Petites pensées territorisantes 2
Il faut continuer d'inverser le courant et permettre que les individus, citoyens urbains, deviennent des citoyens à part entière dans des régions agricoles. Ils sont venus et y viennent pour vivre et faire fructifier les nouvelles idées en s'appuyant sur des méthodes et systèmes éprouvés et capables de confrontations démocratiques.
Des tas de théories sur l'autogestion et l'autonomie de l'individu affirment que la mise en place de modèles écologiques, et non écologiques, coûterait moins cher que toutes les manigances pour maintenir en action les récurrences d'un système industriel profiteur et de rendement. Si l'on mettait dans l'éolien et le solaire communautaire tout l'argent que l'on gaspille pour implanter un modèle industriel de ces mêmes éco-énergies, on pourrait rapidement équiper les territoires venteux et qui ne présentent pas de problèmes de proximité de population. Dans ces perspectives d'utilisation et d'implantation communautaire les forces éoliennes et solaires pourraient signifier indépendance pour les citoyens du Québec et de larges excédents pour tous les marchés, l'industriel et l'exportation. Ici le rôle des marchés potentiels pourraient être consentis aux développeurs, mais avec la participation des communautés qui devraient en être les moteurs et les bénéficiaires. Le productivisme et l'affairisme devenant des notions ne pénalisant pas l'ensemble des sociétés et de leurs concitoyens.
La CPTAQ devrait orienter ses permissions pour de véritables projets communautaires démocratiques. Dans les zones avec proximité de population, d'autres types d'activités et de modèles d'organisation pourraient développer de véritables laboratoires de recherche contrôlés par des comités de citoyens qui verraient ainsi à participer à l'implantation et à en contrôler les utilisations. Probablement que ces nouvelles utilisations et installations mettraient un terme aux sociétés d'État ou groupes privés dont les seuls rôles sont de s'insinuer chez le citoyen pour y installer des compteurs capables de générer des factures d'utilisation toujours plus salées, souvent associées avec des menaces de coupures du service essentiel si refus de fournir sa part de redevances.
Vivement cette utilisation pour permettre aux citoyens de posséder leur propre équipement pour les utilisations essentielles et avec le choix de se connecter à d'autres sources de production d'énergie pour répondre aux besoins supplémentaires utiles et nécessaires et même pour le superflu à condition d'assumer les surprimes conséquentes. En mettant des barrières pour contrer les moyens affairistes de sauvetage de l'agriculture, ici l'implantation de parcs industriels éoliens sur des terres agricoles, voilà comment la CPTAQ aidera l'agriculture. Accepter comme éléments de solutions la diversification avec des moyens industriels patentées, anti-démocratiques, non rentables, technologiquement questionnables, non utiles, seraient une trahison des véritables possibilités de l'agriculture de trouver dans sa réorganisation de véritables solutions capables de marquer et positionner ce service essentielle pour notre société en ce début de millénaire.
L'argent promis au pactole industriel éolien agriculturisé devrait être repositionné dans l'agriculture pour repenser l'industrialisation systématique et déficitaire.
L'argent public qui assurera la rentabilité de ce pactole, j'aimerais mieux qu'il soit investi dans les agriculteurs pour que je puisse me payer un bon fromage, des légumes bio, de la viande plus goûteuse. Oui cela viendrait de la poche du citoyen, mais retournerait dans le panier du citoyen et aiderait à son mieux être. Oui ici encore n'oublions pas qu'il y a une large partie de la population qui n'a même pas de minimum. Donc il serait possible aussi d'ajouter ce paramètre comme critère de justification de développement et d'investissements pour des projets utilisant l'argent public. Et dans le cadre de l'éolien industriel agriculturisé aucune trace de ces préoccupations.
Si Marx et Keynes vivaient de nos jours, seraient-ils écologistes. Le marxisme a cent quatre vingt ans. Le capitalisme lui n'a pas d'âge. Peut-on les excuser d'avoir ignorer le danger de la croissance exponentielle de la puissance industrielle? Auraient-ils dû ne pas qu'être imprégnés que d'une foi dans le progrès technique? Le seul problème est-il encore celui de l'appropriation des usines par le peuple ou le capitaliste dans sa totalité et la distribution des produits entre tous avec équité ou en vertu du profit de quelques-uns? De quelles données nouvelle auraient-ils dû tenir compte?
L'écologie, le mouvement écologique couplé avec la notion d'un développement responsable et raisonné constitue une grande surprise, un phénomène de conscientisation citoyenne inattendu pour les politiques habitués à faire ce que bon leur semble avec les non-mandats qu'ils s'approprient. Ils en riaient, ils n'y voyaient que des groupuscules pittoresques de plus dans le magma idéologique s'émoustillant dans beaucoup de causes. Mais il est bon de dire aujourd'hui aux politiciens, entourages et intermédiaires, qu'il faudrait qu'ils sortent de leur milieu et se mettent au diapason de ces consciences populaires de plus en plus l'affirmation d'un raz le bol à ce dirigisme étatique, étroit, profiteur et affairiste.
Il y a des aspirations à une vie vivable et même capable de détendre qui se font de plus en plus unanimes et impérieuses. Elles ne passent plus nécessairement par des partis gauchistes et contestataires ou indépendantistes ou néo-libéraux. Ce ne sont plus juste des adolescents, mais des jeunes et moins jeunes adultes qui ne veulent pas nécessairement que d'un choix de vie laide, essoufflante, insécurisante, calculatrice, destructrice, modernisatrice. Ils ne sont pas motivés par des idéologies centristes, facistes ou gauchistes. Ils n'en sont pas à l'universalisme, doctrine assez floue mais aux objectifs bien définis, ce , en fonction des exigences des affirmations mises en perspectives et actions.
C'est de préférence une philosophie de vie basée sur le bonheur et sur les moyens d'y parvenir. S'ils veulent d'une science, c'est celle qui se met au service des véritables besoins de l'individu humain. Elle pose en priorité la question de la nature même de ces besoins, de leur priorité, de leur comptabilité avec la vie qui respecte l'individu social ou en accord avec les canons de la nature et de l'environnement.
Tout ce mouvement bénéficie d'un concours de circonstances formidable, du moins ici en Occident: la pauvreté universelle est toujours là, mais moins critique, ce, malgré les volontés de la droite de faire payer les pauvres. La société des loisirs promise prend du retard: de plus en plus de citoyens doivent occuper 2 à 3 emplois juste pour boucler un budget minimum et fortement appuyé sur le crédit. Elle est aussi au prise avec les symptômes graves de saturation industrielle: pollutions diverses, urbanisation forcenée, saccage des paysages, disparitions d'une certaine rusticité romantique, extermination de la vie sauvage, monotonie, productivisme, affairisme, cadence.
Heureusement, il y a des régions qui peuvent cependant devenir les berceaux pour faire grandir les promesses de cette société du non travail /corvée et du temps libre laissant toute la place au travail/passion. Y vivent des individus capables de devenir des guides, des maîtres d'une société respectant l'individu, cherchant des alternatives. Et c'est ici que la CPTAQ rate sa mission. Au lieu de protéger ces espaces, elle devient l'un des bras armés qui perpétue le saccage en raison des opportunistes conflits d'intérêts avec manque de visions.
Aujourd'hui on se propose de devenir complice en donnant une permission de rendre agricole un processus industriel sous prétexte de revenus pour les agriculteurs. Nous avons pris connaissance de tout le travail et des mesures prises pour protéger le patrimoine agricole en interdisant des activités capables de donner des revenus à des agriculteurs: camping, garage, maisons pour des enfants, etc. Permettre l'installation de plans industriels de production d'énergie éolectrique agricolisée, ce dans une mécanique anti-démocratique, coûteuse, productiviste et affairiste, c'est mettre le feu à toutes les balises brandies pour empêcher le patrimoine de se détériorer. Jamais plus vous ne pourrez empêcher, un camping, un garage, une résidence, un spa, un condo, un hôtel, un motel, un commerce, un centre d'achat, un lupanar de s'installer dans le territoire agricole. Accepter que des machines gigantesques organisées en plans de production industrielle deviennent acceptables et surtout que tout ce processus soit qualifé d'activité agricole serait une trahison de la mission de protection dont vous êtes les mandatés. Si cela était, il faudrait alors vous désavouer et dénoncer votre décision comme un crime contre la nature et la mission de protection qui doit être le rôle d'un organisme para gouvernemental susceptible de ralentir et contrôler les abus, ceux des citoyens et ceux des gouvernants. Et dans ce cas de la conversion de larges parties de notre patrimoine agricole et naturel en territoire d'accueil de l'hydre industriel et de tout ce qui s'en suivra est un geste irresponsable, indigne et aux conséquences irrémédiables.
Lors de la Conquête de 1763, certains trouvaient merveilleux le fait que la descente du fleuve, le débarquement des troupes, l'escalade des falaises et la victoire de Wolfe et sa bande n'ait en fait qu'introduit et fait connaître dans notre pays le vaste domaine et la beauté de la langue anglaise et de sa littérature. (Chien d'Or 353)
Nous ne voulons pas être de ceux et celles qui se contenteront de célébrer l'introduction de machines industrielles disproportionnées, inutiles et inappropriées dans des territoires patrimoniaux comme une fête nous ouvrant les bienfaits de l'utilisation de ressources naturelles moins polluantes, alors qu'en fait ce sera d'un génocide qu'il faudrait parler.
Les parcs industriels éoliens en milieu agricole et territoires patrimoniaux sont l'illustration parfaite d'une civilisation d'ahuris: une technique prodigieuse au service de rien, mais qui détruit le tissus social, crée des faux espoirs, propose des créations d'emplois bidons, tout en se voulant au service de futilités-prétextes. Tout cela pour permettre aux techniciens de techniciser, aux monteurs de tours de monter des tours absurdes pour détruire l'harmonie de paysages immémoriaux. Alors qu'il y a tellement de sociétés qui auraient besoin d'instruments de premières utilités on vient dans des territoires comblés nous installer des usines de production pour des marchés tellement repus et débordant de surplus que c'en est questionnant.
Tous ces projets excessifs et patentés sont un peu les preuves que notre vie de surabondance n'a plus de jouissance à proposer et même que la qualité de la vie est totalement une notion reliée qu'au seul bien-être de quelques choisis. Avec tous ces dollars que le système capitaliste est prêt à leur consentir, ils pourront se targuer de permettre à ceux laissés sur l'accotement de s'abriter à l'ombre de leur vire-vents à compter les révolutions hypnotisantes de pales menaçantes.
Affirmons quand même que les concepts écologiques n'ont pas besoin de tous les abus inacceptables et anti-démocratiques pour exister. Car, qui ne rêve pas d'une vie simple, proche de l'état de nature et sans être agressé par les contraintes d'une civilisation de surconsommation, de surproduction et de surprofitisation.
Pourquoi fallait-il que ces contraintes écrasent jusqu'à étouffer l'homme pour qu'il soit ouvert aux mouvements de remise en question de la vie en société dans beaucoup de ses aspects?
Naguère, une remise en cause de la société s'intéressait à bouleverser ds rapports de force et questionner les hiérarchies entre les citoyens. Il importe toujours de savoir qui contrôle les instruments du travail et comment les richesses sont partagées. et pour qui existent les structures politiques, économiques et sociales. Aujourd'hui ces questions ne sont plus seulement réservées aux grands groupes politiques et les clivages gauche, droite, extrême.
Dans nos régions il est hors de tout doute que les dirigeants traditionalistes et des politiciens bornés sont étonnés de constater que des groupes de citoyens remettent en question le bien-fondé d'un l'essor industriel voulant s'imposer par un productivisme aveugle et des stratégies frôlant l'anti-démocratisme. Il y en a qui n'imagine pas qu'il soit salutaire de discuter le bien-fondé de l'essor que par l'utilisation du modèle industriel, celui qui a fait tellement l'affaire des intermédiaires et avec des soupçons d'anti-démocratisme. Bien souvent il était possible de confondre industrie et progrès, production et bonheur, surconsommation et développement. Qui avait prévu que le système irait en s'accélérant jusqu'à s'emballer et nous submerger de résidus, tout en nous asphyxiant d'abondance de plus en plus invendable.
Très peu se rappelle que les 2/3 du globe ont faim et n'ont pas de machine pour faire adoucir leur confort. Il y a aussi 1/5 qui étouffe sous la production anarchique d'une machinerie imbécile dont le moteur est le profit individuel à tout prix et l'enrichissements des intermédiaires à partir de ressources publiques détournées pour des fins privées. Pendant qu'il y a ces oublis des gens d'ici n'ont aucun remord à devenir complice d'une entreprise d'industrialisation de territoires protégées de cette engeance.
Dans les grandes villes, on descend dans les rues pour revendiquer pour ses petites causes personnelles, celles des enfants qu'ils ont été, qu'ils ont ou auront. Aussi pour des vieillards qu'ils espèrent bien devenir. Mais aussi pour leurs boulots, celui qu'ils vont perdre, comme celui qu'ils ont, pour leurs salaires, pour leurs garderies, pour leurs vacances, pour leur fonds de pension, pour leurs retraites menacées. Quelquefois ce sont pour des causes plus générales, par exemple, leur armée, leur droit à l'avortement ou la condamnation à la naissance, pour les centrales au gaz ou contre les barrages inondant des territoires autochtones. Quelques fois ils seront peu nombreux pour dire leur désaccord à la démolition d'une oeuvre architecturale ou au ravage d'une scie mécanique dangereuse pour les arbres d'un jardin public dans l'oeil d'un projet de rénovation.
Tous ces sujets les touchent, les frôlent, les entourent. Ils sont dedans et ils veulent dire qu'ils sont concernés. Mais dans ces villes aujourd'hui, c'est rare qu'ils descendront pour questionner des projets de parcs industriels éoliens dans des territoires de ploucs. Cela ne les concerne pas. Au contraire, ils ont tellement entendu que les nouvelles technologies et énergies c'étaient le remède aux abus et la panacée pour continuer à surconsommer pour des siècles et des siècles à venir.
Dire non au déclassement de territoires et exiger que les RCI soient refaits de manière plus démocratique voilà la responsabilité de structures véritablement actuelle et au service des citoyens vigilants et responsables.
Serge Gagné
cinéaste