Paul André
Paul André est un poète belge d'expression picarde né à Bléharies près de Tournai. Il passe une enfance et une adolescence très enracinées. Il a enseigné un an en Tunisie, avant de déménager pour Blandain et enseigner à Tournai. Il est décédé le 21 novembre 2008, alors qu'il venait de publier le recueil de "Contes des sages au fil de l'eau" aux éditions du Seuil. Connaître Paul André, c'est se faire plaisir... dans le sens simple du terme, du plus noble donc. Et ses textes ont cette perfection de la simplicité.
Le petit cri têtu du perce-neige est un poème. Tout en blanc. C'est l'histoire naturelle du temps et des saisons, et des gens tout simplement... C'est l'attente. D'un futur après l'hiver. Bientôt. Chaque fois. La musique des phrases et des mots de Paul André possède sa propre harmonie délectable, toute à lui. A écouter autant qu'à lire, et donc à ressentir profondément...
Bibliographie
Du pays alezan, 1977 Poèmes, éd. Louis Musin, Bruxelles.
Il est permis de rêver, 1981 Nouvelles, éd. Louis Musin, Bruxelles, Prix Charles Plisnier de la Province de Hainaut.
Agets, 1981 Blandain, Prix Michaux. (pcd) El noir fouan, 1991 Théâtre en picard, Prix Charles Plisnier (pour la littérature picarde).
C'est, 1995 Poèmes, éd. Granit, Paris,
Marches d'été, 1999 Poèmes, éd. Clapas, Aguessac.
Traque d'Eros, 2001 Récit-poème, éd. Le Taillis Pré, Châtelineau.
d'Ambleteuse et d'elle au plus près, 2004 Poème, éd. Esperluette, Noville-sur-Mehaigne..
Le petit cri têtu du perce-neige, 2005 Les déjeuners sur l'herbe, Herseaux..
Contes des sages au fil de l'eau, 2008 éd. du Seuil, Paris.
*
A seconde
vue,
il y a beaucoup de choses très lisibles.
Il y a la femme au feu d'hiver
qui s'en retourne vers ses murs
pour en allumer un autre :
celui de l'âtre essentiel
reflété dans les yeux des enfants,
les yeux des anges de l'hiver.
Au soir soudain, tombé bref comme vol de faucon,
les gens du lieu s'inhument devant leurs feux
et dans leurs rêves.
Ils attendent
la grande exhumation,
la grande exaltation qui s'annonce
comme le petit cri têtu du perce-neige
et le lent,
grondement de vie
sous la vitre de l'étang gelé.
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Colvert
Quand j’étais enfant, il représentait pour moi le bon sauvage par excellence. Bon, parce que son œil tendre et sa nage débonnaire m’ont ôté à tout jamais l’envie de chasser. Sauvage, parce que je ne pouvais le surprendre qu’en des endroits extérieurs : il fallait quitter la rue, le hameau, le chemin, la sente et la piedsente ; franchir le rideau des roseaux ; pénétrer le fouillis de joncs pour enfin accéder au sanctuaire d’eau verte et entrevoir la merveilleuse luisance de son plumage indien.
Je l’avais vu. Ne me restait qu’en rentrer au village, à la maison, à l’école, à l’étriqué, mais la tête bourrée d’Amazone et d’Orénoque vifs.
Il restera le grand fétiche de l’hémisphère païen de mon cerveau gaucher.
*
Llanfairpwllgwyngyll
Le village se trouve en pays de Galles, province éminemment celtique. Êtes-vous déjà allé à Llanfairpwllgwyngyll ? Moi, pas. Mais tout ce doux gargouillis m’en donne l’envie, ne serait-ce que pour découvrir le panneau routier annonçant le village : avec ses vingt lettres, il doit bien mesurer trois mètres de long (on peut toujours convertir en pouces ), ce qui doit poser quelques problèmes par grand vent.
J’oubliais la traduction. Le nom veut dire : «L’Église-de-Marie-qui-se-trouve-près-de-l’étang-blanc-et-des-coudriers».
Dans les cours de diction, on devrait apprendre aux élèves à articuler ce long nom, comme Démosthène mâchait ses galets.
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City & Town
Les pionniers américains et autres cowboys ne se sont guère beaucoup foulés pour baptiser leurs villes ou villages faits de planches grossièrement assemblées. Du saloon au bureau du sherif ou au «store» de l’armurier, tout est prévu pour la déglingue vite fait, bien fait. Sans parler des meubles qui semblent avoir été construits pour éclater en mille morceaux à la moindre bagarre.
D’ouest en est, le voyageur ne rencontre que city sur city, town après town, aussi monotones que les hamburgers à quatre étages (steak, tomates, ketchup) qui dégoulinent insipides devant un Coca brunâtre et médicamenteux, propres à transformer en obèse un anorexique.
Une route d’Arizona défile inexorablement et même si l’on regarde le tachymètre, on a l’impression hébétée que le voyage est immobile, abstrait. Ici point de province : les frontières entre les «states» ont été tracées au cordeau par des géomètres…
De temps en temps, un indien déplumé marche vers on ne sait quel pôle.
Vivement le Pacifique. Vivement ?
Paul André