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311 articles avec poesie

Comme une feuille au vent

Publié le par la freniere

Il y en a qui vivent avec les yeux fermés à clef,

le cœur vidé de ses meubles,

les bras fermés aux autres,

les deux pieds dans les plats.

Mes souliers sont usés à tant chercher la route

et mes poches trouées par les clous des poèmes.

J’avance ligne à ligne au-devant du couchant.

Je n’entends plus qu’à peine les trilles de la vie.

Sa lumière s’amenuise en repliant ses ailes.

Je ne sais déjà plus contourner les tempêtes.

Mes yeux regardent à peine les îles des nuages.

Le jour hésite au ras des arbres.

Chaque seconde travaille à mourir un peu moins.

Si le temps s’arrêtait,

je tomberais de moi comme une feuille au vent.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Mes vieux os

Publié le par la freniere

Si on ouvrait mon corps

on trouverait des mots,

une chanson de ma mère,

les mains de mes enfants

retenant mes vieux os.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Dans la langue des chiens

Publié le par la freniere

S’il faut une couleur

à l’encre sur la page

qu’on me traduise en fleur

en caresse en baiser

en jargon de galet

en rime de Cadou,

en vers de Villon

en ver dans la pomme.

 

S’il faut du son

dans mon silence

de l’avoine dans ma tête

du rire dans mes yeux

qu’on me traduise en pleur

en nuage de rêves

en cheval au galop

en murmure de source

en grosse bûche d’érable

ou en fétu de paille.

 

S’il manque une musique

à mes maigres bagages

qu’on me traduise en pluie

en guitare en cigale,

en coffre de jouets

oublié par la vie

qu’on traduise mon bruit

en opus de Bach.

 

S’il faut une basse-cour

à mes coquilles vides

qu’on me parle en oiseau

éclairé par le ciel

qu’on traduise ma voix

dans la langue des chiens

qu’on accroche l’amour

à mes grelots déserts

qu’on me traduise en miel

dans l’espoir des abeilles.

 

Je ne veux pas rose

qui n'aurait pas d'odeur

pas d'épines pas de sang

Je ne veux pas de prose

dans le rire des enfants

Je ne veux pas de pose

dans le sang noir du doute

Je ne veux pas d'un homme

qui n'aurait pas de peine

pas d'épaules pas de cœur

 

Jean-Marc La Frenière

 

mis en musique par Loulou de Villères

 


 

Publié dans Poésie

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Comme un gaucher

Publié le par la freniere

Les mots contiennent le réel et inventent le reste.

J’écris comme un gaucher dans un monde de droitiers.

J’écris comme un rêveur dans un monde de penseurs.

J’écris comme une épine dans un monde de pétales.

J’écris comme une cigale au milieu des fourmis.

J’écris du fond des choses comme une craquelure.

Je suis un autobus pour la voix des objets,

un taxi pour ailleurs,

un homme sur la paille regardant le soleil.

Je marche sur les mains sans me fermer les yeux.

 

Il y a trop d’accrocs sur l’habit des caresses.

Le cœur grelotte sous la neige.

Il y a trop de rêves qu’on abandonne aux chiens,

trop d’os mis en laisse.

Je vois des ombres s’évader de leur propre soleil,

l’espoir des voyages dans les rails oubliés,

l’empreinte des images dans les regards éteints.

J’écris à pas de loup sur les chemins de laine.

Les mots ajoutent au cœur les veines qui lui manquent.

Je ne sais pas mourir.

J’apprends à peine à vivre.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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À l'affût

Publié le par la freniere

Lorsque j'écris ton nom

je me tiens à l'affût

entre l'âme et la peau.

Quand je parle de terre,

de mers et de forêts

c'est de toi dont je parle.

C'est toi que je rejoins

par les sentiers du monde.

C'est toi que je vois

dans l'ombre ou la lumière.

C'est ton vin que je bois

dans l'étrangeté de la neige.

C'est toi que je respire

dans toutes les odeurs.

Quand tu habites ma maison

les meubles reverdissent.

C'est toi que je suis

quand je sais qui je suis.

Je te butine à fleur de peau

dans un essaim de mots

parce qu'il faut qu'il y est toi

pour que la vie trouve son sens.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Un instant

Publié le par la freniere

La vie court à la mort

avec les pieds des hommes.

Elle s'ouvre à l'infini

avec la peau des fruits.

 

Si je n'abdique pas,

c'est à cause d'un loup,

d'une abeille,

d'un mot,

d'une vague odeur de menthe,

des sentiers d'herbe verte

qui prolongent mes jambes.

 

Je porte en moi les yeux

d'une femme très loin.

Je me nourris du pain des livres

et leurs miettes de lumière.

 

Un instant, une seconde,

la beauté passe et nous salue,

cela suffit pour continuer.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

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Monter si haut

Publié le par la freniere

Monter si haut

louper la marche

tomber si bas

se relever comme un enfant

à chaque nouveau pas

réapprendre à marcher

 

Tantôt les arbres

tantôt les mains

tantôt les bêtes

tantôt les uns

tantôt les autres

prendre racines avec chacun

prendre la vie à bras le corps

 

tu es venue

tu es partie

le ciel s'est refermé

sur tes derniers regards

et je t'écris dans les cafés

les cernes de bière et la poussière

 

que l'on soit mille

ou chez personne

tantôt les poings

tantôt les mots

tantôt les uns

tantôt les autres

devant la vie qui en arrache

nous sommes tous un peu coupables

 

JML

Publié dans Poésie

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Je ne tiens plus debout

Publié le par la freniere

Je ne tiens pas debout sans toi.

Mes feuilles ne poussent plus.

Mes racines pourrissent.

Les oiseaux volent si bas

que le ciel s'enfuit

et dort dans les nuages.

Je refoule sans toi

comme un fruit desséché,

une olive trop vieille.

Il n'y a plus de feu.

La cendre a remplacé la braise.

J'ai les bras comme deux ruisseaux à sec

et ma soif n'a plus qu'une provision d'eau morte.

Je ne tiens plus debout.

Même si les baisers envoyés par la poste

ne suffisent pas toujours,

je t'attendrai jusqu'à la fin des temps

où chacun deviendra ce qu'il aurait du être.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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Tant qu'il y aura des hommes

Publié le par la freniere

Tant qu'il y aura de l'argent,

il y aura des pauvres et des riches.

Tant qu'il y aura des dieux,

il y aura des athées mis à nu

et des croyants armés.

Tant qu'il y aura des banques,

il y aura des imbéciles heureux

pour croire aux promesses d'élection.

 

Tant qu'il y a des hommes,

il y a de l'hommerie et des vendeurs de chars.

Tant qu'il y a des hommes,

il y a malgré tout des âmes-sœurs qui s'aiment,

de la tendresse en friche,

des caresses à donner,

des cœurs empressés dans les baisers volés.

 

Tant qu'il y aura des pierres,

du silex et du bois,

il y aura du feu.

Tant qu'il y aura des mots,

des mômes qui font du bruit,

des gens qui manifestent,

de l'énergie solaire,

des barques sans moteur,

il y aura de l'espoir.

Tant qu'il y aura la nuit,

la peur des fantômes

et l'aboiement des chiens,

il y aura le jour.

 

Tant qu'il y aura du monde

pour défaire les chaînes,

du mou dans les cordeaux,

du lousse dans la tête,

du foin à la place du fric,

des mains qui sentiront la femme,

l'amour, les frites

ou la compote de pommes,

des mains de menuisiers sur les rabots,

des mains de pianistes ou d'accoucheurs,

des mains à plume ou à marteau,

des mains de sable au bras du fleuve,

des coups de main,

des coups de tête,

il y aura des hommes restés debout,

des enfants en révolte,

des femmes enceintes

ou en chaleur.

Tant qu'il y aura des fraises,

de l'eau d'érable et des poèmes,

des guêpes en liberté

et des abeilles vivantes,

il y aura du miel.

 

Tant qu'il y aura la mort,

il y aura la vie.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Je couche avec la mort

Publié le par la freniere

J'avance vers chacun

avec des mots qui frappent,

des mains qui apprennent,

des gestes fous

dans le vent des caresses

les ongles des morts

qui continuent de pousser,

des gants d'épines

sur une peau trop tendre

et le blues des Noirs

dans le coton des Blancs.

 

Je couche avec la mer

et sa pensée sauvage,

les ronces dans les fossés,

les rats dans les caves,

les araignées du soir

dans les greniers en feu,

les bâtons dans les roues.

 

Je descends dans l'ornière

comme un poing qu'on écrase,

comme une femme qui dort

avec les cuisses ouvertes

pour accueillir le rêve.

Je cours avec les fous

pour boire à genoux

la rosée des étoiles.

 

Je couche avec la mort.

Je dors dans ses linceuls

au milieu de l'humus,

l'âme vêtue de chair

dans la boue des limons,

dans la fange et l'affront.

 

Je porte sous ma peau

le squelette du premier homme.

Je porte dans les yeux

le regard des insectes

surplombant les abîmes.

Il n'y a plus de miracle

dans les vestiges du réel

seulement des mirages

dans les vertiges du rêve.

 

Au milieu du désert

j'apprends à boire mes larmes.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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