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paroles indiennes

Paroles indiennes

Publié le par la freniere

LE CRI
du commencement à la fin

...
Les Peaux-Rouges pour crier portaient une main à la bouche ce qui avait pour effet de saccader le cri, de le tronçonner, lui permettant de s'échapper petit à petit au long des jours car il est probable que, lancé d'un seul trait comme leurs flèches, cet immense cri qui les rongeait par le dedans aurait tout pulvérisé. Les Peaux-Rouges savaient la force de ce cri subitement libéré et c'est pourquoi ils utilisaient pour crier la main comme soupape de sûreté.

Depuis les premiers Peaux-Rouges, depuis le premier homme humilié, depuis le premier homme révolté pris d'un insupportable mal de coeur, ce cri n'a fait que grandir et toujours l'homme le tient au plus profond de lui-même.

C'est par ce poids dans la poitrine que l'homme se trouve rivé à la terre. Ce n'est pas tant la loi de l'attraction terrestre que l'énormité de son cri qui le retient ainsi vissé au sol.

C'est encore ce cri qui le fait si souvent se pencher, s'asseoir, courber l'échine à mesure qu'il vieillit et tous les soirs se mettre au lit pour oublier en rêvant
    et vivre
    survivre
en attendant le jour où il pourra s'ouvrir et enfin CRIER SON CRI, crier, dejoie ou de rage, mais le crier à bout portant à la face du monde
    QUI SERA ALORS EN RUINES OU EN FLEURS.
...

Roland Giguère   La main au feu, L'Hexagone, 1973

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"La part du Colibri"   Légende amérindienne.

Un jour dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux, terrifiés et atterrés observaient, impuissants, le désastre. Seul le petit colibri s'active, allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d'un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : "Colibri !, tu n'es pas fou ? Tu crois que c'est avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu ?" "Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part."

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DE LA COLÈRE À LA SAGESSE


 

L’Amérique encore une fois a voté pour la haine. Enfants du monde, oiseaux du ciel, fermez vos ailes, fermez vos yeux, le sang viendra rougir la rivière des vitres. Partout sur la planète l’homme blanc fait des réserves où il parque la vie. Il lance des peanuts aux singes et des balles aux enfants, des balles de poudre noire. Il a volé nos dieux, nos totems, nos chants. Ses pieds d’argile s’appuient sur la béquille des fusils. Le vent de mes ancêtres me traverse parfois transformant la colère en sagesse. Nous sommes d’une terre où les maisons marchaient. Le sol prêtait sa peau le temps d’une saison. Les hommes en mourant se formaient en nuages pour remercier la terre. L’homme pâle est venu mettre des barbelés, couper la tête du rêve sous les fenêtres à guillotine. Son vent mesquin jalouse l’étendue. Sous le bitume des villes, les tambours battent encore. Les Indiens se lèvent dans les pierres. Chaque arbre qui survit se mêle au savoir des étoiles. Ses feuilles cueillent le ciel pour nourrir les racines. L’oiseau creuse une fontaine dans le sable désert. De vieux sages rêvent encore sous l’effet du mesquite et parlent par oracles.

Chez les Inuits on faisait des grimaces pour conjurer le sort, on crachait dans la soupe pour honorer les hôtes. Des prêtres sont venus pour effacer les mythes, les légendes, les mots. Des psychologues sont venus pour tuer jusqu’au rêve. Le suicide des baleines s’échouant sur la plage est celui des Inuits respirant du pétrole. La vie rouge est une vie chantée. La vie blanche est une vie comptée. L’Indien ne brise pas le cercle, il en fait des spirales. Il ne garde rien, il appartient au vent. Il préfère le pollen aux lignes d’horizon, l’eau cachée dans la soif à l’or qui rutile sous nourrir les bêtes. L’Amérique indienne veut la paix mais la mort blanche y règne avec sa boite à sous.

4 novembre 2004
 

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Poèmes de Maurice Kenny

Traduits de l'américain par Béatrice Machet
(Edition Wigwam, 2001)
 
 

VIEUX COYOTTE DANS LES ADIRONDACKS

Il se tenait
sur le bas-côté

de la vieille route campagnarde

il attendait
que nous passions
pour pouvoir
pénétrer
la nuit
et chanter
sur les rondeurs de sa colline.
.

LE LONG DE LA ROUTE DE CORTEZ

La route royale pour Cuernavaca :
les rochers, là où son cheval vigoureux
trébucha jusqu'au palais...
chargé de gloire
épaissi au fil de l'histoire...
maintenant des ruines de murs effondrés
et des pierres fendues
nous montrent renversées les têtes ensanglantées
de quelques mauvaises herbes écarlates.
Aujourd'hui de nouveau : les pistes
d'indiens aux pieds nus
et des ânes maigres.
.

Maurice Kenny est né en 1929 de père Mohawk et de mère d'origine Seneca.

Oeuvre importante et prix littéraires, notamment celui de l'American Book

Award pour The Mamma Poems (nominé en 83 pour le Prix Pullitzer  

avec Blackrobe).
 

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Les indiens descendent de Mixco

 
De Mixco les Indiens descendent
avec leurs fardeaux de bleu nuit.
La ville est là, qui les reçoit
avec ses rues effarouchées
par un bouquet dont tous les feux
s'éteignent comme les étoiles
à l'heure du petit matin.
 
Leurs mains qui rament
comme deux rames dans le vent
laissent un bruit de coeurs battant,
et de leurs pieds s'échappent et restent
les empreintes, petites plantes,
dans la poussière du chemin.
 
Les étoiles qui apparaissent
à Mixco, restent à Mixco,
car les Indiens qui les attrapent
en font des paniers qu'ils garnissent
de poules et de thyrses blancs
cueillis sur l'izote doré.
 
La vie indienne est une vie
plus silencieuse que la nôtre.
Quand ils descendent de Mixco,
on entend que l'haleine ardente
qui siffle parfois sur leurs lèvres
comme une vipère d'argent.
 
Miguel Angel Asturias
 

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Deux femmes

  °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

.
Je suis une femme.
Je suis une femme.
Je suis une femme née d'une femme dont l'homme acheta une usine.
Je suis une femme née d'une femme dont l'homme travailla à l'usine.

Je suis une femme dont l'homme porte des costumes de soie; qui surveille constamment son poids.

Je suis une femme dont l'homme porte des costumes en lambeaux, dont le cœur est constamment serré à cause de la faim.

Je suis une femme qui éleva deux bébés qui devinrent de beaux enfants.

Je suis une femme qui éleva deux bébés morts faute de lait.

Je suis une femme qui éleva des jumeaux qui allèrent au lycée et passèrent leurs vacances à l'étranger.

Je suis une femme qui éleva trois enfants dont les ventres sont plats faute de nourriture.

Mais un homme vint ;
Mais un homme vint ;

Et il raconta aux paysans qu'ils s'enrichiraient et que ma famille s'appauvrirait.

Et il me parla de jours meilleurs, et il fit des jours meilleurs.
Nous devions manger du riz .
Nous mangions du riz.
Nous devions manger des haricots !
Nous mangions des haricots.

On n'accorda plus de visa à mes enfants pour qu'ils puissent partir en vacances en Europe.

Mes enfants ne pleuraient plus pour s'endormir.
Et je me sentis paysanne.
Et je me sentis une femme.
Une paysanne avec une vie ennuyeuse, dure, sans attrait.
Une femme avec une vie qui lui permettait parfois de chanter.
Et je rencontrai un homme.
Et je rencontrai un homme.

Et ensemble nous commençâmes à comploter avec l'espoir de retrouver la liberté.

Je vis son cœur se mettre à battre avec l'espoir de la liberté, enfin.

Un jour, le retour de la liberté.
Un jour la liberté.
Et alors,
Mais alors,
Un jour,
Un jour,

Il y eut des avions au-dessus de nos têtes et des fusils qui tiraient tout près.

Il y eut des avions au-dessus de nos têtes et des fusils qui tiraient au loin.

Je rassemblai mes enfants et rentrai chez moi.
Je rassemblai mes enfants et courus.
Et les fusils s'éloignèrent de plus en plus.
Et les fusils se rapprochèrent de plus en plus.
Et alors ils annoncèrent le retour de la liberté!
Et alors ils arrivèrent, c'était de très jeunes hommes.
Ils vinrent en compagnie de mon homme.
Ils vinrent et trouvèrent mon homme.
Ces hommes qui avaient presque tout perdu.
Ils trouvèrent tous ces hommes qui ne possédaient que leur vie.
Et nous trinquâmes pour fêter l'événement.
Et ils les tuèrent tous.
Les meilleurs apéritifs.
Ils tuèrent mon homme.
Puis ils nous invitèrent à danser.
Puis ils vinrent pour moi.
Moi.
Pour moi, la femme.
Et ma sœur.
Et pour ma sœur.
Alors, ils nous emmenèrent,
Ils nous emmenèrent,
Ils nous emmenèrent dîner dans un petit club privé.
Ils nous arrachèrent la dignité que nous avions gagnée.
Et ils nous offrirent du bœuf.
Et ils nous frappèrent.
Les plats se suivaient sans cesse.
Sans cesse ils étaient sur nous.
Nous étions prêt d'éclater tant nous avions mangé.
Coup de poing, immersion - les sœurs saignent, les sœurs meurent.
C'était magnifique d'être libre à nouveau !
C'était vraiment un soulagement que d'avoir survécu.
Les haricots avaient maintenant presque disparu.
Les haricots avaient disparu.
Le riz, je l'avais remplacé par du poulet ou du steak.
Le riz, je n'en trouve pas.

Et les fêtes continuent nuit après nuit pour effacer tout le temps perdu.

Et mes larmes silencieuses se joignent à nouveau aux cris nocturnes de mes enfants.

Et je me sens à nouveau une femme.
On dit que je suis une femme.

Ce texte a été écrit par une ouvrière chilienne, en 1973, peu après l'assassinat du  Président Allende . Une missionnaire américaine le traduisit et l'emporta avec elle quand elle fut expulsée du Chili .

 

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Le chant de jubilation de Tsoai-Talee
.
Je suis une plume dans le ciel lumineux
Je suis le cheval bleu qui galope dans la plaine
Je suis le poisson qui virevolte et miroite dans l'eau
Je suis l'ombre qui suit l'enfant
Je suis la luminosité de l'après-midi, l'éclat des prairies
Je suis l'aigle qui joue avec le vent
Je suis un bouquet de perles étincelantes
Je suis la plus lointaine étoile
Je suis le grondement de la pluie
Je suis le scintillement sur la neige croûtée
Je suis la large traînée de la lune sur le lac
Je suis une flamme de quatre couleurs
Je suis un cerf qui s'éloigne au crépuscule
Je suis un champ de sumac et la pomme blanche
Je suis un vol d'oies dans le ciel d'hiver
Je suis la faim d'un jeune loup
Je suis totalement le rêve de ces choses.
.
Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant
Je suis en bons termes avec la terre
Je suis en bons termes avec les dieux
Je suis en bons termes avec tout ce qui est beau
Je suis en bons termes avec la fille de Tsen-Tainte
Voyez-vous, je suis vivant, je suis vivant ..
 
N.Scott Momaday
 
 

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RENAISSANCE

La neige est une pensée
qui tombe, un souffle continuel
d'ascensions, de boucles, de spirales
de plongeons dans la terre
comme de blanches lucioles
désirant se poser, prises
dans la bourrasque
entre les maisons
plongées comme des mites
dans leur propre lumière
comme un qui s'étonne
que la neige soit une longue mémoire
d'aile qui traverse l'hiver.


 
CHANT DE L'EAU

L'eau traverse longuement
notre terrain. Quand
nous trouvons une feuille
ou l'aile d'une libellule
dans l'eau, nous la repêchons .
La remettre signifie qu'autre chose
doit mourir et y être rejeté .
Si l'eau est claire,
nous vérifions qu'aucune impureté
ni rien ne la souille.
 
Steve Crow (Cherokee Irlandais)
Né en 1949 en Alabama
vit au Nouveau Mexique

 
 

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Je chante comme un arbre à guitares
Dans le vent jaune des chaleurs.
Là-bas pousse l’herbe verte, ici elle se meurt,
Je chante le sang noir des Sept Cités de Cibola
Où le lichen du vin déroule ses violettes.
Je chante Alvar Nunez Cabeza de Vaca
Épine d’or au talon du Monarque.
 
Je chante au loin vers tes champs de lumières

Où fleurissent les yeux de Jacataqua,o Princesse, anémone au cœur de ses guerriers,Jacataqua de notre sang et du vôtre épousés,

Hommes d’airain, je chante vos enfants de la terre.
 
Je chante rouge la mort de Sitting Bull
Dressé dans la conscience au plus altier des gratte-ciel.
Je chante noir la mort illuminée de Sitting Bull
Qui veille libre au poing de la Statue,
Sitting Bull des prairies
Où sont fermées les vieilles cicatrices de la gloire.
 
Je ne suis pas d’ici, mais je chante.
 
J’enchante les oiseaux, les femmes de vos nuits,
La lune chaude à l’heure de septembre
Sur la terre foulée par les hardes sombres
De Sitting Bull.
 
Je ne suis pas d’ici, mais je chante.
 
Vous dites qu’ont vécu les fins soleils,
Vous dites qu’est fané le plumage d’aurore;
Leur chair est en poussière et vous foulez leur chair.
Mais la victoire est dans le roc,
Le trimphe dans les rivières,
Vous ne pouvez les effacer.
O Vérité dans la mémoire des collines,
O Vie dans le silence des falaises,
Remords comme une flèche au cœur.
 
Frédéric Jacques Temple

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AMER INDIEN

 

Les âges d’or et les barbaries s’étagent

              dans l’épaisseur des siècles

Des races entières dorment au fond des mythes

Elles tournent vers nous leurs masques de pierre

               leurs fétiches

               leurs dieux sculptés plus beaux que nos dieux

Leurs monolithes solaires marquent l’heure
              
des grands cataclysmes

Leur sagesse sublimée au ventre des amphores
               
flotte dans l’air

               (pollen immortel)

Et fait soudain délirer nos esprits momifiés

 

Tabous tabous

 

Trésors cachés aux cavernes de l’être
               
où gît un peu de cendre

Mythes calcinés au feu d’une plus vaste connaissance

Une roche sculptée roule du plus profond du temps
                
brouille l’Histoire
Et les grands-prêtres du Savoir

                 ne comprennent même plus leur abécédaire

Ils insultent l’oracle à tête d’oiseau

                 dont le chant fait choir les chapiteaux du temple

 

Tabous tabous

 

Secret scellé aux cavernes de l’être

L’homme est la préhistoire de l’homme

                  aux chambres des pyramides.

Gilles Hénault

 

 

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