Où l'orthographe peut-il conduire ?

Publié le par la freniere

Hier, ou avant hier – on s'en fout – j'ai croisé un bus dans une rue où? me semble-t-il, aucun ne passe habituellement. On s'en fout également. Mais sur le panneau lumineux électronique, à l'endroit où est indiqué habituellement le numéro de la ligne et la destination, y'avait :

 

NE PRENDS PAS DE VOYAGEURS

 

C'est le « S » à « prends » qui m'a intrigué. Certes on peut imaginer que cette formule était abrégée à partir de « Ce bus ne prend pas de voyageur », ce qui n'expliquerait toujours pas le « S », ou alors « Je ne prends pas de voyageurs », qui serait alors bien intéressant : serait-ce alors le chauffeur, ou le bus qui s'adresse à nous ?

 

Mais tel quel, j'ai pris la formule comme un impératif. Soit comme une sorte de pense bête adressé par le chauffeur à lui même : « Rappelle toi, Marcel, tu rentres au dépôt, là : Ne prends pas de voyageurs ! » Soit comme une sorte de mot d'ordre, les bus et leurs chauffeurs ayant cessé le travail, passant alors par des rues dont ils n'avaient pas l'habitude, fermant leurs portes, affichant les uns à l'adresse des autres : Ne prends pas de voyageur.

 

Ou alors, encore plus étrange, ce message s'adressait à moi. Les voix de la destinée sont impénétrables. Tout peut faire signe. Je n'ai donc pas pris de voyageur. On ne sait jamais. Il faut dire aussi que j'étais à pied.

 

Jean-Marie Dutey

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Publié dans Glanures

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