerwich
poète gitan

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Publié le par la freniere

Botsawa

Les Bushmen se mobilisent
Tandis que le gouvernement botswanais tente de censurer la presse nationale sur la question de Bushmen, l'organisation First People of the Kalahari a lancé en septembre dernier le site internet www.iwant2gohome.org (je veux rentrer chez moi). On y découvre les portraits de 375 Bushmen qui témoignent de leur volonté de retourner sur leur terre ancestrale. Les Bushmen ont également lancé un appel à l'intention des acteurs Angelina Jolie et Léonardo di Caprio, vedette du film The Blood Diamond. Les plaidoiries finales du procès qu'ils ont intenté au gouvernement botswanais ont eu lieu au début du mois de septembre et le jugement devrait être rendu le 13 décembre.

Dernière heure
Les Bushmen ont gagné leur procès et pourront retourner sur leurs terres.

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Publié le par la freniere

La légende du corbeau

… En Alaska, on raconte que le Grand Corbeau avait créé le monde et tout ce qui existe…
A l’origine, il n’y avait rien, ni lumière, ni plantes, ni animaux, ni Inuit.. Tout n’était que ténèbres. Mais, au cœur de ces ténèbres, déjà, il y avait Corbeau. Il était tout petit et faible, et ses pouvoirs surnaturels n’avaient pas atteint leur pleine maturité. En fait, il ignorait qu’il était doué de dons exceptionnels. Recroquevillé sur le sol, dans l’obscurité, il écoutait. Il n’y avait aucun son, rien.

Il tâtonna autour de lui. Le sol était dur et sec. Mais, à mesure qu’il progressait, derrière lui, les êtres et les choses s’éveillaient à la vie. L’herbe se mit à croître, les arbres sortirent de terre. L’eau ruissela d’entre les fentes et les ruisseaux grossirent et devinrent rivières. Collines et montagnes poussèrent leur tête hors du sol. Lorsque Corbeau fut revenu à son point de départ, il fut stupéfait de trouver une forêt et son épais sous-bois d’herbes, de fougères et de buissons trapus.
Encouragé par ces débuts, il voulut explorer plus avant , mais, bientôt, il s’arrêta et recula en tremblant. Il n’y avait plus de sol. Devant lui s’ouvrait le vide en un abîme béant !


Réfugié sous un arbre, il chercha à comprendre.

Qui était-il ? Qui faisait naître les choses ? Qu’y avait-il au fond de cet abîme ? Brûlant de curiosité, il résolut d’éclaircir ces mystères.

Il se pencha au bord du gouffre, déploya ses ailes et les sentit devenir fortes, puissantes. D’un coup, tout fut clair. Il sut qui il était. Il était Tuhugantuk, Corbeau le Père, créateur de toute vie. Avec un croassement de triomphe, il étendit les ailes et plongea en douceur dans l’abîme.

Tout au fond, il découvrit une autre contrée, si récente que la croûte en commençait à peine à durcir. Corbeau la nomma " Terre " et " Ciel ", la contrée qu’il avait laissée là-haut. La Terre était stérile et déserte, comme la contrée du Ciel l’avait été ; mais, par sa seule présence, Corbeau l’amena à la vie, et, bientôt, elle aussi, se couvrit d’arbres, d’herbes, de plantes et de fleuves.

Cependant, l’obscurité continuait à envelopper toute chose.


Soudain, une fine pointe de lumière accrocha son regard. Corbeau se pencha et aperçut un éclat de mica à moitié enfoui dans le sol. Comme il grattait la terre pour dégager ce fragment, la lumière grandit et se mit à briller de plus en plus fort. Tout en se protégeant les yeux de l’éblouissement, Corbeau leva le mica très haut vers le ciel et, en un instant, le monde resplendit des rayons du soleil.

Alors, Corbeau le Père put voir ce qu’il avait créé. C’était un temps merveilleux de hautes montagnes coiffées de neige, de forêts et de pentes boisées, de plaines et de vallées herbeuses, arrosées de rivières, de lacs, de ruisseaux, tous brillant et luisant dans la pure lumière.

Corbeau visita ces jeunes terres, inspectant son œuvre avec fierté. Sur le rivage, il vit une vigne géante de pois maritime. Aussi haute qu’un bouleau et ses rameaux lourds de gousses vert pâle, elle dépassait toutes les plantes.

Soudain, avec un bruit sec, une cosse éclata. De l’enveloppe, tomba un homme ! Corbeau fit un bond en arrière, tout interdit par cette apparition inattendue. Le prmier Inuit s’assit par terre et frotta ses yeux éblouis de soleil.

" Eh bien ! s’écria le Grand Corbeau. Je n’aurais jamais imaginé, quand j’ai créé ce pois maritime, qu’il en sortirait une chose pareille ! "

Il tourna autour de la créature, l’examina soigneusement. Quand tous les deux furent revenus de leur surprise, Corbeau montra son œuvre à l’Homme, qui en fut fortement impressionné.

" As-tu faim ?demanda Corbeau. Ces baies sont bonnes à manger. Goûte. "

L’Homme mangea ce que Corbeau lui offrait et s e sentit mieux, quoique pas complètement rassasié. Corbeau vit qu’il fallait trouver quelque chose de plus nourrissant ; aussi, après réflexion, il prit un peu d’argile au bord de la rivière et façonna deux petits animaux qu’il dota de pattes courtes et robustes et de grandes cornes en forme de croissant. Il étendit les ailes au-dessus, les releva au bout d’un moment et deux grands bœufs musqués s’élancèrent vers la plaine.

De la même manière, …
 

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Colombie
 

Les Nukak retournent dans la forêt

À la suite d’une campagne mondiale de mobilisation, le gouvernement colombien a accordé aux Nukak une zone sécurisée de 200 000 hectares de forêts en dehors de leur territoire traditionnel, toujours occupé par les cultivateurs de coca, la guérilla, les paramilitaires et l’armée colombienne. Mais les Nukak ont demandé à retourner chez eux après une grave épidémie de grippe qui a terrassé presque un quart du groupe.
 
 
Papouasie
 

Vague de violence policière

La police indonésienne a déclenché une nouvelle vague de violence contre les peuples indigènes de Papouasie. De nombreux rapports font état de torture, mauvais traitements et exécutions extrajudiciaires perpétrés par les services de police. Survival a écrit au président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono, l’exhortant à mettre un terme à la violence policière en Papouasie et à s’assurer que les auteurs de crimes soient jugés.

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Publié le par la freniere


Brésil
 

Les Indiens arara menacés d’extinction

 

En août dernier, un procureur fédéral a ordonné à la Funai, le département brésilien des affaires indiennes, de procéder à la démarcation du territoire d’un groupe d’Indiens arara dans la région de Cachoeira Seca. Le procueur a déclaré que des crimes environnementaux sont commis quotidiennement contre les terres indiennes et que la négligance du gouvernement menace les Indiens arara d’extinction.

 
Montée de la violence
 

Le récent rapport du CIMI, une organisation indigéniste brésilienne liée ;a l’Église catholique, fait état du degré élevé de violence subie par les Indiens en raison de la spoliation de leurs terres. L’organisation révèle que plus de 40 Indiens en moyenne ont été assassinés chaque année entre 2003 et 2005. Durant cette même période, 24 Indiens en moyenne se sont suicidé chaque année.

 

Un territoire pour des Indiens isolés

 

Le décret reconnaissant officiellement le territoire de deux groupes, parmi les plus petits du Brésil, a été signé par le président Lula le 19 avril, journée nationale de l’Indien. Les six membres du groupe Akuntsu sont probablement les derniers survivants de leur peuple. Ils furent contactés en 1995, en même temps que leurs voisins, les Kanoe, par des enquêteurs de la Funai, le département brésilien des affaires indiennes. Les éleveurs de bétail qui ont massivement envahi leur forêt ont tué la plupart d’entre eux, détruit leurs maisons et leurs modes de vie. Il ne reste que trois Kanoe dans la région.

 
www.survival-international.org

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Publié le par la freniere


 Luis Mizon est un poète chilien vivant en France. Bien qu’il écrive d’ordinaire dans la langue de son pays, il a composé ce texte directement en français. Ce texte a été publié dans le numéro 77 de la revue de littérature et de critique "Le Nouveau recueil" (décembre 2005)

 
***
 

Depuis quelques années, je suis vers mon propre pays natal les traces d’un voyageur français du XIXe siècle.

Son nom est Claude Gay. Il est né en 1800 à Draguignan dans le Var.

D’un seul regard on connaît son âge et cela m’aide à mieux le voir. Quand il était petit, les enfants de Draguignan lui criaient à la sortie de l’école.  Où vas-tu  maintenant «  chercheur de persil » ?  Il portait peut- être déjà des lunettes,  il était solitaire, toujours à l’écoute des grands arbres et il rêvait de partir découvrir des pays lointains. Il aimait les plantes, les animaux et les insectes.

Plus tard, pharmacien  dans un hôpital de Paris, il entend parler du Chili. A cette époque, les gens de Draguignan, comme du reste de la France et du monde, vivaient encore à l’ombre de l’arbre épineux « Bonaparte » et on avait pris l’habitude de vouloir tout savoir. Il fallait tout connaître pour conquérir et pour vaincre,  il fallait aussi tout noter avec l’écriture couchée couleur sépia que le vent de l’histoire faisait se plier comme des champs de blé sur la page.

 

 Les indiens du Chili l’appelleront plus tard « quatre yeux ».

 Quatre yeux,  en 1828 est  un jeune savant qui débarque à Valparaiso. Fort timide, drôle, il avait toujours moyen de faire rire et d’étonner son monde. Il connaissait quelques tours de jongleur ; cela lui rendra service chez les indiens et auprès des enfants de la société aristocratique de Santiago.

Il  tombera amoureux du Chili. La passion de la connaissance et l’amour du pays vont se conjuguer chez lui pour favoriser la découverte précise d’un univers peuplé d’animaux et de plantes que personne n’avait décrit jusqu’alors. Avant de la décrire, il fallait interroger la nature pour pouvoir l’identifier. Il fallait la baptiser et la convertir à la science. Comme les prêcheur de la bonne parole, les savants baptisaient les insectes et les plantes au nom de Linné, de Buffon et du saint esprit de la nature.

Donner un nom était aussi une façon de conférer la seule existence qui vaille, celle de la science. Personne ne pouvait y échapper, et surtout pas les hommes.

Quand il descend à Valparaiso, « quatre yeux » souffre encore du mal de mer à cause du passage du Cap Horn. Dans la chaloupe qui le porte jusqu’à la plage, il sort son carnet dont il ne se sépare jamais et  saisit  en vitesse une esquisse du port et de son bateau vus de la mer.

Il avait quitté Le Havre de Grâces avec onze camarades embauchés par un journaliste aventurier pour enseigner  au lycée français de Santiago. La France voulait alors donner un coup de pouce à l’inexistante éducation universitaire chilienne.

 

Valparaiso sera bientôt une des plus importantes villes de la côte du Pacifique.

Le premier port où se désaltèrent les matelots après la dangereuse traversée de l’Atlantique. On trouve dans ses ruelles tout ce qu’il faut pour faire la  fête.  Cependant les marins ne sont pas de perpétuels fêtards : la plupart sont de sérieux protestants anglais et allemands qui construiront sur les falaises des églises et des cimetières.

 C’est le temps des grands voiliers, on doit savoir naviguer avec le vent, savoir le chercher en mer. 

Un bon capitaine est quelqu’un de rusé et de méfiant :  la nature surprend toujours et l’orage est aussi redouté que le grand calme des alizés. Gay se souvient encore  très bien de l’orage du cap Horn qui a failli les faire sombrer avant de remonter le « Golf de peines » et de la terre cassée de l’archipel de glace.

Au Chili et en Amérique latine, en général, on aime beaucoup les français, le luxe, les idées audacieuses et dangereuses qui accompagnent en cachette la dentelle, les livres et les parfums. Le raffinement qui embellit la vie austère de la colonie circule grâce à la contrebande, pas encore par le  commerce  bien organisé. Le Chili est commotionné par les guerres. Il vient de se libérer de L’Espagne, mais le combat n’est  pas  fini, surtout à l’intérieur.

 La période est connue comme étant celle « de l’anarchie » et de la « guerre à mort ». L’Etat se bat contre les bandes de partisans de la couronne espagnole transformés en  « guérilleros » royalistes. Les héros et les bandits se mélangent, parfois dans le même individu. C’est l’époque des « libertadores »,  pas encore des dictateurs, bien que déjà les passerelles existent entre ces deux mondes et que comme aujourd’hui  on  glisse parfois  d’une libération à  l’oppression sur le terrain huileux du caudillisme populaire.

Et il y a les Indiens : la plupart d’entre eux se battent du côté du roi, contre les créoles.

Gay aime beaucoup plus les indiens que les créoles qui sont en train de les détruire par tous les moyens  et de les conduire à l’extermination et  à l’esclavage. Dés qu’il le pourra, il partira en territoire indien pour les étudier. Malgré la guerre, il réussira.

Avant de partir, il essaiera de s’informer sur tout ce qui concerne le Chili. Il lit un Jésuite chilien expulsé par la couronne espagnole et établi  en Italie, l’abbé Juan Ignacio Molina, modèle de savant exilé, fidèle à l’amour et à la connaissance de sa terre natale. Il résume dans sa description du Chili tout ce qu’on savait alors sur les indiens et sur la nature chilienne. Il appelle les indiens, les « chiliens », puisque les indiens ne representent pas seulement une partie de la nation, mais sont les premier habitants du Chili. Il décrit les animaux, le climat, les fleurs, il veut faire connaître et aimer avec passion un pays qui n’est plus le sien. Il reconnaît et  admire les valeurs de l’indianité.

 

Son oeuvre résume l’observation jésuite de quelques siècles. Bien que cette approche, comme celle des autres ordres religieux, soit un regard destiné à favoriser la conversion, donc un regard intéressé et incomplet, elle est fidèle. La première condition de cette approche est l’apprentissage de la langue de l’autre. La langue de l’indien, sera aussi le chemin indispensable suivi par Claude Gay.

L’Autre, en l’occurrence l’indien, sait toujours reconnaître la valeur de celui qui se donne la peine d’apprendre sa langue.

A l’île de Pâques, j’ai surpris, près de l’église une dalle mortuaire destinée à la mémoire d’un prêtre savant, le missionnaire Sebastian Englert. Elle avait été offerte par les indigènes. La légende ajoute une phrase au nom et à la date de la naissance et de la mort du prêtre. « Il parlait notre langue ». Communiquer, comprendre, connaître et aimer sont des idées qui vont ensemble.

Quand Claude Gay arrive au Chili,  une constitution libérale vient d’être votée, elle va durer très peu de temps. Une révolution  impose une nouvelle constitution en 1830. Elle fait du Chili une république presque monarchique.

Le lycée de Gay n’existe plus et notre « chercheur de persil » passe son temps à dessiner les animaux, plantes, paysages et insectes. Il veut proposer à l’État chilien de décrire complètement le pays  pour le faire connaître, d’abord aux chiliens et ensuite aux étrangers et enfin pour donner à l’Etat un instrument utile à son identité.

Le Chili accepte sa proposition  et à partir de ce moment Claude Gay va consacrer toute sa vie à  faire connaître ce pays : 28 volumes, dont 8 d’histoire, 8 de botanique, 8 de zoologie, 2 de documents, 2 d’agriculture et deux atlas emplis d’images.

L’œuvre d’une vie.

Oui, mais il y a les indiens.

Le Chili n’aime pas les indiens. Malgré cela, Gay réussit à incorporer dans l’atlas huit planches qui concernent les indiens et il parle souvent de les faire reconnaître  comme une partie importante du peuple du Chili.

Il annonce à ses amis son projet d’écriture sur l’indien chilien. Il demande des informations, mais il meurt en 1873 sans publier son texte,  si cher à sa pensée.

Alors intervient le hasard.

J’ai été intéressé par cet homme et par son œuvre.

Je suis arrivé jusqu’à la  société fondée par Claude Gay  à Draguignan et j’ai rencontré ses héritiers qui gardent aujourd’hui des documents précieux et des dessins inédits de Claude Gay. Nous nous  proposons de faire connaître son œuvre. 

La recherche  est à nouveau ouverte et tout reste à faire.

Quand je lis  ces  lettres inédites, les centaines des pages consacrées à ces indiens, j’ai l’impression d’accomplir le désir inachevé d’un homme généreux et d’être l’instrument de l’étrange et aléatoire justice qu’engendre le temps.

 Le mystère est toujours là, éclatant dans le trop plein de l’actualité.

La compréhension  de l’autre par le moyen de la connaissance et  de l’amour.

Amour et connaissance.

Voilà la tâche.

Elle est aussi une éthique et une poétique.

Luis Mizon

 

Publié dans Paroles indiennes

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