Jamais nos regards (Belgique)
Qui ne souffre des contours de sa propre finitude?
Qui ne se plaint de l’opacité des sens
et des cicatrices de la vie
dans les traits de son propre visage?
ne cherchons-nous pas en vain – dans la blessure
de l’ombre – notre volupté d’être?
Qui ne rêverait d’être à tout instant
en puissance de soi
dans l’inexorable devenir
dans le vent du silence
soufflant sur les flammes de l’inassouvissement
le flux et le reflux des sensations sans forme
et pourtant tout est Je – tout est Nous
soleil levant – soleil couchant
lumière liquide des rêves – nuit blanche des mots
danse des énigmes dans l’âme du désir
palpitations au seuil du sexe ou du vide
Sang vif ou noir des livres et des regards
se voyant fermer les yeux comme pour appeler encore
un autre surcroît de présence – tout est soi
et tout est impossible – on n’est jamais soi-même :
il n’est d’être en soi qu’infini
plus tard nos regards échangeront silence
et solitude de l’énigme infiniment intime
pour que la chair en feu – ou la chair délivrée
se voie transfigurée à ses propres yeux
comme une mince pellicule de lumière
entre la peau de l’exil et le sang invisible
hormis vos signes de jouissance
dans l’émouvance de nos rencontres
hormis vos jeux et vos silences
au fil de nos contradictions
hormis l’humour de vos regards
dans la magie de nos échanges
hormis vos rires et chuchotements
dans la chaleur et sur les sables
hormis vos gestes d’extrême justesse
dans l’âme tremblée de nos émois
hormis le noeud des amants se mouvant
dans l’empire immobile de l’air
jamais
dans cette musique de la chair devenue impalpable
jamais
nos regards ne vivront le même voyage intérieur
Michel Camus Hymne à Lilith, la femme double, Editions Lettres Vives.