André Mathieu
Né le 25 mai 1928 À Angoulême d’une famille poitevine (Au XVIe siècle, ses ancêtres étaient laboureurs à Mauprevoir (Vienne). Études secondaires au Lycée de Tarbes. Maîtrise et D.E.A. de Lettres. Prépare pour 1989 une thèse de Doctorat sur August Strindberg à l’Université de Paris. Ancien journaliste et cinéaste, travaille comme réalisateur et reporter à la chaîne nationale de Radio France-Culture. Membre du comité de fonctionnement de l’Union des Écrivains de France et de la commission des traducteurs au Conseil Permanent des Écrivains. Il a publié L’Amour du jour (1952), Double Équateur (1954), Les Runes (1975), Les Jardins rétrogrades (1978), Chaleur du tendre (1982). Il a collaboré à Action Poétique, La N.R.F., La Quinzaine Littéraire, le Magasine Littéraire. Deux séjours au Québec : 1977 et 1983. A traduit en français Herman Melville, Chester Himes, Jan Myrdal, Erik-Axel Karlfeldt, Par Lagerkvist et surtout Gunnar Ekelof et August Strindberg.
J’ai vu le Nil, le Rhin, le Rhône et le Gange
L’Aar et l’immense Amazone
J’ai le Po et la rivière Charles
Le Tibre, l’Adige et la Tamise
Et en Afrique noire d’ivoire
Bandama rouge, Bandama bleu
Et j’ai vécu sur les bords de la Seine
Le tiers en cours de ma vie…
Mais le Saint-Laurent restera pour moi
Le Père de tous les fleuves et de Trois-Rivières
Et l’océan majesté depuis l’Arctique survolé
Jusque au Mont-Royal…
Et Gatien en était le Prince
En son vaisseau solaire
Sur le fleuve ou presque, au plus près
Face aux six kilomètres de l’autre rive…
Notre première rencontre fut donc l’avant-dernière
Sur la photo tu me regardes
Comme si tu ne devais plus me revoir
Moi, ton aîné de quarante-trois mois…
Et dans ton antre vaste à la mesure du fleuve mitoyen
À mi-chemin du ciel et du fleuve
Il y avait Bernard Pozier
Le «titi parigot» de la Mauricie
Des Anges et du rythme réunis
Et aussi de la belle Grimaldi
Louise Blouin, muse de ses recherches
Rêvant de bicyclette en Italie
Comptable des voix du passé
Des voix qui se sont tues sur les ondes éthérées
Il y avait aussi Alphonse Piché
L’ancien au nom qui porte à boire
Et à chanter près des anciennes tables
Comme à bord des bateaux
Qui nous offrait son dernier profil
Et Dargis, le sosie des vikings
Au scénario grammatical
Et moi, et moi, et moi
Venu du vieux pays.
On ne me trouvera pas
Dans l’«Anthologie quatre-vingt»
Du «Castor Astral» et de «l’Atelier de l’agneau»
Dans l’odre alphabétique
Entre MARTIN Yves et MATHOUL Jean-Marie
Je suis né dix-neuf mois trop tôt.
Je ne figure pas non plus
Dans «La poésie contemporaine
De langue française depuis 1945»
Aux Éditions Saint-Germain des Prés :
On m’a encore oublié…
Je ne suis pas non plus cité
Dans l’«Année Poétique 1975»
Bien que, cette année-là
J’ai publié «Les Runes»
Obtenant pour cela
Le prix Aurel.
Inconnu au bataillon
Pour les «Années Poétiques» suivantes
Bien qu’en 1977, Action Poétique et
En 78, Miroirs aient publié
Tout juste de quoi
Faire savoir que je n’étais pas mort
Et que je respirais encore
Poétiquement parlant.
Que la lune soit rose au soir ouvrant les draps
Que tout globe soit jumeau proposé à mes doigts
Que le bonheur soit dru comme averse de mars
Chaque jour sans amour est doublement perdu.
Je voudrais mourir de ta main
Par une nuit sans brume et sans bruit
Je voudrais mourir de ta main
Par une nuit sans témoin
Seuls nos regards entrecroisés
Le mien, sur ta nudité
Accordée comme au temps passé
Et le tien, sur mon immortalité
Seuls nos regards entrecroisés
Sauront, dans les siècles des siècles
Seuls nos regards entrecroisés
Sauront garder le secret.