8 mars
Je me suis réveillée ce 08 Mars, j'ai couru vers le miroir, convaincue que mes cheveux seraient devenus très longs, mes cils triplé de volume, ma bouche devenue pulpeuse, mes dents redevenues blanches, mes cernes auraient disparues, mon ventre aplati comme sous un rouleau compresseur. Convaincue que ma voix serait devenue mielleuse et douce, que ma volonté serait mue en soumission, que mon cerveau serait devenu tellement petit que je ne le sentirai plus. Je me suis réveillée, j'ai couru en espérant que ce 8 mars, la magie aurai enfin opéré et que je sois devenue cette femme qui vous fait rêver Messieurs, celle qui vit sur la couverture des magazines et que votre bêtise a rendue réelle. Cette femme qui dit oui, qui dit je ne sais rien, qui dit je ne suis jamais fatiguée, qui dit je ne suis rien sans toi, qui dit que vais-je devenir si tu me quittes, qui dit que les autres femmes sont des monstres qui n'ont rien compris, qui dit je suis ta moitié.
Je me suis réveillée et mes problèmes étaient toujours les mêmes, mes peurs et mes angoisses toujours à la même place, et dans mon souvenir intact le prêche de ce vendredi dernier que j'ai écouté de mon balcon, ce prêche où le péché de la femme non voilée faisait trembler la mosquée, la voix de cet imam qui criait à qui voulait l'entendre qu'une femme non voilée mérite la violence, qu'une femme non voilée mérite d'être agressée, et si personne ne lui vient en aide c'est parce qu'elle l'a voulu. Cet imam qui chauffait une salle comme on chauffe un fer à cheval, pour marquer la femme du sceau du péché. Ce prêche nauséabond martèle encore mes tympans. J'ai couru voir le calendrier pour m'assurer qu'on était en 2015, et qu'un Imam fonctionnaire de l'état incite à la violence contre les femmes, de jeunes mâles frustrés, paumés, convaincus que la femme et le diable ne font qu'un.
Parlez moi des droits de la femme, je vous parlerai de mes non-droits, de la constitution de mon pays, de la mentalité de mes compatriotes, de la violence insidieuse, de la barbarie silencieuse, de la prostitution légalisée, du viol légitime, de la religion comme passe-droit sur le corps de la femme, mon corps.
Mon corps n'est pas un dessin, il n'est pas une caricature, il n'est pas un document administratif, sur lequel vous pouvez statuer comme bon vous semble. Mon corps est mon bien, ma destinée, mon arme et ma guerre. Il est mon amour et ma haine. Il est ma propriété.
Ce 8 mars encore devant mon miroir je ne me suis pas transformée en poupée.
© Amina Mekahli