Glenmor
Emile le Scanv, dit Glenmor, né le 25 juin 1931 à Maël-Carhaix dans les Côtes d'Armor, au lieu dit Ar Vouilhen, était le fils de petits paysans, Joseph Le Scanv et Germaine Coutellec, qui purent acheter la même année une petite ferme au village de Saint-Tiennec.
Parlant breton à la maison, le petit Emile fut persécuté à l'école comme tant d'autres enfants à cause de sa langue maternelle. Il entra en octobre 1941 au petit séminaire de Quintin où il fit ses études secondaires, étudiant le latin et la théologie et obtenant ses deux baccalauréats à 17 ans.
Après avoir fait son service militaire à Paris, il s'inscrivit en propédeutique et c'est à Rennes, demeurant chez les Pères Blancs, qu'il obtint en 1952 sa licence de philosophie. Ne se sentant aucune vocation pour la vie religieuse et devenu même assez violemment anticlérical, il se lança alors dans une longue errance pour mieux mettre en accord une pensée et des actes, parcourant successivement en 1953 et 1954 l'Italie, la Grèce, la Turquie, la Yougoslavie et la Russie et exerçant toutes sortes de petits métiers. Dans son esprit le bardisme tant à prendre une place déterminante.
En 1955, il fut embauché à Paris dans l'entreprise de bâtiment de Jean-Jacques Le Goarnig mais, atteint de tuberculose, il du suivre un traitement médical pendant 18 mois, à l'hôpital Cochin, puis à l'hôpital Laënnec et enfin dans un sanatorium à Pra-Coutant, dans les Alpes.
Doué pour l'écriture, il se mit à composer des poèmes et des textes de chansons et en octobre 1959, il donna son premier récital public à Paris avec Denise Mégevand à la harpe. Ses récitals se multiplièrent et il tenta dès lors, non sans mal, de vivre de ses chansons, interprétant aussi des textes d'Armand Robin, de René-Guy Cadou et d'autres poètes.
Au printemps 1965, il donna pour la première fois un concert public dans la salle de la Mutualité à Paris et il sortit peu après un premier disque 33 tours. Sa grande silhouette de barde devint un symbole et ses chants qui exprimaient la révolte bretonne, comme Viviana, Princes, entendez bien, Kan Bale Nevenoe et bien d'autres ouvrirent la voie de la conscience bretonne à travers la chanson. Il fut notamment un des tous premiers chanteurs d'envergure dont la renommée dépassait les frontières bretonnes à chanter en breton, ouvrant la voie à une nouvelle génération de chanteurs.
En 1967, il composa Ils se meurent nos oiseaux à propos de la "marée" noire du Torrey Canyon sur les côtes nord de la Bretagne. Il fut également l'auteur du très célèbre Kan bale an A.R.B., devenu hymne du F.L.B. / A.R.B..
Avec Alain Guel et Xavier Grall, il lança un journal : la nation bretonne. Il eut aussi l'ambition de faire œuvre de romancier et, bien que miné par la maladie, il écrivit dans les dernières années de sa vie plusieurs romans et récits dont la plupart devaient être publiés après sa mort par l'association 'Glenmor, an Distro' qui, depuis quelques années, édite ou réédite l'ensemble de son œuvre.
Glenmor mourut des suites d'un cancer le 18 juin 1996 à Quimperlé. Plus de 4000 personnes assistèrent à ses obsèques à Maël-Carhaix.
Discographie
- Glenmor, 45 tours
- Glenmor, 4 chansons, 45 tours
- Katell dit Glenmor, poèmes, 33 tours
- Glenmor à la Mutualité, 33 tours
- Glenmor, cinq chansons en breton, 45 tours
- Les temps de la colère, 45 tours
- Cet amour, 33 tours
- Hommage à Morvan Lebesque, 33 tours
- Vivre, 33 tours
- Princes entendez bien, 33 tours
- Ouvrez les portes de la nuit, 33 tours
- E dibenn Miz Gwengolo, 33 tours
- Tous ces vingt ans déjà, 33 tours
- La coupe et la mémoire, 33 tours
- Tristan Corbière : le paria, dit par Glenmor, 33 tours
- Si tu ne chantais pas pour eux, à quoi bon demeurer, 33 tours
- Après la fleur le fruit sous la rose l'épine, CD
- En Bretagne, Noce et Fest Noz, CD
- Les principales oeuvres, CD
- Et voici bien ma terre, CD
- Ouvrez la porte de la nuit, CD
- Apocalypse, CD
Bibliographie
- Les derniers feux de la vallée, Ed. Coop Breizh
- La sanguine, Ed. Coop Breizh
- La férule, Ed. Coop Breizh
- L'homme du dernier jour, Ed. Artus
- Sables et dunes, Ed. Ternel
- Le sang nomade, Ed. Ternel
- Retraites paysanne (typographie et bois gravés, de Claude Huart), Ed. Ternel
- La septième mort, Ed. Libres Halliers, Ed. Ternel
- Les emblaves et la moisson, Ed. Ternel ha Lugern
- Livre des chansons, Ed. Kelenn et Stern ha Lugern
- Livre des chansons, Tome II, Ed. Ternel
- Xavier Grall, Ed. Babel éditeur
Ecrits issus du périodique "La Nation Bretonne" (1970) auquel Glenmor participa avec entre autres Xavier Grall, sous son nom ainsi que sous divers pseudonymes (Koskerou, Sant-Herbot) :
- Ar Meskailh, janvier 1970, Koskerou
- Jakezig... Ar Breizad, janvier 1970, Koskerou
- Eloge du talus, janvier 1970, Saint-Herbot
- Da bep hini e lod, février 1970, Koskerou
- Droit de guerre, février 1970, Glenmor
Sources
Photo Glenmor (article Chanson Rebelle) : http://www.chansonrebelle.com/decouvertes/Glenmor.htm
Biographie de Glenmor (article Arbedkeltiek) : http://www.arbedkeltiek.com/galleg/musique/glenmor.htm
Discographie, bibliographie de Glenmor : http://www.glenmor.net/glenmor.php
Voici ma terre
Et voici bien ma terre
La vallée de mes amours
Quand bien même se lève
En fleur de bruyère
La graine d'insoumission
Je retrouve ici ma terre
La vallée de mes amours
En ma chaumière
Se refont les vents du nord
Traînant dans leur colère
Le duvet des oiseaux morts
Et la sombre demeure
Qui se rie de la pluie
Se refait d'heure en heure
Beauté sans nuages
Et nuages sans oubli
Et voici bien ma terre
La vallée de mes amours
Ce fut la rosée de mai
Qui fit partir l'enfant
En quête de nouvelles rosées
Tout est gîte au printemps
Ce fut décembre qui ramena l'oiseau
Aux granges du passé
L'hiver il n'est qu'un nid
Un visage sans appel
Cette odeur de fumée
Piquée de gel
Et voici bien ma terre
La vallée de mes amours
Voici venir ailé de nuages
Le sourire d'une mère
Cheveux blancs en bandeau de lumière
C'est bien ici ma terre
La vallée de mes amours
De par Dieu
De par Dieu refusons nos misères
Pour ne donner que rire à la rue
De par Dieu sabordons nos galères
Voiles dehors cap sur les nues
Nos bateaux tiennent vents et orages
Nos chemins et nos fleurs sont d'été
Nos chemins et nos droits d'héritage
Ont tenu contre vents et marées
Nos amours ont porté la bannière
Sous un toit tout de pourpre et de coeur
Nos folies ont brisé les frontières
Pour violer les sentiers du bonheur
Nos chansons ont brûlé les batailles
Portées par tant d'espoir d'amitié
Nos amis ont mené vaille que vaille
Ronde et chant en nos ciels de bonté
De par Dieu le doux vent porte nuages
D'autres blés germeront sous la pluie
Le soleil a guidé les rois mages
Voile dehors cap sur les nuits
Les héros de la bonne colère
Sont bergers sur les monts de l'oubli
Troubadours chevauchant leurs misères
Ont semé d'amour les plaines d'ennui
Pour un seul baiser du soleil à la terre
Au pli d'un printemps nouveau
On pourra se lever comme de vieux solitaires
Orgueil tout dressé à l'ombre d'un tombeau
Ils se meurent nos oiseaux
Savez-vous les temps
Où labourant les mers
Nos frêles caravelles
Croisaient le Terre-Neuvas
Où le marchand phénicien
En légère nacelle
Coulait le bateau génois
Quand il chantaient nos oiseaux
Savez-vous les temps
Où l'or avait goût d'écume
Où la pierre était de lune
Et le navire se voulait là-bas
Qui nous dira s'il fallut l'orage
S'il fallut la guerre
Pour qu'il n'en revienne pas
Puisqu'ils chantaient nos oiseaux
Savez-vous les lemps
Où l'empire d'argent
Relevait du courage
Et le marchand était soldat
Qui bâtissait au fil des ans
Etait maître d'abordage
Filait le rocher et défiait le vent
Lorsque chantaient nos oiseaux
Ils ont fui les temps
Où l'apôtre était marin
Où la vierge gardait la voile
Et la galère du conquérant
Ils ont fui les temps
Où l'Ile avait nom de bataille
Qu'importe si le flux
Poussait la canaille
A violer les filles du Levant
Car ils chantaient nos oiseaux
Ils sont venus les temps
Où l'or germé du sable
Veut baptiser l'océan
Et pour que juste soit la fable
Le salaud se fait marchand
Ils sont venus les temps
O l'argent du connétable
Achète la mer à l'encan
Et pour qu'injuste soit la fable
La noire marée brise l'envol du goéland
Car ils se meurent nos oiseaux
Glenmor