Il y a
Il y a le destin :
Ce qui ne tremble pas en lui n’est pas solide.
Un tel amour
que tu n’as pas assez du monde, ne serait-ce que pour un pas.
Une si grande volupté
que tu te mortifies pour l’art alors que l’art et un péché.
Et de se taire
la bouche des femmes est là, comme si la pudeur n’était qu’une affaire de sexe.
Et si beaux les cheveux, falsifiés par un météore,
que seul le diable a pu leur faire une raie.
Il y a tant de solitude
que tu ne vois plus que d’un œil et tu ne vois plus que du sel.
Il fait si froid
que tu étrangles des pigeons pour réchauffer tes ailes.
Et si lourde est la pesanteur
que parmi ceux qui tombent tu as a déjà roulé.
Il y a le silence, un silence tel
qu’il te faut prononcer : et c’est toi, c’est justement toi !
Vladimir Holan
Traduit du tchèque par Dominique Grandmont