Récession lumière (France)
j'habite un peuple qui ne s'habite plus
corons et champs coupés terre la terre craque
ses locos de silence et de gel
les nuages déraillent pleins du vide brouillard d'homme
milliers d'hommes milliers de chemins gris et noirs
milliers de voyages
corbillards les corbillards tout le long traînent l'absence
à l'envers des terrils le charbon et l'amour
mouillent la cascade des sanglots gris et noirs
je marche sur terre qui marche sur ses pas
voir sous l'armée de tuiles les maisons s'écraser de sueur
geindre la pluie et la boue du canal des trottoirs
et voir crever quelquefois d'étranges nuages en fumées
pour celui qui aime l'ombre des racines
il n'y a que l'espace et le gel
pour répéter le cri de la terre
droguée de cryptes sans châteaux ni espoir
ne reste plus que les wagons gris et noirs
sur les bras tendus des arbres des hommes
j'habite un peuple qui ne s'habite plus
aux dents d'accordéons morts d'avoir trop gueulé
la force d'un ciel en pèlerinage
comme le blason du givre et de l'argent
pareil au sommeil des vieilles
qui tuent leurs souvenirs face aux fenêtres sales
je sèmerai les yeux et l'amour
pour qu'ils germent la lumière
au ras des maisons folles
mais la terre s'écroule sur la terre
et je récolte un poème gris et noir.
mai 2002
Ludovic Kaspar
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