Quand l'ombre vient
Papillon millénaire
sous son cocon de peur,
voyageur à la traîne,
ma jeunesse a rejoint
l’équilibre des rides.
Quand on éclaire les façades
je visite les ombres.
Je suis un peu cet homme
qui se mord les yeux
pour les garder ouverts,
le cri de cette plume
qu’on arrache à l’oiseau
pour écrire à la mer
ou apprendre à voler,
le feu sur la buée
que laisse un doigt d’enfant
sur la vitre du temps,
la langue des Bédouins
qui remue le désert
pour y trouver des vagues,
la souris qui grignote
un sac de temps mort,
le bruit de la boussole
dans la nuit des aveugles,
ce souffle d’infini
qui a besoin de réel
pour traverser la vie
sans y briser le rêve,
cet arbre qui émonde
ses branches de questions
mais garde dans sa sève
la mémoire des nids.
Quand la nuit tombe
et l'ombre vient
je ne suis pas le seul
à crier dans le désert.
Jean-Marc La Frenière