Ballade pour un enfant distrait
je me souviens si peu de cet enfant trop sage
si peu de cette rue si brève et si fragile
et de ces soirs de mai où vivre apparaissait
dans le simple ostensoir d'un trottoir où l'on court
je me souviens si mal de ces ventres déjà
corrodés par je ne sais quel acide lent
mais partout des soleils au milieu des moineaux
volaient qu'on attrapait pour jouer à la balle
je me souviens si mal c'était vers l'an deux mille
douze ou treize maisons bâties cent ans plus tôt
dont les enfants heureux ne vieillissaient pas
seuls les trottoirs et les briques avaient des rides
je me souviens encore d'un fruit cueilli trop tôt
au pommier de la cour au jardin de mon père
et qu'ailleurs où il fut s'appela nulle part
il fut mangé par des statues de pierre ancienne
à quatre rues de là
Sylvain Lelièvre
