Dumont est partout
Tous les vieux bouts de bois, de métal, d’os,
Les clous tout croches, les plaques de tôle, les poignées de porte
Qui ont perdu leurs mains,
Les vieux jouets oubliés que les pompiers ne veulent
Plus réparer,
Les gros cadrans qui refusent de sonner,
Les toupies que les marchés aux puces prennent
Pour des quilles,
Les moules à biscuits en forme de fleurs,
Tous les sacs à surprises qu’on trouve sur les plages des lacs,
Des îles en les déterrant avec nos pattes d’en avant,
En jappant de plaisir,
Tous ces restants, ces cochonneries, ces artefacts anonymes,
On garde ça pour Dumont.
Il prend tout, ne refuse jamais rien.
Pour une oeuvre à venir.
Pour voir son œil scintiller.
Ne se lave pas les mains après les avoir tâtés, auscultés,
Revirés de tous les bords.
En disant « je vais voir, je vais voir ce que je peux faire».
On se promène dans le bois, et là on tombe sur du Dumont.
Une installation de troncs d’arbres, de pierres, de lichens,
De mousses, de champignons ambres éclairés par une
Lampe torchère de feuilles.
C’est l’un de ses tableaux/collages accroché là
Sans avertissement.
C’est l’une de ses sculptures musicales poussée là par hasard.
On entend même ses roues de vélo siffler entre les arbres.
Dans un musée de La Havane, on tombe sur du Dumont.
Une sculpture empruntée aux rebuts de la mer.
Il ne sait pas qu’il est Cubain, recycleur de l’âme.
Dumont est partout.
Pierre Demers