Sous la courbure du ciel (France)
de l'étendue désertique qui sans toi, qui que tu sois,
ne parlerait jamais à personne
car le désert est par endroits
la matière première de sa formulation
en signes de quoi ?
- en signes de vie
comme la brindille poussée de travers sur le sable
en dessins pentus et obliques
Un itinéraire, le pas, le verbe,
l'écriture et l'empreinte, traces,
on suit sur quelques mètres un propos de lézard
jusqu'à la perte ou la disparition,
ailleurs un son, des sons,
compagnons de voyage aux bruits de pas et paroles,
à côté j'entends le sifflement de l'herbe longue
dans le flot transparent du vent,
le ras du sol est une drôle d'école
avec les cailloux en incarnations de silence
car même le sable doit crisser quand il roule
Lève la tête et regarde
dans le ciel le soleil éclaté
avec un vol en silence de corbeau,
en bas tout en bas, le bruit inconnu du bousier sur la dune,
le rose du soir colore le monde
au crépuscule ;
bivouac, noir et blanc de l'oiseau moula-moula
comme une familiarité lancée ici et là
Ce soir, chaque soir
des craquements de bois mort
avec la fumée dans les yeux
mais vous restez,
vous restez dans la nuit
avec du sable froid entre les doigts,
encore une heure
puis dans les yeux les étoiles innombrables,
silencieux points d'évasion dans la courbure du ciel
Rodolphe Christin