Paroles indiennes
elle tient le vide
entre ses mains
ouvertes au ciel
elle s’avance et franchit
le pont fragile
de la folie
elle sait parler aux chiens
frileux qui la suivent de loin
ils flairent sa douce forme humaine
sans bien savoir où elle les mène
elle rêve en chemin
dans la clarté vive
d’un premier matin
jamais elle ne court
elle marche lentement
vers un retour
qui n’aura pas lieu
sa main dessine dans l’air
une longue courbe
il y a dans ses yeux
une île d’herbe
et de tourbe
déjà elle oublie sa légende
et ne sait plus le nom de sa mère
elle ne garde de l’Irlande
qu’un bout de ruban vert
elle tient le vide
entre ses mains
ouvertes vers le ciel
elle n’a plus de manteau
son ombre glisse sur l’eau
ralentis douleur
je profite du soleil
jusqu’au dernier temps
la lumière coule
dans la buée des bouteilles
ralentis douleur
on y arrive bientôt
à la plage de paix
j’y coucherai ma peine
comme on couche une forêt
ralentis douleur
je ne pourrai plus tenir
jusqu’au dernier coup
mon cœur a roulé
au hasard des désirs
allez va douleur
va plus vite finir
brûle le cœur des sources
que je touche enfin
aux étoiles de verre
qui se brisent dans mes yeux
allez va douleur
pars comme tu es venue
Né à Rouyn-Noranda en 1948, peintre, poète et parolier (Abbittibbi, Desjardins, Léveillé, Babin, Saint-Jack). Michel X Côté est recherchiste et rédacteur au sein d’un organisme culturel autochtone. Il vit à Montréal dans la quartier Saint-Henri.