À la faveur de la nuit

Publié le par la freniere

Noir comme on dit nuit

noir comme on écrit ce soir

 sans plume sans encre et sans souci

noir profond et radieux

 la lueur en fin de ligne

lumière enfin

 lumière aux mains

soleil en tête

 et voie lactée

liberté qui suit

 dans nos pas croisés.

Profondément sombre

 mais sans ombre pourtant
la vie coule au fond

 des marges perdues.

*
La nuit règne ici

 comme à ses plus beaux jours

la vie passe ainsi du noir au blanc

 du blanc au gris

 avec ses beaux dégradés
ses effacements

 ses estompes

 ses repentirs

la vie gravée au fil des heures.

Noir d'animal

 noir d'ivoire et de bitume

 noir d'ébène et de fumée

 noir de peine et de suie
noir de toujours

 durant la nuit qui finit

 quand le jour se lève

 dans sa robe du soir.

*
Il n'y a plus d'ombre ici

 plus d'ombre plus de plis

 la page est lisse et nue

 sans tache sans écrit.

Rideaux tirés rideaux fermés

 fenêtres closes et portes verrouillées

 rien n'entre ici rien n'envahit

que l'ombre que le silence

un frôlement d'ailes à la vitre embuée.

[...]

Une histoire sans lune ce soir

 une histoire inventée une histoire insensée
de paroles perdues dans le vent
une histoire sans fin qui commence

 ce matin et ne finira pas demain

une histoire à ne pas raconter dans vos beaux livres d'images.

 

Roland Giguère

 

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Publié dans Poésie du monde

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