Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

301 articles avec poesie

J'habite l'invisible

Publié le par la freniere

J'habite l'invisible.

Les murs sont des collines, du ciel, des forêts.

J'habite le silence.

Les meubles sont des mots.

La table est mise pour le vent.

J'habite l'air des champs.

Les fleurs attendent les abeilles.

J'habite une maison hantée où les fantômes font la fête.

J'habite une maison liquide

Les bras du fleuve s'ouvrent à l'estuaire.

J'habite un corps plein de sang.

L'âme des anges a des ailes d'oiseau.

J'habite les secondes, les heures, les années.

L'armoire est pleine de souvenirs.

J'habite le premier homme et le premier cahier.

J'habite le ciel et les nuages.

L'orage fait danser les vitres de la pluie.

J'habite la terre et l'eau d'érable, le coeur des tournesols,

le beau bleu des lavandes,

le jaune des pissenlits qui nous tache les doigts.

J'habite la neige et l'huile d'olive.

J'habite le rêve et le réel.

J'habite la parole où la vie de chacun est une bibliothèque.

J'habite le voyage.

J'étale sur la table toutes les cartes du monde.

J'habite l'espace et l'espérance.

Tout un passé reste accroché aux lieux.

Certains gestes rappellent tant de vies antérieures.

Je marche seul vers chacun.

Je vis pour habiter l'amour,

mais la guerre sans cesse vient frapper à la porte.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Les aiguilles du monde

Publié le par la freniere

Des hommes de proie

des homme de foi

disent la messe en mort

 

est-il déjà trop tard

 

sous le verre des cadrans

les aiguilles du monde

indiquent le malheur

le désespoir clignote

sur les réveille-matins

 

faut-il que le monde soit fou

 

pour un soldat de Dieu

chaque mort est une victoire

chaque victime une prière

 

que se passe-t-il dans les tripes du cerveau

 

les soldats de l'argent

bombardent un hôpital

pourquoi tuer les autres

l'ennemi est en nous

sapé d'encens et de dollars

de médailles et d'horreur

 

le siècle avance et mange les forêts

les icebergs fondent à la vitesse du pétrole

la vertèbre s'incline devant l'écrou

le paysage devant l'écran

les muscle s'agenouillent devant l'ordinateur

 

sous les paupières de chaque homme

les yeux se terrent et se refusent à voir

le temps que nous vivons

se déduit de la mort

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Dix millions

Publié le par la freniere

Dix millions de soldats

pour un million de médecins

dix millions de coiffeuses

pour un million d'infirmières

dix millions de pigeons

pour un million de mésanges

dix millions de mouettes de centre d'achat

pour un million d'espèces disparues

dix millions de grenouilles de bénitier

pour quelques vrais chamans

dix millions de Barbie

pour dix millions de Kenny

dix millions de bombes

qui rasent les écoles

pour un million d'illettrés

dix millions d'estropiés

pour un million de prothèses

dix millions d'autos

pour un million de brouettes

dix millions de chevaux-vapeur

pour quelques chevaux sauvages

des tonnes d'éléphants

pour quelques livres d'ivoire

dix millions d'épinettes

pour la paperasse des fonctionnaires

dix millions de post-it

pour quelques lettres d'amour

dix millions de cabanes qui tiennent à peine debout

pour un million de bungalows

dix millions d'attachés-cases

pour un million de sacs à dos

dix millions d'âmes en peine

pour un million de consciences tranquilles

dix millions de voleurs

pour un même trésor

dix millions de HLM

et de verdure sans chlorophylle

pour dix domaines en bord de mer

dix millions de portables

un million de mots pour ne rien dire

à peine quelques rires

dans une vallée de larmes

à peine quelques pains

dans une volée de graines

dix millions de pétarades

pour une seule envolée lyrique

dix millions de caniches

pour une centaine de loups

dix millions de vieillards encabanés

pour un million d'enfants courant la galipette

dix millions d'esclaves

pour quelques milliardaires

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

L'âme (extrait)

Publié le par la freniere

L'âme

c'est la rosée où se dissout la nuit,

une écharpe de laine sur les épaules du froid,

les mots et la musique,

du latin de Virgile au gospel des Noirs,

les parenthèses ouvertes sur le monde,

la respiration des virgules,

la magie dont on fait les baguettes,

de pain, de fée ou bien d'orchestre,

une rivière inventée au milieu du réel,

c'est l'énergie d'une poire,

un ours mangeant du miel,

un léger souffle sur la paille,

le premier pas du jour quand il quitte la nuit,

la terre pleine de temps,

les perles perdues de la rosée

comme des flammes dans du verre,

les plantes survivant à l'hiver,

les maisons, les collines, les fleurs,

une cartouche de sang dans la culasse des veines,

peu de chose enfin de compte en face du cosmos,

c'est ce qui agrandit ce que les yeux perçoivent

et donne un sens au monde

 

comme si écrivant sein on disait lait,

comme si écrivant plante on disait sève,

comme si écrivant cœur on disait sang,

comme si écrivant homme on disait vie.

 

L'âme

c'est continuer de vivre malgré la mort,

continuer d'aimer.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

L'âme (extrait)

Publié le par la freniere

c'est cette lumière qui s'échappe par la blessure de l'être,

ce miellat nourricier,

cette chair accrochée aux bouleaux et guérissant les hommes,

ce pollen de l'air qui donne vie aux fruits,

l'énergie des fourmis qui soulèvent des pierres,

cette braise sous la cendre que tisonne le vent,

cette sève des érables que sucre la chaleur,

cette tête qui anime la main,

celle qui pousse le crayon et dessine la vie,

cette bouche du fleuve et l'appareil digestif de la terre,

ces fleurs sauvages qui s'offrent aux abeilles,

la gelée blanche des fougères,

cette pelletée de braises faisant fumer la neige,

le feu follet, la flamme, le ver luisant, l'iris versicolore,

quelques mots qui survivent à l'asphyxie du monde,

la veilleuse d'un enfant dans une chambre à coucher,

le monstre sous le lit ou dans le garde-robe,

le cri intermittent d'une chouette,

les rares bruits du cimetière,

l'enfant et son genou qui saigne,

la poupée, la toupie, l'ami imaginaire

son trésor enfoui sous la galerie,

un vieil homme errant dans sa mémoire,

un feu de branches aux airs de guitare.

 

c'est l'usure des planches et la patine des meubles,

ce bruit de l'eau dans les gouttières,

celui de l'homme dans la rumeur des choses,

c'est la course des heures,

les fleurs pressées de vivre

et celles qui tombent en poussière,

les fruits ronds des pommiers et les œufs des oiseaux,

le fouillis cellulaire d'où naissent les enfants,

la fonte des neiges dans la faune et la flore,

les germes qui s'éveillent,

la lessive bleue du ciel,

les neurones qui éclosent,

c'est l'orage et la pluie, la fulgurance des éclairs,

la bousculade des gouttes sur la tole des toits,

la rosée du matin, la couleur du couchant,

le rose insaisissable des brumes sur le lac,

l'aubier des arbres, l'aube du bois,

ces ruches, ces nuées, ces nuages qui s'emparent des yeux,

cette route montrant sa corde sous les pas,

la corne sur les paumes et le dessous des pieds,

la vue d'un fruit dans le panier d'un arbre,

c'est la semence se dévoilant pivoine,

sycomore, cyprès ou thuya,

le dès, le depuis, le toujours.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Leur âme

Publié le par la freniere

Certains l'expédient aux quatre coins du monde

dans une enveloppe sans adresse,

une bouteille à la mer,

sur un radeau de fortune,

à la patte d'un pigeon,

sur un avion de papier.

 

Certains la jettent avec leur ombre au fond des caniveaux,

croient la manger dans le pain d'une hostie.

 

Certains l'effacent sur un livre comptable,

s'en servent comme d'une balle dans une roulette russe,

la laissent flotter au vent dans la soie d'un drapeau.

 

Certains vivant à peine donnent la mort en son nom

croyant guider les hommes vers un paradis peuplé de vierges.

 

Certains la cherchent dans les mots

comme on cherche une aiguille dans une botte de foin.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Inventaire

Publié le par la freniere

Les grands vols d’oiseaux

effacés par le vent,

les voleurs de grands chemins

qui ont perdu la route,

le ciré des questions

sous la pluie du savoir,

le paratonnerre du désir

dans l’orage du manque,

l’incertitude de vivre

malgré la certitude de la mort,

l’amour aveuglé par la haine,

une promesse de lumière

dans la mort des étoiles,

le petit pain des mots

dans les miettes du silence,

les ailes de la paix

brûlées par le commerce,

les anges qui se cachent

sous un habit de pauvre,

l’éclair d’un caillou

dans un désert de glace,

un sherpa de lumière

sur la montagne du doute,

un poème désarmé

sur un champ de bataille,

un trésor dans l’ornière,

un avenir perdu

dans le rétroviseur,

une petite chaise de paille

dans la toile d’un fou,

le chèque en blanc du rêve

à la banque du réel.

Je n’invente rien.

J’inventorie

et la vie suit son cours

comme un mauvais élève.

 

Jean-Marc La Frenière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

J'avance vers chacun

Publié le par la freniere

J'avance vers chacun

avec des mots qui frappent,

des mains qui apprennent,

des gestes fous

dans le vent des caresses

les ongles des morts

qui continuent de pousser,

des gants d'épines

sur une peau trop tendre

et le blues des Noirs

dans le coton des Blancs.

 

Je couche avec la mer

et sa pensée sauvage,

les ronces dans les fossés,

les rats dans les caves,

les araignées du soir

dans les greniers en feu,

les bâtons dans les roues.

 

Je descends dans l'ornière

comme un poing qu'on écrase,

comme une femme qui dort

avec les cuisses ouvertes

pour accueillir le rêve.

 

Je cours avec les fous

pour boire à genoux

la rosée des étoiles.

Je couche avec la mort.

Je dors dans ses linceuls

au milieu de l'humus,

l'âme vêtue de chair

dans la boue des limons,

dans la fange et l'affront.

 

Je porte sous ma peau

le squelette du premier homme.

Je porte dans les yeux

le regard des insectes

surplombant les abîmes.

Il n'y a plus de miracle

dans les vestiges du réel

seulement des mirages

dans les vertiges du rêve.

 

Au milieu du désert

j'apprends à boire mes larmes.

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Un os de lumière

Publié le par la freniere

Un os de lumière

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

Dans ce monde

Publié le par la freniere

Dans ce monde où les chaînes

ont des noms de banquiers,

dans ces pages où les mots

se trahissent entre eux,

où les barreaux ont des voix

d'honnêtes hommes,

dans ce crime où les autres

sont toujours les coupables,

dans cette cour où les juges

ont des mains d'assassins,

dans ce jeu de pouvoir

où les comptables règnent,

dans ces miroirs sans tain

où l'on sniffe son âme,

dans ces bulletins de nouvelles

où les poètes ont tort

et les sportifs ont l'or,

dans ces maisons de banlieue

où le feu meurt de froid

et les roses trop sages

congédient leurs épines,

dans ces usines à cons

où l'homme n'est qu'un écrou

qu'on paie au tour de vis,

dans ces tours à bureaux

où les âmes s'étiolent

au bout du téléphone,

dans cette guerre des étoiles

où l'homme n'est encore

qu'une chair à canon

qu'on farfouille et qu'on floue,

dans cette chair étriquée

où le corps n'est plus

qu'un squelette qu'on loue,

dans cette prison de verre

où se blessent les ailes,

dans ce chemin qui mène

de la peur à la mort

il faut rester debout.

 

Il faut croire au bonheur

et redonner la chance

aux rêves les plus fous.

Il faut laisser à l'homme

sa lumière et son cœur,

à l'arbre ses oiseaux,

à la mer ses vagues,

à l'île son trésor.

                       et l'espoir à l'enfance.

 

                       Jean-Marc La Frenière

 

Publié dans Poésie

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>