Italia me amore
Ils m’ont jeté hors de ma maison,
ils m’ont lancé à gauche et à droite,
d’une chambre à une autre,
d’un pays à un autre.
Ils ont changé mon nom,
ils ont coupé les boucles de mes cheveux.
Ils ont ri de moi
parce que je ne m’habillais pas comme eux,
parce que je n’étais ni noir ni blanc.
Ils m’ont forcé à travailler
pour un salaire de misère.
Ils m’ont demandé de nettoyer leurs toilettes
dans leurs usines, leurs hôpitaux, leurs cimetières.
Ils ont violé ma grand-mère, ma mère,
ma sœur, ma fille, ma petite-fille.
Ils ont violé mon père, mon frère, mon fils.
Ils m’ont enjôlé, cajolé,
ils m’ont enculé.
Ils m’ont mis le pain dans la bouche
pour me dire ensuite que je l’avais volé.
Ils ont volé mes meubles, mon argent,
mon emploi, ma femme, mes enfants.
Ils m’ont envoyé à l’école
pour apprendre le sens de l’amour,
du travail, de l’argent.
Ils m’ont envoyé à l’université pour apprendre
que l’amour, l’argent, le travail sont absurdes.
Ils m’ont donné un diplôme pour avoir désappris
ma langue maternelle et mon histoire.
Ils m’ont appris à parler, blasphémer, étudier,
voler, travailler, penser
avec leur langue, leur histoire.
Ils m’ont donné comme toute nourriture
du pain et de l’eau.
Ils m’ont dit que je n’étais personne,
ils m’ont dit que je ne serais quelqu’un
qu’en était comme eux.
Ils m’ont dit que j’étais mort,
ils m’ont dit que tu étais morte,
ils m’ont dit que tu n’étais pas mienne.
Ils m’ont drogué pour oublier la couleur de tes yeux,
la douceur de ta peau, la chaleur de ton sein.
Ils t’ont appelée putain, voleuse, ivrogne, droguée,
hypocrite, terroriste, fanatique.
Et lorsque je les ai traités
comme ils t’avaient traitée
ils m’ont craché à la figure.
Mais il n’a fallu qu’un regard,
un baiser, une caresse,
une nuit près de toi
pour me découvrir et comprendre qui je suis.
Maintenant, lorsqu’ils me demandent mon nom,
je prends l’encre de la terre
et à côté de Antonio D’Alfonso
je signe Amore.
Antonio D’Alfonso