L'autre versant
je suis seul et j'écris.
Je remercie le ciel des oiseaux qu'il apporte
je les nourris de miettes
comme je noircis la page
aux brûlures de l'â
je refais les sentiers où nous nous sommes aimés
dans l'odeur des framboises
et les crottes de chevreuil.
Je te parle sève à sève, de semences à rosée,
pour les mots jamais dits
et les silences trahis.
L'odeur de notre amour hante encore ces lieux
et m'enivre toujours.
Rien n'a jamais compté pour moi
que de boira ta bouche,
c'est encore de toi que m'assoiffe la vie.
Si mes mots mûrissent aujourd'hui
comme des fruits sauvages,
c'est par les sources de tes mains
où je n'ai jamais pu aller qu'en poète malhabile .
Avec ma gueule de mendiant,
j'apprends la rose et l'aubépine
j'apprends l'ortie et l'hortensia
pour m'accorder au chant des ruches.
Malgré la mort nous restions liés
comme les nerfs d'une main, la racine à la terre.
Là où mentent les routes
tu m'indiques la route.
Un peu de chaque chose est mort avec toi,
séparé de sa tige bon poème s'est tu
sans reverdir le monde.
Je ne sais plus de moi que ce que j'ai perdu.
Tu es venue chez moi faire la part du feu
et j'ai craché le vin sur la terre des caves.
J'ai craché le venin, la routine, la haine,
les vents rongeant nos portes
sont devenus caresses.
Tu as ouvert pour tous des écoles d'oiseaux,
Tout ne faisait que commencer
quand la mort a laissé
chaque moisson en friche,
chaque maison en deuil, chaque passion en rade.
Dans les débris du monde
j'existe par l'amour que je te porte encore,
par la souffrance aussi.
Une fenêtre suffit qui ne s'ouvre qu'en toi.
Toute ma vie je porterai ta voix
du bleu pur des jacinthes aux branches d'olivier.
Je porterai ton jour et ta soif d'amour
plus insatiables que l'espoir.
Je veux car ce poème recomposer tes fruits
à partir d'une écorce.
Je regarde tes yeux sur une vieille photo
c'est le seul paysage où j'ai été heureux.
Je touche avec des mains aveugles
les contours de la vie où j'avance à tâtons
je viens à toi
comme une source à genoux
ou comme la main du vent
qui caresse les fleurs.
Sur l'épaule du monde je berce ton sommeil.
Je t'emporte avec moi
plus loin que l'horizon
jusqu'où je ne vais pas
Jean-Marc La Frenière