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paroles indiennes

Paroles indiennes

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Enfant, je savais donner. J'ai perdu cette grâce en devenant civilisé. Je menais une existence naturelle, alors qu'aujourd'hui je vis de l'artificiel. Le moindre joli caillou avait de la valeur à mes yeux. Chaque arbre était un objet de respect. Aujourd'hui, j'admire avec l'homme blanc un paysage peint dont la valeur est exprimée en dollars !

 

Chiyesa, écrivain indien contemporain

 

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Les Blancs se moquent de la terre, du daim ou de l'ours. Lorsque nous, Indiens, cherchons les racines, nous faisons de petits trous. Lorsque nous édifions nos tipis, nous faisons de petits trous. Nous n'utilisons que le bois mort. L'homme blanc, lui, retourne le sol, abat les arbres, détruit tout. L'arbre dit « Arrête, je suis blessé, ne me fais pas mal ». Mais il l'abat et le débite. L'esprit de la terre le hait. Il arrache les arbres et les ébranle jusqu'à leurs racines. Il scie les arbres. Cela leur fait mal. Les Indiens ne font jamais de mal, alors que l'homme blanc démolit tout. Il fait exploser les rochers et les laisse épars sur le sol. La roche dit « Arrête, tu me fais mal ». Mais l'homme blanc n'y fait pas attention. Quand les Indiens utilisent les pierres, ils les prennent petites et rondes pour y faire leur feu... Comment l'esprit de la terre pourrait-il aimer l'homme blanc?... Partout où il la touche, il y laisse une plaie.

Vieille sage Wintu (Indiens de Californie)

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Le nouveau continent

 

Il y a eu le rêve, de traverser l’Atlantique, d’atterrir sur un nouveau continent, de devenir soi-même explorateur. Le rêve de s’émerveiller, de se soustraire aux habitudes, de goûter de nouvelles arômes, d’entendre de nouveaux accents. Il y a eu les craintes. Celles d’être égarée, de ne rien savoir, rien connaître, de paraître innocente. Les craintes de tout perdre, d’être pillée, de se retrouver complètement nue, dans un pays ancien, se trouver vide devant la beauté d’un peuple ancien. L’excitation, l’anxiété, l’excitation. À midi l’avion a atterri, à l’heure prévue. L. et moi, encore un peu bourrés aux somnifères, le regard vitreux, quelqu’une nous attendait, gaiement. Ils sont gaies les Français, lorsqu’ils voient venir un étranger, une étrangère, de passage. Il faisait nuageux, c’était en banlieue de Paris. Par la suite, plus jamais il m’a semblé que le ciel était gris. J’ai connu Paris. La ville belle et vieille. Les édifices, les monuments, l’architecture, le marbre et l’Histoire d’une nation. Les gens assis sur des terrasses, tout le jour, toute la nuit. La tour, belle comme on se l’imagine, réelle, lorsqu’on admire la ville des quatre coins cardinaux. Le vin en pichet et le déjeuner et le diner à neuf le soir, dans des brasseries que nous ailleurs on appelle des bars. J’ai aimé Paris. Les serveurs étaient gentils, prêts à répondre à nos interrogations de touristes mal préparés. La folie des grandes villes, moins perceptible que ce à quoi je m’attendais, même si dans chaque racoin du métro il y a l’avertissement formel de faire attention aux pickpockets. On se promenait, sans but précis, souvent sans attente, puis on se retrouvait devant ces monuments que l’Histoire raconte. Même si pour moi, chaque maison, chaque édifice, dans leur ancienneté, me racontaient le passé. Je n’ai pas encore compris Paris. Entrer dans un palais, et tenter de croire qu’un seul homme y était maître, qu’un seul homme appréciait une telle grandeur, une telle richesse. Dans ma tête, chaque maison était un palais, chaque monument méritait la contemplation. Gavée de tant d’architectures anciennes, il m’est arrivé de ne pas comprendre un pays aussi riche, un pays insatisfait. L. était mon guide, mon compagnon, l’homme qui sait où il va. Moi je le suivais, et partout il m’amenait, et partout il m’embrassait. Nous étions deux. Explorateurs. Comme il y a très longtemps, les Européens venus de loin, ont mis le pied sur l’Amérique. Le thème du festival America, auquel j’étais conviée, était les Premiers Peuples. J’étais à Paris. J’étais seule représentante de ma nation, Innu. J’étais loin de mon village. J’étais fascinée par la beauté des choses qui m’entouraient. J’étais brusquée par l’image que les Français avaient de nos nations. Des images de plumes et de mocassins, de misère et de défaite. J’étais inquiète et nerveuse et frilleuse. Alors j’ai raconté nos vies, dans Innu-assi, les réserves. J’ai raconté la proximité des gens, les valeurs de nos grands-mères, la résilience après des tentatives d’assimilation, le peuple qui survit, qui vit, l’éclat de nos enfants, je leur ai dit que nous faisions les plus adorables bébés du monde, notre avenir. J’ai tenté qu’ils me comprennent. J’ai voulu qu’ils sachent, que nous étions un peuple distinct, ni Québécois, ni Canadien, mais Innu. Avec une Histoire, avec une culture, avec une langue, avec dans nos idéaux, un rêve, celui de plus être mis à part, celui de faire parti de l’Histoire. Ce que je comprends, ce que j’ai entendu, lorsque Thomas King et Louise Erdrich, deux auteurs issus des Premières Nations des États-Unis ont relaté, c’est que nous sommes isolés de l’Histoire, alors que cette Histoire, ces nations, que sont les Amériques, n’auraient jamais pu voir le jour, si au départ, les premiers habitants, les autochtones, n’avaient pas tendu la main, n’avaient pas été savants, n’avaient pas cohabités avec ces étrangers venus de loin. À Paris j’étais étrangère et fascinée. Je retourne chez-moi, fière et avec une meilleure compréhension des Amériques, ou de moi-même. Merci

 

Naomi Fontaine

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"Je lance un cri, avec dedans toute ma peine et ma peur. Toute mon angoisse de femme innue. J'écris pour le respect de ma personne. J'écris pour le respect de toutes les personnes de toutes les nations. Pour le respect de toutes les langues et de tous les paysages. Grâce à Joséphine Bacon, j'ai appris que je pouvais écrire, que j'avais une voix. Moi, je crie. Je hurle. Si les gens ne comprennent pas ma langue innue, au moins, ils retiendront l'intensité du cri."

Couvnentrepasdansmonamesite-191x300.jpg

 

N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures est un recueil d’une grande tendresse. Surtout un immense cri. Comme si la tendresse et la poésie se trouvaient médusées devant l’éruption d’un volcan. Natasha Kanapé Fontaine dévoile son visage de poète et de femme innue. Elle aime. Pleure. Crie… pour venir au monde, une nouvelle fois.

N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures est d’abord une plongée à l’intérieur de soi, dits d’amour, le corps en route vers l’attente et l’extase ; quête soutenue par une écriture vive, éclatée qui peut passer d’une impression de la nature à l’évocation de la peinture de Dali. La vitesse de l’image surprend ici, on est ébahi devant la force de cette langue lumineuse et concise.

 

 

 

Poser ma tête sur tes genoux
libérer les rivières
leurs étreintes
fuir enfin parallèle et couronnée
tendresse émancipée
perdue
éperdue éternelle pareille toujours

affamée de tes lunes de jour

disparus les songes des capteurs
me revenir te tenir nous tenir
droit encore loin devant
souvenance perlée de plages infaillibles

tu as pour moi l'épouvante des loups
les chaleurs des étés vains
les forêts mordantes de sourds
nos adieux sans demain

sans secours
poser ma tête sur tes genoux.

 

Natasha Kanapé Fontaine

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Le Couteau de ma Pensée



Je n'ai aucun Présent. J'ai seulement un passé, et, peut-être, un avenir.

Le Présent m’a été enlevé.



Je suis laissé dans un espace vide empli d'obscurité,
Je le découpe avec le couteau de ma pensée,

Je dois le couper à nouveau
Hors du néant.



Je connaîtrai l'extase et la douleur de la  Liberté.
Je serai ordinaire de nouveau.
Oui, ordinaire, 

Cette condition terrifiante, où tout est  possibilité,
Où le Présent existe et doit être vu et vécu.



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Dans l'esprit de Crazy Horse

Le silence, disent-ils,
est la voix de la complicité
Le silence hurle.
Le silence est un message,
au même titre que ne rien faire
est un acte.
Laissez ce que vous êtes retentir
et résonner
en chaque mot
et chaque acte.
Oui, devenez ce que vous êtes.
il n'y a pas moyen d'échapper
ni à votre être propre
ni à la responsabilité qui est la votre.
Ce que vous faites
est ce que vous êtes.
Vous êtes
votre propre mérite.
Vous devenez
votre propre messager.
Vous êtes le message.
 

 

Léonard Peltier
Trad. André Chenet

 

À lire sur dangerpoesie

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savageau_cheryl.jpg

 

Comme les pistes de notre pays

 

Nous étions Français et les Indiens aiment la guerre
disait mon père
ils combattirent ensemble
contre les Anglais
et bien que parfaitement vrai
c'est quand même un mensonge
Français et Indien
se battent encore dans mon sang
Les jésuites qui avaient remonté le Saint-Laurent
trouvèrent que les gens y étaient non civilisés
ils ne battrons pas leurs enfants
écrit-il dans son journal à la lumière de la bougie
et les hommes écoutent trop
leurs femmes
Toi qui m'apprend à ne voir aucune frontière
à connaître le nord-est d'un territoire
n'a jamais entendu le mot Ndakinna
mais l'a traduit sans le savoir
notre pays, le pays Abenaki
Grands-mères et grands-pères
errent dans mon sang
arpentent le pays de mon corps
comme les pistes de Ndakinna
du rivage à la forêt
Ils marchent sans repos
chassés par des yeux bleus et une peau blanche
survivant sous terre
l'invisibilité est leur meilleure défense
Grands-mères, grands-pères,
un filet de votre sang coule en moi
mon regard vous attrape
de profil dans un miroir
les lignes du nez et du menton
me surprennent, puis s'enfoncent
derrière les couleurs de l'ennemi
Vous marchez sur la piste
qui déclare ce corps
territoire Abenaki
et comme le rêveur
vous prononcez mon vrai nom
Ndakinna

 

 

MEDECINE WOMAN for dovie (petite colombe)

Medecine woman ils m'appelaient
comme s'il m'avait été possible d'aimer ce nom
c'était pareil à l'école les enfants
me surnommaient petite colombe
et ce à cause d'une chanson idiote
qui parlait une fois de plus d'une Indienne
allant à grands pas vers la mort
(comment cela se fait-il) que tu aies un nom d'animal? comment ça s'fait
me demandaient-ils, ( comment ? ) hein?
et je rentrais chez moi pour interroger mon père
comment cela se fait-il papa,
que je porte un nom d'animal?

à présent des femmes blanches entrent dans ma boutique
et me demandent d'aller bénir leurs maisons
( je veux moi leur poser cette question : qu'est-ce qui ne va pas ? )
me demandent de donner un nom à leurs petits enfants
( est-ce que je connais leurs filles?)
de disperser de la fumée alentour
de dire des paroles, faites
tout ce qu'il est bon de faire
nous voulons quelqu'un de spirituel
vous êtes Indienne n'est-ce pas?

C'est vrai, leurs cheveux gris
retiennent ma langue
elles sont grands-mères donc méritent le respect
alors je parle aussi gentiment que possible
vous laisseriez une étrangère
venir chez vous demandais-je
vous me laisseriez toucher
votre petit fils nouvau né
me laisseriez donner un nom
au bébé ce qui me passerait par la tête?
je ne le crois pas
mais elles sourient et me redisent
qu'elle veulent quelqu'un de spirituel pour le faire

j'écris à mon père
comment se fait-il que tu ne m'a jamais
raconté qui nous sommes, d'où nous venons?

Les femmes continuent leur visite dans ma boutique
elles déposent des pierres dans mes mains
Pouvez-vous ressentir quelque chose? questionnent-elles
Evidemment que je peux Je ne suis pas morte,
mais ce n'est pas la bonne réponse

Mon père m'envoie une lettre
le jardin donne bien le maïs lève
il y a beaucoup de papillons
et tout ce que je sais
c'est que nous venons des étoiles.

 

 

Étendre le linge au soleil

Sa plus jeune fille l'aide
à essorer le linge
pendant que pour des médecins
sa femme répond au téléphone.
La machine à laver
est encore cassée.

A l'usine
où il grave une piste
sur des puces en silicone
il porte une veste et un panatalon blancs
des chaussures spéciales
pour protéger les puces de la poussière.

C'est le meilleur boulot qu'il ait dégotté.
Mieux que l'année dernière
quand il aspergeait les pelouses de poisons,
après quoi il installait de petits panneaux
prévenant autrui qu'il ne fallait pas marcher là,
ses vêtements saturés,
ses poumons asthmatiques
étouffaient dans les nuages
marqués du "dangereux pour les animaux et les humains".

Tout l'été, il avait du refusé
les câlins de sa fille jusqu'à ce qu'il
ôte ses vêtements empoisonnés
sur le perron de derrière. Tee shirt,
jeans, casquette de baseball,
il les mettait dans un sac plastique,
et se douchait alors que sa peau le brûlait.

Avant ç'avait été l'amiante.
Enveloppé de plastique,
il enlevait les plafonds affaissés,
les isolations écaillées sur les tuyaux des sous-sols,
il passait l'aspirateur pour éviter aux petites particules
de se loger dans les poumons.
Elles flottaient dans les rêves, le poursuivaient
comme un essaim d'abeilles invisibles.

Ce boulot là était meilleur que tout ça,
malgré les cuves de solvants
d'où s'échappent des fumées nocives,
le salaire avec lequel on ne joignait pas les deux bouts.
Mieux que travailler à l'installation de défense
traversant le lac, où le personnel de la force aérienne
vérifiait son badge d'identité chaque matin,
où tout et rien étaient secrets.

Il essore l'eau
des chemises et des serviettes.
Il sait qu'il boit trop.
Il rêve de déménager dans le New Hampshire,
où son peuple avait marché
pendant dix mille ans,
et où, il le croît,
l'eau est encore propre,
mais au nord, le moulin Lancaster
crache de la dioxine dans la rivière Connecticut,
et en aval, cinq petites filles ont été opérées
d'un cancer de l'utérus.
De toutes les façons, il n'y a pas d'argent.

Maintenant la machine à laver
déverse l'eau savonneuse
dans le sous sol.
Sa fille avec détermination lance un regard
désaprobateur à la serviette qu'elle tient dans ses mains.
Agée de cinq ans, elle sait comment aider,
essorer pour évacuer l'eau sale,
étendre le linge au soleil.

 

Cheryl Savageau

 

Traduction : Béatrice Machet

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bruchac.jpg

 

Joseph Bruchac est l’auteur aussi bien de récits de fiction que de poésie. Il a également recueilli les contes des peuples Iroquois et Abenaki dont le fameux : Thirteen Moons on The Turtle’s Back. Récompensé par un prix littéraire, il apparaît, en tant qu’auteur ou co-auteur, dans plus de cinq cent publications et dans une bonne soixantaine de livres. Il a fondé avec sa femme Carol la maison d’édition The Greenfield Review Press, et il est le directeur de la revue littéraire  The Greenfield review. Son travail d’éditeur et de revuiste ont débouché sur des ouvrages d’anthologie. Il aime aller à la rencontre des artistes comme lui, d’ascendance Indienne En effet Joseph Bruchac est certainement aux U.S.A. celui qui connaît le mieux la poésie Indienne et ses auteurs, en cela il est leur plus ardent défenseur. Il vit au pied de la montagne Adirondack, dans la ville de Greenfield, dans le nord de l’état de New-York, dans la maison où ses grands parents maternels, membres de la nation Abenaki, l’avaient élevé. Malgré des ascendances Anglaises et Slovaques, il affirme que c’est son héritage Indien qui l’a le plus nourri.

 En 2003-2004, Joseph a vu édités deux recueils de poèmes (éditions West End Press) : NDAKINA (notre terre en langue Abenaki) et ABOVE THE LINE.

En mars 2005 paraît un roman, intitulé CODE TALKER, retraçant la participation des Indiens Navajo à la deuxième guerre mondiale, notamment dans le codage des messages secrets de l’armée , à travers la vie d’un jeune héros de 16 ans.

Joseph Bruchac, est le plus ardent défenseur de la littérature Indienne sur le sol Nord-Américain. Il dédie son recueil NO BORDERS ( dont sont extraits les trois poèmes) à tous ceux qui pour regarder la terre n’ont pas recours aux cartes. Ces textes tout droit tirés de son héritage Abenaki, sont un témoignage mais aussi une réflexion sur la notion de frontière : un terme cher au mythe de la conquête de l’ouest qu’il convient de remettre en question sous l’éclairage des événements mondiaux contemporains.

 

 

Four Quatre                                

(en opposition au chiffre trois, à la trinité du monde chrétien)

 

Quatre est le chiffre
de la création,
les quatre grands parents
qui ont bercé nos souffles.
Quatre est l’équilibre
des directions :
nouvelle aube à l’est,

haleine chaude du sud,
rouge crépuscule à l’ouest,
chevelure blanche de notre aîné le nord.
Quatre est la parenté
entre les bras
de la terre et du ciel
la logique du croisement des chemins
au contraire du triangle –
pyramide hiérarchique
son élite au sommet aiguisé
pendant qu’au dessous la multitude
accablée par le poids
est incapable de tenir debout.
Quatre est la magie,
le choix fait pour partager
nos vies avec
les durables anciens,
Feu et Terre,
Eau et Air.

 

Maple sugaring moon

Just when the snow begins to leave,
the edges of our northen woods,
the maple trees once more will bring
sweet sap up from their roots.
An Abenaki story said
that maple trees once flowed pure syrup.
All through the year, you only had
to break a twig tofill your birchbark cup.
Thas was so easy, the people got lazy.
They just stretched out beneath the trees,
mouths open, drinking all through the days.
Glooskap, the giant who helped the people,
saw this was wrong, and so he placed
much water into every maple.
So, to this day, it is not easy
to get our harvest from the trees.
We boil down forty gallons of sap
for every gallon of maple syrup.
But even though Glooskap made it harder,
that work makes our maple syrup taste better.

 

Lune du sirop d’érable

Quand la neige commencera juste à disparaître,
à l’orée de nos bois nordiques,
les érables encore une fois nous apporteront,
montée de leurs racines, une douce sève.
Une histoire Abenaki racontait ceci :
Une fois, les érables versèrent du pur sirop.
Tout au long de l’année, il suffisait de casser un rameau
pour remplir votre coupe en écorce de bouleau.
C’était si facile, les gens en devinrent paresseux.
Ils se contentaient de s’allonger sous les arbres,
la bouche ouverte, et de boire toute la journée
Glooskap, le géant qui aidait le peuple,
vit que c’était là mal faire, et donc il mit en réserve
beaucoup d’eau dans chaque érable.
Et depuis ce jour, ce n’est pas aisé
de faire notre récolte auprès des arbres.
Nous faisons bouillir quarante litres de sève
pour n’obtenir qu’un seul de sirop d’érable.
Mais bien que Glooskap l’ait durci,
ce travail rend le goût de notre sirop bien meilleur.


Worn by the rain

Holding my father’s shotgun in my left hand
I pass it through the sweetgrass smoke,
 then touch the shell filled with #6 birdshot
to that wound in my flesh which will not close.
It is dark, clouds hide strarving moon
three days after full, and there is no wind
as I jack the shell into the chamber,
then lift the stock to my shoulder.
I point the barrel to the mourning sky,
towards the southeast and then I say,
Grandgfather, I send this back to the place
from which it came. Let the healing start.
The thud of the shot rings in my ears.
The cordite smell is sweet as srtuck flint,
and some where, from the arc of anger,
a green star falls after this thunder.
That night, five winters after his death,
I dream once more my father’s voice.
Takwanipihesan, he says. A guide
gave him that word in Newfoundland.
And now it begins, for he speaks
of sky colors, that ancient promisre
of peaceful days the Dawn People name
Takwinipihisan –" " Coat Worn by the rain. "

 

Usé par la pluie

Tenant le fusil de mon père dans la main gauche
je le fais passer dans la fumée de *sweetgrass,
puis mets la cartouche remplie d’un calibre six pour oiseaux
au contact de la blessure dans ma chair qui ne se refermera pas.
Il fait sombre, les nuages sont en selle sur une lune affamée
trois jours après sa plénitude, pas un souffle de vent,
j’enfonce la cartouche dans la chambre
puis lève la crosse à mon épaule.
Je pointe le canon vers le ciel endeuillé,
en direction du sud-est , puis je dis
Grand Père*, j’envoie ceci de l’endroit
où il est venu, que la guérison commence.
Le bruit sourd de la détonation résonne dans mes oreilles.
L’odeur de cordite est aussi douce que celle du silex frappé
et quelque part, après ce tonnerre, décrivant une courbe,
une étoile verte en colère tombe.
Cette nuit, cinq hivers après son décès,
Je rêve encore de la voix de mon père.
Takwanipihisan, dit-il. Un guide
lui avait donné ce nom dans le Nouveau monde.
Et maintenant apparaît
celui des temps anciens, la promesse des temps de paix,
celui dont le nom fut donné par Le Peuple De L’Aube,
parce qu’il parle des couleurs du ciel


takwanipihisan  "  Manteau Usé Par La Pluie . "
* Sweetgrass : herbe sacrée que les Indiens brûlent afin que sa fumée purifie. Nom scientifique : Hierochloe Odorata


Grandfather : mot utilisé pour les invocations au ciel. Les Indiens disent familièrement Grand-Père le ciel, Grand-Mère la lune.

 

Joseph Bruchac

 

Traduction : Béatrice Machet

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