Le petit train des jours

Publié le par la freniere

7 :14

Non non non et non, mon vieux Galilée !
je te l’ai déjà dit
ce matin je ne sortirai pas du lit.
Tu auras beau me faire les gros yeux
faire rouler la terre sous mes pieds
je ne bougerai pas.


7 :59

Une fille passe dans la rue
en talons rouges et robe griotte
Si j’avais une Harley
je le mettrais sur le porte-bagages
et l’emporterai telle quelle, déliée
le bout des seins phosphorescents.

8:24

Les murs parlent autour de moi
mâchoires ouvertes
alignés sur des chaises
les mots résonent comme des bourdons
sans me toucher
Je rêve de café
dans une cafetière bleue émaillée...

9 :12…

Ouvrir, fermer...
Toujours la même chose
Ouvrir, fermer...
et croyez-moi, ce n’est pas facile d’ouvrir ces vieux étuis rouillés
même avec une pince-monseigneur.
Pour y trouver quoi dedans ?
de tout: os de seiches, coiffes bretonnes, crapaudines, grains de sable…
Quel capharnaüm !
On se croirait dans les cales d’un cap-hornier.
Les gens sont vraiment négligents:
un demi-siècle sans jamais nettoyer leur atelier, sans même aérer.
Imaginez dans quel état peuvent être les sentiments:
usés jusqu’à la réalité.
Alors qu’il suffirait d’un coquelicot de temps en temps...


17 :59

Le soleil m’attend à la sortie
fringant comme un roi de jeu de tarots
Il se promène en vélomoteur dans le cœur des filles
nu comme l’été dans le lac.

19 :30

Le ciel à l’épaule
j’écris une lettre à une fiancée électronique
en arial, puis en verdana
puis à la corbeille


23 :12

Enfin te voilà! Mais où étais-tu !
Jonathan s’arrête devant l’écuelle,
s’essuie la bouche, range ses piquants
mordille la mozzarelle à pleines dents
puis repart,
pour un nouveau tour du monde du jardin
de ver luisant en ver luisant


23 :31

Assise sur une marche de l’escalier
la nuit s’habille lentement de propre et d’obscurité.
Le temps, lui, s’arrête à chaque pas
hésite une seconde
puis saute
comme l’aiguille des secondes
emportant à chaque fois un morceau d’imaginaire
dérobé à l’éternité.

Je regarde ma montre.
Dis-moi, ma vieille, où peux-tu bien ranger toutes ces secondes
qui sautent dans les marches de l’escalier ?
tout ce temps perdu ?

“- A la gare de Chattanooga !”

Bernard Nègre

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Publié dans Poésie du monde

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