Le vent sème

Publié le par la freniere

À certains endroits, dans les plis de la terre  – et ces plis étaient un peu noirs d’humidité et vivants -  il y avait une petite mousse verte. Vue de près, quand on en prenait  au bout de son doigt, ça se montrait être des graines. C’étaient de petites graines, les unes en forme d’étoiles, les autres en forme de lunes. Il n’y en avait que de cette forme. Toutes pareilles aux habitantes du ciel : des étoiles à cinq, six, sept ou huit rayons ; des lunes rondes ou en croissants, toutes avec cette lueur verte des étoiles.

 

Ils ne prirent dans la paume de leur main.

 

Jacquou, du bout du doigt, essayait de les isoler par races.

-  Il y en a quatre ou cinq races

-  Des herbagères, dit Randoulet. C’est de la fétuque  – il désignait une petite graine étoilée à cinq branches  - et ça du silène, et ça de la vollaire. De la saponaire. Celle-là, ça doit venir des bords de l’étang.  Ça c’est sûrement de l’avoine bâtarde et ça du caille-lait, et ça du grateron. Ça, je ne sais pas.

 

-  Le vent n’a pas attendu la semaine prochaine, il sème seul.

 

-  Oui, le vent sème.

 

Jean Giono

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Publié dans Poésie du monde

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