La plante aérienne (U.S.A.)
Cette touffe qui prospère sur le néant salin,
Pieuvre retournée, les bras tendus vers le ciel
Se desséchant sur un tronc de palmier près de la baie -
Un oiseau presque - d'une presque frayeur d'oiseau,
Elle est poumon du vent par qui grincent
Ses tentacules, épouvantables dans leurs vacillements.
La gorge d'un lézard, retenue gonflée pour une mouche,
Ballonne, mais prudemment de ce perchoir palpitant.
Les aiguilles et les scies de cactus saignent
Un lait de terre quand fauchées de leur souche ;
Mais elle - sans défense, sans épine, ne répand pas de sang,
Presque pas d'ombre - sauf la parole fine de l'air.
Dynamo Céleste! Ventriloque de l'Azur!
Alors que rampe vers la plage la Mer Caraïbe sillonnée de requins
Par quelle conjonction les vents assignent
Son apothéose, enfin - l'ouragan!
Hart Crane
traduit de l'américain par Jean-Marc Sens & Pierre Mréjen