Ne dis rien

Publié le par la freniere

ne dis rien
des nuages délavés,

rien du cours
passé de la douleur,

rien
de l'utopie
que l'on ouvre
au couteau

pour en extraire
les iris mauves

d'un fantôme qui claudique
dans les couloirs du vent.

Le soir il marche lentement sur le sentier qui mène de Bréhec à la Pointe de la Tour. Passé le mur de pierres et les herbes folles, au fin fond du hameau des " Rochers rouges ", il bifurque pour remonter vers la chapelle Sainte-Eugénie. À peine un quart d'heure plus tard, parvenu là-haut, debout sur le dos de la colline qui surplombe la baie, il se laisse submerger par le côté " hors du temps " qui se dégage des lieux. I1 pousse la porte, foule une grande dalle froide avant de s'engouffrer dans ce réduit sombre et humide... La simplicité de l'édifice, son intérieur austère, les traits reproduits sur les visages en bois - pour la plupart ceux de marins péris en mer - qui semblent souffrir paisiblement, immobiles et un peu poussiéreux dans leur coin d'ombre, tout cela le plonge dans un silence et un état d'hébétude où il retrouve tous les arpenteurs de solitudes qui se sont, un jour ou l'autre, absentés du monde pour ne plus jamais y revenir.

 

Jacques Josse

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Publié dans Poésie du monde

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