José Corti à propos de René Char

Publié le par la freniere

 

Autrefois, à Pernes, il se faisait des "concours de sillons". Un vaste champ était offert à ce jeu de laboureurs. Ils arrivaient avec leur brabant, leur meilleure bête – on disait plutôt bête que cheval – et leur bon fouet tressé. La palme revenait à qui avait su tracer le sillon rectiligne le plus parfait sur la distance fixée – et elle était longue ! Char est de cette Provence où les paysans, par amusement, par délassement, se livraient à ces jeux de force et d'habileté. (...)

 

Char laboure. Il va droit, pesant de tout son poids sur les mancherons de sa charrue, pour faire rouler de chaque côté des versoirs luisants une terre vivante, grasse, riche et dont chaque motte révèle ce que cachent les herbes folles et les fleurs dont d'autres composent leurs bouquets.

Char, si serré dans son écriture, se livre dans la conversation, Char ne croit probablement pas beaucoup à l'inspiration ; mais, au hasard d'une rencontre, à l'aimantation des êtres et des choses. Il sait que le poète est un médium qui perçoit, sait le lieu et la prise. Quand il laboure, il pèse sur la terre ; il va toujours plus loin ; il revient sur le sillon autant de fois qu'il faut. Un manuscrit de Char est toujours la recherche de la dernière perfection. Quand on en est à l'impression, le repentir intervient : un mot, une inversion et le livre n'est pas plutôt achevé que se révèle ce qui aurait pu le parfaire. Tel poème de quelques vers n'a pas eu moins de sept ou huit états dont chacun a été définitif pendant quelques heures ou quelques jours. (...)

Char multiplie les efforts pour atteindre son but. Je ne crois pas que Char ait jamais abandonné un poème qui l'habitait sous prétexte qu'il manquait de prise. C'est un homme d'action en même temps que de pensée ; un homme fort, qui commande, qui impose.

 

José Corti

 

Les mêmes commentaires pourraient tout aussi bien s’appliquer à Gaston Miron.


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Publié dans Glanures

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