Quelques séquences du spectacle de la vie
les trottoirs accablés de trotteurs aux regards
déments d'urgence mécanique d'indifférence de peur
ou de solitude
les boulevards bourdonnants et hurlants
la circulation noriante sans issue ni fuite
imaginables
ces vitrines pousse-au-crime pousse-au-viol
pousse-au-feu
celles aux lapins saignants pendus la tête en bas
et des têtes de veaux aux gros yeux vides fixés
sur nos vacuités
les restaurants huppés aux aquariums paradisiaques
où tournent des chairs ondoyantes
où frémissent des pinces des carcasses
promises à l'intestin humain
les pelouses citadines interdites aux ballons
et aux amoureux
Les écrans de fumée-- ultimes parades à la réalité
où l'on se regarde vivre fascinés amusés distraits
désespérés
les bistrots de banlieue emplis de destins sans
avenir
les usines désaffectées autrefois bruissantes
de vies exploitées « à côté » de la vie
dorénavant inutiles
les tristes chiens urbains aux crottes mécaniques
emballées sitôt posées
les manifestants qui réclament périodiquement
plus de travail
plus d'argent
à dépenser pour devenir de meilleurs consommateurs
et « consoler » leurs enfants exigeants
qui ne savent plus jouer ni courir
victimes d'adultes puérils vaincus égarés faibles
et stupides
les quartiers-bastions sécurisant l'argent
les quartiers-poubelles au pourrissement débordant
délibéré
les cliniques de premier choix pour clients de
premier choix
les hôpitaux et hospices abandonnés aux moins
offrants
.../...
et puis plus loin plus haut plus fort
plus planétaire :
les rivières
chargées de nos excréments
et celles
enterrées sous les routes les immeubles
qui doutent de revoir le ciel
et de trouver la mer
les lacs fatigués aplatis par un ciel lourd
maussade et muet
les fleurs orphelines et stériles
les océans aux secrets pillés, asphyxiés
bientôt des égouts
la glace polaire, vierge à l'hymen percé par
les violeurs chercheurs d'or noir
les montagnes ébranlées stressées étranglées
de pistes et de câbles
souillées par la stupidité de l'argent facile
les forêts les insectes les oiseaux les humains
condamnés sans procès
et le soleil hilare
qui se prépare à nous chauffer à blanc
et la lune au sourire jauni
cible prochaine
des exploiteurs
du commerce
du tourisme imbécile
et autant d'assassins
Diane Meunier