La courbe du couloir (Yougoslavie)
Je me vante parce que j'oublie le gardien
(«Vite! Vite!»)
courage, me dis-je, j'oublie le gardien
(«Vite! Vite!»)
la plus grande victoire est d'oublier le gardien,
je me vante effrontément
(«Vite! Vite!)
Le couloir, c'est l'Himalaya
avant qu'Alexandre l'entrevît,
c'est l'Atlantique avant Colomb,
que de siècles de voyage pour le traverser
et moi je l'ai franchi
et j'ai oublié le gardien dans le couloir
(«Vite! Vite, bandit!»)
et moi je l'ai oublié,
je suis le voyageur et le timonier courageux
avec le seau à travers le couloir
je dois forcément me louer de ma découverte,
plus grande que la vôtre, alpinistes,
plus grande que la vôtre, marins,
je lance un regard :
la courbe du couloir tourne au-dessus de l'Himalaya,
je suis Alexandre qui se montre là-haut,
aussitôt après voilà au contraire San Salvadore,
je suis arrivé.
Ante Zemjlar
(sous Tito, au début des années cinquante, il passa cinq années dans la pire des colonies pénitentiaires, l'Île Nue, Goli Otok, à casser des pierres et à se faire casser les os par les gardiens.)