Ulysse et les syrènes
Ne suis pas de ces fils de bonne famille langoureux
échoués sur un credo du verbe
j'existe et me déplace entre les lignes
ligne de vie ligne de chance ligne de front ligne à haute tension
et quand je broie du noir je compte mes morts
ma musique ne s'entend qu'à la lisière de l'aube
avant que ne s'étrangle le coq rouge du réel
J'ai falsifié de fond en comble le monde
pour lui faire rendre ses couleurs
et j'en pince pour une ravissantes princesse en guenilles
qui fait danser les faubourgs au son du canon
Mettre à bas les vielles morales désuètes les préjugés vaniteux
explorer l'esprit jusque dans les moindres confins de la matière
renverser les tables de la loi mettre le feu à la maison
et partir quitter cette foire d'empoigne
ce cirque Pinder où les tigres n'ont plus ni dents ni griffes
où des théories de nains déguisées en girafes martyrisent un vieux clown sans défense
la vérité ne s'expose que lors des enterrements des êtres que l'on aime
tout le reste n'est que de l'art pour faire bonne figure
et si quelques poètes rébarbatifs
brillent comme des étoiles errantes dans le non-sens du cosmos
alors tout espoir de tomber amoureux n'est pas perdu car l'espoir c'est la vie
comme le dit le premier imbécile aux nues ravi
tel un bon matelot j'épisse les cordages de l'imagination
en écoutant chanter les sirènes de mes rêves parmi les vagues vineuses d'une Odyssée.
André Chenet Au lieu-dit des Bons Airs, le 4 Nov. 2016
