Cantique des ordures
Les raisins,
lors que les filles des vignes les foulent de leurs pieds,
aspirent à plus grande gloire
après pénitence prolongée,
temps de silence et de réclusion
dans un obscur cellier.
L’argile,
lors qu’un potier la pétrit, espère renaître,
trouver nouvelle raison d’être
et trôner,
joue contre joue, sur l’épaule d’une jolie damoiselle,
après l’épreuve du feu.
Nous aussi
avons pris rendez-vous avec le destin, et éprouvons
les douleurs d’enfantement d’une nouvelle
cité,
mais nous préparons à un long temps d’exil
dans le désert d’une décharge.
*
Ça n’a peut-être l’air de rien.
Mais prenez garde
quand l’ordure rencontre l’ordure
à l’arrière d’un camion,
et d’autres ordures
dans toute une caravane de camions,
et puis d’autres encore
dans une vaste décharge
où elle arrive à maturité.
L’ordure n’ovule
qu’une seule fois
dans sa vie,
et libère des phéromones
pendant sa période
de fertilité.
Surexcités par l’odeur,
les spéculateurs en rut
accourent en foule,
avec leur chéquier qui pendouille,
et se castagnent
à tout va.
L’ordure attend.
Patiemment.
Et copule avec le vainqueur.
Traduit par Pascal Aquien et Laetitia Zecchini