Paroles indiennes
Nous ne pouvons pas non plus les empêcher de rêver.
Et plus ils boivent pour oublier, plus ils rêvent. Car ils boivent. Comme nous buvons. Je voudrais pouvoir dire cette parenté des uns et des autres, ce commun refuge de la bière facile. Et quand ils rêvent, comme nous, ils rêvent de royaume. Ils rêvent des grandes chasses au caribou, du lointain Mouchouânipi, du grand Pays de la Terre sans arbre, ce royaume de légende dont ils se sentent dépossédés sans rémission. Et la dépossession, est-ce une nourriture de l’âme ? C’est Jean-Baptiste Lalo de la La Romaine (réserve indienne de la Côte Nord) qui m’a raconté la dépossession.
Maintenant je remarque
que je commence à changer
quand je suis dans le bois
je commence à avoir hâte
de manger de la farine
je n’avais ce goût-là
maintenant je me souviens
les vieux nous prennent
à cause de ce goût de la farine
c’est là où il y a du caribou
ça commence à être supposé
être notre vraie terre
Je reconnais que leur science est de survie. Ils n’ont pas appris à s’enrichir. Ils n’ont pas appris la division du travail, mais le partage. Aucun d’entre eux ne s’enrichit du travail des autres. Je ne connais pas encore un seul Indien marchand. Ils sont commis : comme les Québécois dans les chantiers. C’est sans doute leur faiblesse. C’est aussi leur noblesse. Ils sont égaux.. Et leur seul négoce est une forme d’échange. Ils n’ont pas appris à engranger. Ils n’ont pas de Bourse du Blé. Ils n’ont pas appris à profiter de la pénurie des autres. Ils sont les victimes de choix du moindre zarzais (déformation québécoise du mot jersiais). Est-ce là de l’innocence ? Ou une forme de sagesse que notre cupidité rend inopérante ? Une sagesse qu’il conviendrait d’apprendre et de pratiquer.