Saint-Laurent
À Pierre Perrault
(…)
quelquefois…
tu penses au saint-laurent
en marée basse
avant l’arrivée de la découverte
pendant que de vieilles chansons fugitives
dansent autour d’un bivouac
quelquefois…
tu aperçois une légende
tentant de se frayer un chemin
à travers les treillis d’anguilles
remontant l’automne
quelquefois…
tu penses aux allongées de sable
aux sauts blancs des bélougas
à la curiosité des sardines
*
quelquefois…
tu penses au saint-laurent
enlevant ses vêtements un à un
sur la langue encore humide du jusant
bancs de mousse
confidences des sarcelles
aisselles amoureuses de la nuit
*
quelquefois…
tu penses au saint-laurent
qui t’a tout raconté
tout murmuré
tout suggéré
tout dévoilé
tout appris
*
quelquefois…
tu penses au saint-laurent
et tu te demandes comment faire
pour lui rendre justice
toi fils perdu
qui se souvient de tout y compris de la mémoire oubliée
toi que poursuivra toujours l’odeur de la grève
un pays sans fleuve est un pays sans nom
(…)