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338 articles avec poesie

Peut-être

Publié le par la freniere

Peut-être que le sable sortira des vitres et servira de plage.

Peut-être que la mer s’échappera des colliers.

Peut-être que le vent remplacera le pétrole.

Peut-être que les chevaux henniront dans les bottes pour retrouver l’avoine.

Peut-être que la ligne d’horizon libérera les collines et les jettera au vent.

Peut-être que le baiser des abeilles redonnera du miel aux ruches désertées.

Peut-être que le temps s’enfuira des horaires pour rejoindre le rêve.

Peut-être que les enfants oublieront la règle de trois, la guerre de Troyes

et les trois petits cochons pour dessiner le ciel.

Peut-être que les hommes sortiront des usines, des banques et des églises

pour retrouver la source.

Peut-être que les fillettes d’Afrique pourront jouer à la corde sans sauter sur une mine. Peut-être que les crayons de couleur remplaceront les seringues aux mains du désespoir. Peut-être que les trains s’envoleront des rails en convois de pollen.

Peut-être que les chiffres feront la courte échelle aux alphabets rebelles.

Peut-être que les balles ne viendront plus crever les ballons des enfants

et que les cerfs-volants remplaceront les missiles.

Peut-être que les aveugles enseigneront aux autres à voir avec les mains.

Peut-être que les mains serviront aux caresses et qu’on pourra s’aimer

sans compter la monnaie.

Peut-être que l’amour réchauffera la terre et les nuages qui ont froid.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

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Sur un lit d'hôpital

Publié le par la freniere

Avachi sur une chaise roulante ou sur un lit d'emprunt,

en jaquette à pois mal attachée,

je réveillerai les morts qui hantent l'hôpital.

Des vieux surissent sous leurs pansements.

Des amputés cherchent leur jambe.

Des éclopés crient au secours.

Des infirmières sonnent l'alarme.

Elles préparent des transfusions de cendre

pour les feux mal éteints.

De vieilles édentées font des prières sans parole.

Le silence marmonne.

Un jour malade se lève sur l'éclat des seringues.

Des têtes pourrissantes se quêtent un oreiller.

Des grabataires se croisent sur un chemin de croix.

Ils essaient de manger avec leurs poings coupés.

L'équipe de nuit distribue des pilules.

Au bout de chaque mort, j'ai tracé une route.

On se tourne toujours du côté où mourir.

On vole jusqu'aux os à la morgue des jours.

Les continents dérivent

et des morceaux du monde divaguent sans raison.

On crève de tumeurs sur la blancheur des draps.

Des culs-de-jatte en transe échangent leurs béquilles.

Le sang des trépanés continue de couler

sur la chair des poumons rongés par le cancer.

On greffe des vagins aux grandes folles sans sexe.

Des ombres s'anémient dans l'éther des couloirs.

Des infirmières noires caressent des moignons.

Des malades à genoux désespèrent un peu plus.

On muselle la folie avec des sangles et des pilules,

des camisoles de force et des électro-chocs.

Bercer des enfants morts ne console de rien.

Mille croix de bois blanc n'empêchent pas la guerre.

Cloué au bois dont on fait les potences,

je couche dans mes yeux pour préserver le rêve

et pour ne pas finir en tas de vomissures.

Qu'on me sorte d'ici.

J'ai peur de crever seul sur un lit d'hôpital

au milieu des abcès et des crachats de sang.

Une entaille à la jambe et le foie cirrhosé

au lieu d'être un malade enfermé dans sa tête

voici que je recule les murs de mon corps,

que j'accorde mon cœur aux guitares tziganes,

que je souffle la braise dans l'âtre mal éteint.

 

Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

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Manquablement

Publié le par la freniere

Manquablement le bonheur
s’est perdu sur la route
manquablement l’espoir
l’a précédé de peu

manquablement la vie
s’est cachée dans le talus
l’épine dans le talon
le feu dans le taillis
manquablement l’amour
a fait la sourde oreille

manquablement la nuit
s’est pendue dans les arbres
l’oiseau refuse de chanter
dans une cage d’ascenseur
les pierres fatiguées contredisent la source

le bois se fend la neige fond
la mer se noie la terre se terre
manquablement le coeur
s’arrêtera de battre
la forêt murmurante
aura perdu la voix

manquablement la mort
le tonnerre et l’éclair
manquablement le vent
la poussière et la nuit

manquablement la peur
la misère et l’ennui
manquablement la peau
la paupière et la pluie
manquablement qu’il manque
une phrase au poème

  1. parole: Jean-Marc La Frenière
  2. musique: Loulou de Villère

Publié dans Poésie

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À mes enfants

Publié le par la freniere

Vous ne demandiez que la parole

et c’est moi qui parlait.

Vous ne demandiez qu’une source

mais c’est moi qui buvait.

Pardonnez-moi l’absence

quand vous mouriez de soif.

 

Pardonnez-moi de n’avoir pas été là,

trop perdu dans mes larmes pour entendre vos rires,

trop perdu dans mes mots pour écouter vos rêves,

trop perdu dans mes pas pour me trouver en vous.

 

Pardonnez-moi surtout de n’être qu’un rêveur

oublieux de ces choses qui importent au réel.

Rien n’est tout à fait vide ni tout à fait plein.

Nous ne sommes jamais

ni tout à fait ici ni tout à fait ailleurs.

 

Si la soif porte sa source

je m’en irai moins seul de vous savoir heureux.

Je m’en irai moins con faire la bise aux nuages.

 

Jean-Marc La Frenière

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Chienne de vie

Publié le par la freniere

Dans cette chienne de vie
j'ai préféré tirer la chasse,
tirer la langue
et le diable par la queue
que de tirer du gun
ou de tirer des chèques
sur le malheur des autres.
J'ai préféré passer l'éponge,
passer mon tour,
passer les bornes,
passer pour fou
que de passer tout droit.

Mais cette chienne de vie
est parfois si jolie
(merci Prévert)
sans collier sans licou,
les deux pieds dans la vase
et le poil au soleil.


Quand on m'aura dompté,
dressé, salarié,
je ne serai plus
qu'un masque sans visage,
une ride sans voix,
un habit sans personne,
un corps en location,
un coeur à la consigne,
une âme en peine.

Je veux rester sans nom
au milieu de la foule
et faire l'accolade
à tous ceux qui s'égarent.
Je veux rester rebelle
et me refaire une vie
hors des sentiers battus,

Je veux planter ma tente
au milieu de l'orage
et faire d'un volcan
un oasis de paix,
de la peur une armure
et de l'angoisse un feu
pour réchauffer la vie.

 

Je veux rester debout
pour une femme qui passe
mettant le feu au cul
et la main à la pâte.
Je veux rester vivant
pour une femme qui chante
et rallume à ma queue
le désir des voyous.

 

Jean-Marc La Frenière

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Le silence des hommes

Publié le par la freniere

Comment tu fais

pour découper le ciel

à même l’ombre des murs?

 

Comment tu fais

           pour trouver des lucioles

au cœur même des villes

ou le fond des étables?

 

Comment tu fais pour rire

sans te fermer les yeux

sur le jeu des grimaces?

 

Où je me crois poète

c’est toi qui sauve les mots

du silence des hommes.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

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Is it the end?

Publié le par la freniere

Tout ne contient plus rien.

De commerce en commerce,

de guerre en guerre,

de prière en prière,

on approche de la fin:

le dernier chimpanzé,

le dernier papillon,

le dernier maillon de la chaîne,

la dernière banquise,

le dernier feu de bivouac,

la dernière étincelle,

le dernier litre d’essence,

la dernière heure,

le dernier film,

le dernier brin d’herbe,

la dernière goutte de pluie,

le dernier train,

le dernier pain,

la dernière main,

le dernier cri,

le dernier jouet d’enfant

qui tombe d’un landau,

le dernier enfant

qui apprend à marcher,

la dernière ligne de vie,

la dernier coup de grâce,

le dernier livre,

le dernier mot,

la dernière syllabe,

le premier pas

du dernier homme.

L’argent a tout détruit

jusqu’à son dernier sous.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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La rose est nue

Publié le par la freniere

J'interroge le vide

avec les yeux pleins d'eau

et les bras tatoués de soleil.

 

Qui suis-je dans la nuit,

la voix prise de vertige,

la vie prise en otage.

 

Le peu qui manque à notre soif

est le verre qu'il faut boire.

 

Le cœur est comme un poing

blessé par les épines.

 

La rose est nue parmi les ronces.

 

Jean-Marc La Frenière

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En quarantaine

Publié le par la freniere

Dans ce pays de cons

où tout se vend même la mort

le temps de faire mes emplettes

je mets mon cœur en quarantaine

et laisse mon âme à la consigne.

 

Je peins pour m’échapper

des portes sur le mur.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

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Le compteur à zéro

Publié le par la freniere

Pieds nus, mains nues,

le cœur à découvert,

sans foi ni rien,

rien que pour toi

j’ai remis

le compteur à zéro,

le bonheur à l’endroit,

le malheur à la porte.

 

Je n’attends plus l’éternité.

Je t’attends.

 

Jean-Marc La Frenière

 

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