Épitre aux oiseaux de cette côte (Écosse)
Vous goélands qui connaissez cette côte
depuis l’Aber Wrac’h jusqu’aux Sept-Iles
vous au bec à pointe rouge
vous sternes et mouettes tridactyles
vous pieds de mer
vous bandes de hérons fantômes
qui hantez encore l’île Millau
(je vous vois le soir
au-dessus du bois de pins
gris-bleu dans le bleu)
ceci seulement pour dire
que je vous suis reconnaissant d’être là
si vous étiez tous partis
c’est que les autres auraient gagné
ceux qui avancent
ceux qui construisent
avec leurs idées idiotes et leurs credos crétins
leurs marées noires et leurs déchets nucléaires
leurs bruits et leurs nuisances
(ils ne savent pas marcher le long de la côte
il leur faut toutes sortes
de jeux et d’animations
ils ne savent même pas ce qu’ils ont perdu) –
alors je vous en prie
continuez à vous servir du ciel
comme vous savez le faire
portés par le vent
les yeux grands ouverts
suivant les lignes de la côte
(ainsi que d’autres plus difficiles à voir)
et lancez un cri de loin en loin
pour ceux d’entre nous, en bas, qui veillent
ce sera une sorte de rappel
(pour accompagner les signes enclos
dans le silence de la pierre) :
bien au-delà de la maison du cœur
jusque dans les os