«Ma nuit» dit le vieux
À présent
j'entre dans ma nuit
non plus par l'ombre stérile
du figuier que l'Ombre efface
mais par les yeux grands ouverts
de mon frère le hibou
Nuit hérissée
nuit d'insomniaque
les mots qui l'inventent
courent dans les taillis
brouillant leurs traces
intraduisibles autant
que ces abois qui roulent
dans de lointaines cours
de fermes éteintes
Ainsi va ma nuit
qui ne s'encombre pas d'étoiles
qui sent la pomme fatiguée
tombée de l'arbre
Ma nuit où je suis seul
et chez moi parmi mes tombes
je l'aime et je la cherche dans le noir
j'y cultive mon chiendent.
Serge Wellens
Serge Wellens est mort samedi soir dernier, à l'hôpital St Louis. Après une chute due certainement à un malaise, il a été envoyé aux urgences, puis hospitalisé. Contusions des côtes très douloureuses, mais aussi découverte d'un foyer d'infection urinaire ou pulmonaire qui n'a fait qu'accentuer les autres pathologies. Il a ainsi échappé "par le haut" à ce qu'il redoutait le plus: une lente dégradation et la dépendance. Il était prêt pour ce passage depuis longtemps déjà, n'estimant pas scandaleux de mourir à son âge, après une vie heureuse.