À Noel, dernière lettre (France)
Tu m’as tout pris,
l’extraordinaire, le simple,
le complexe, le quotidien,
le rêve et l’entente.
Il ne me reste rien,
pas un coin de nappe oubliée,
pas un morceau de pain sur la table,
pas un coin de fenêtre
sur la nuit et le jour.
Il ne me reste rien,
pas une forêt sur la terre,
ni une mousse,
ni une fleur,
ni une feuille d’arbre,
pas une teinte de ciel.
Cet oubli du monde au réveil,
ces yeux mi-clos sur l’âme,
ma dernière chance d’hiver,
mon dernier ciel sur la neige,
tu me les a pris,
tu m’as pris jusqu’à la seconde d’oubli.
Je m’échappe à moi-même,
je me coule entre les doigts
et je ruisselle sur ma vie
comme sur une plaine morte.
Je pense à vous,
les mots sont neufs,
fondants comme une rose de Noel
avec ses surprises, ses flammes et sa légende.
Marcher avec toi,
mettre du rouge avec toi,
du rouge aux lèvres,
du rouge aux ongles,
du rouge au cœur.
Retrouver le monde avec toi,
dans mes deux mains,
parce que tu m’auras conté
une pluie au printemps
ou un cuivre qui fait l’amour
avec le soleil.
Mourir avec ta chair en moi,
m’endormir et rêver que je rêve de toi.
Quand je reste seule,
je tends les doigts vers ta réalité,
qui est la mienne.
T’avoir pour naître,
oh ! cette chance, ce miracle,
ce don de toi à mes côtés.
pour te réinventer,
la venue inouïe de ton visage,
connaître ton visage,
connaître ton baiser,
connaître ton amour,
en mourir, en mourir.